Rio, une allégorie olympique

J’ai pas mal hésité à écrire un article sur les J.O. de Rio parce que cela a été une grande montagne russe émotionnelle, et surtout un événement aux retombées tellement vastes et complexes que j’avoue: J’AI EU LA FLEMME.

Mais aujourd’hui j’ai lu un article qui a fait déborder les orties du vase, et je me suis dit « ça va bien de pousser mémé dans la goutte d’eau maintenant ». Cet article en question il était dans El Pais Brasil, et c’était une jolie brochette de gringos faisant repentance de toutes les méchancetés qu’ils avaient dites sur Rio avant, parce que franchement bah les J.O ils se se sont trop bien passés et ils ont été super bien reçus au Brésil et ils sont désolés d’avoir eu des préjugés tout moches.

giphy1

C’est vrai, il y a eu un acharnement rhétorique sur Rio juste avant les jeux de la part des médias qui cherchaient la moindre excuse pour dire que c’était dramatique, et que fait donc l’ONU, va-t-on devoir annuler les Jeux Olympiques? – oh, the horror. On s’est posé la question de savoir si Rio était vraiment apte à recevoir un événement d’une telle envergure – peu importe si le Brésil a fait une coupe du monde de foot sans soucis y’a moins de deux ans. Soudain Rio était la pire ville du monde, peuplée exclusivement de gangsters dangereux et menacée par toutes sortes de maladies tropicales terrifiantes.

Ces quelques semaines pré-jeux m’ont régulièrement donné envie de m’habiller en clown et secouer mes petits bras devant les rédactions des journaux européens en leur chantant:

« C’est quand même pas nouveau qu’il y ait du crime, de la violence et des moustiques à Rio lalala Y’a même des gens qui meurent tous les jours dans le métro tralalala Les politiques sont véreux, les noirs et les indiens sont massacrés par la police et y’a plus d’hopitauuuuux. »  (coeur love arc-en-ciel à vous)

200
Regarde moi, je suis l’elfe des réalités que l’on fait semblant de découvrir

Les cariocas se sont rendus compte qu’il y allait avoir les JO un mois avant que la compétition commence. Avant ça, tout le monde suivait Secret Story – Edition Gouvernement et tentait de savoir quelles étaient les condamnations cachées des nouveaux ministres intérimaires (au choix: viol, détournement de fond ou trafic de drogue pour le dernier scandale en date). Et puis mystérieusement, un mois avant les J.O. Rio n’avait plus que ça en tête, et on ne trouvait plus un carioca qui n’était pas prêt à clouer le comité Olympique et la mairie à un poteau et les démonter comme si c’était un pauvre noir accusé de vol (tu la trouves osée cette comparaison hein, mais c’est aussi la vraie vie du Brésil.)

Faut dire que la mairie n’y a pas vraiment mis du sien non plus en détournant tout l’argent et confiant les contrats de construction à tonton José et l’ami Carlos qui ont fait des installations low-cost comme des sagouins.

baby emperor tamarin
Et encore c’est pas cool pour les sagouins…

Je vous avoue que j’ai aussi eu ma petite barre de rire avec l’arrivée des athlètes à la cité Olympique, de l’esbroufe passive-agressive de l’équipe australienne et leurs statues de kangourous à l’équipe portugaise qui s’est mise elle-même à refaire la maçonnerie [ALERTE CLICHES]

Et puis il y a eu la cérémonie d’ouverture, et là on a basculé dans un monde parallèle.

Le monde merveilleux des Jeux-Olympiques

 Dans le monde merveilleux des J.O il n’y avait plus d’embouteillages, plus de vols (taux d’agression 0 le soir de l’ouverture, du jamais vu à Rio en même temps c’est normal, y’avait deux militaires postés tous les 20 m dans la zone du Maracanã et du centre) plus de problèmes. D’un seul coup, tous les athlètes qui prenaient la parole le faisaient pour dire qu’ils n’avaient « jamais vu de village olympique aussi luxueux », les journalistes vantaient les nouveaux transports reluisant et rapides (aussi du jamais vu à Rio) et la seule fois où on en a entendu le mot « zika » pendant tout l’événement a été à l’Engenhão, pour se moquer d’Hope Solo, la gardienne américaine un brin parano.

1168347-bigthumbnail
Rio, une allégorie Olympique.

Oh, regarde ces belles promesses pendant la cérémonie d’ouverture, regarde le Brésil s’enorgueillir de sa faune et de sa flore et parler d’écologie… Alors que pendant ce temps rien n’est fait pour mettre en prison les responsables du pire désastre écologique du pays à Mariana l’an dernier,ou que la mairie de Rio n’a pas dépollué la baie pour les J.O, comme elle l’avait promis.

Oh, regarde le Brésil de toutes les couleurs et toutes les cultures… alors que les religions afro-brésiliennes ont été bannies du centre œcuménique du village olympique sous prétexte que « ce n’était pas représentatif des athlètes ». En parlant des afros-brésiliens, ils sont massacrés dans les favelas sous prétexte de pacification pour l’événement, ou bien expulsés de leurs propriétés pour ne pas faire trop tâche devant les caméras internationale, comme les indiens d’ailleurs, expulsés en 2013 de leur aldeia directement à côté du Stade Maracanã. Mais tout ça, ça n’existe pas, ce n’est pas dans le monde merveilleux des J.O fait de boulevards tout neufs, d’écrans géants et de stands Samsung, Nissan et Coca-Cola où une bouteille d’eau coûte 5 reais. Et de volontaires en kaki remuant des panneaux d’indications pour les touristes. J’ai eu envie de leur demander où ils étaient quand la mairie a changé toutes les lignes de bus vers la zona Norte y’a quelques mois et que l’on voyait des gens errer dans le centre sans la moindre idée d’où partait leur bus et accessoirement comment ils allaient rentrer chez eux. Là tu pouvais toujours te gratter pour un petit panneau, et c’était pas la peine d’essayer de te renseigner auprès d’un chauffeur de bus, personne ne savait rien – d’ailleurs à l’aide, ça fait 3 mois que cherche le nouveau point de départ du 249. Mais tu n’es pas un touriste alors ferme-la et marche 1 km pour prendre un autre bus (ceci n’est pas un euphémisme, ça c’est vraiment passé).

Dans le merveilleux monde des Jeux Olympiques tout le monde est gentil et poli et fraternel et rapidement on a eu sacré problème parce que comment vous dire… Gentil, poli et fraternel c’est pas vraiment des qualificatif qui s’appliquent à Rio. Gentil si, faut pas déconner. Mais les autres sûrement pas. Donc quand il s’est trouvé que, malgré les prix absurdement élevés des places pour les compétitions, y’avait quand même tout plein de cariocas dans les tribunes, ça a jazzé dans les gazettes du dimanche.

Les cariocas ils ont l’idée saugrenue d’aller voir des compétitions sportives et d’encourager leurs poulains et gueulant comme des veaux. J’ai envie de vous dire: mais on où franchement? DANS UN STADE??

giphy
je sais, moi non plus je m’en remet pas.

Il est temps qu’on se penche sur l’un des traits les plus attachants des brésiliens: ils aiment se moquer. Le sport national au Brésil c’est pas le foot, le volley , la drague ou la samba: c’est la zuera. C’est à dire: l’art de se foutre de ta gueule, ou de tourner quoi ce soit en dérision. Donc dès qu’ils voient une brèche, les brésiliens ont en général le devoir patriotique de zuar jusqu’à la nausée. Ça explique la plupart des idées absurdes du public, comme ces « ZIIIIKA » à l’unisson chaque fois que Hope Solo tapait dans un ballon – car elle avait brandit de l’anti-moustique sur Twitter en se disant parée pour le Brésil (où certainement elle risquait mourir de l’effroyable Zika) ou bien comme ces supporters qui ont prit parti pour l’arbitre pendant un match de boxe parce que c’était le seul brésilien sur le ring (ouais, personne a dit que c’était intelligent). Mais c’est drôle, et ça a au moins eu le mérite de ramener le sport à ce qu’il est en vérité: du sport. J-O ou pas, quand tu vas dans un stade c’est pour te laisser porter par la ferveur et passer un bon moment.

Bien sûr rien n’est aussi simple, et il y a aussi une autre tradition qui a fait grand débat, surtout en France après le #Renaudgate. Les Brésilien huent dans les stades. On part du principe ici que le supporter a la mission de défendre son équipe. Ils sont là non seulement pour l’encourager, mais pour s’assurer qu’elle gagne. Et si ça veut dire déconcentrer l’adversaire à coup de sifflets et de hués, alors allons-y gaiement. La notion de faire-play est assez floue ici. Les brésiliens, ils viennent pour gagner. Il n’y a pas de « good game, good game » à la fin du match pas de « l’important c’est de participer ». Oui, c’est une tradition qui vient du foot mais hé, quel est le sport le plus populaire au Brésil?

J’ai trouvé l’élitisme de la plupart des commentateurs assez détestable. Un, tous ces athlètes qui se se sont plaint des « vaias », les hués, ont eu zéro problèmes à cracher sur le foot en insinuant que c’était un sport pour la plèbe et que dans leurs disciplines distinguées (athlétisme, escrime, équitation…) on ne faisait pas ce genre de bassesses. Deux, impérialisme culturel bonjour (mais bon qui est réellement surpris?c’est les J.O) quand on a commencé à dire que le public brésilien aurait dû être éduqué aux sensibilités des athlètes occidentaux. Et expliquer aux athlètes à l’avance qu’au Brésil le public est difficile, c’était pas possible (et plus simple)? Non c’était sûrement mieux de ressortir le BINGO DES CLICHES:

  • Les latinos ils sont comme ça, ils sont sanguins et passionnés
  • De toute façon hein l’Amérique du Sud c’est le bordel, les gens sont illettrés et mal-élevés
  • Au Brésil de toute façon ils connaissent que le foot et la samba
  • Ils n’ont pas encore l’habitude de la modernité ou de comment se tenir en société

Que ceux qui sont déjà allé dans un stade en Europe lèvent la main: on est pas franchement à la Garden Party de l’Elysée non plus, il faut arrêter l’hypocrisie dix secondes. Perso j’ai jamais vu les Brésiliens jeter des bananes sur le terrain ou tendre des bannières « pédophiles et consanguins »…

cravate_hollande
Il y a trop de fun dans ce gif, je me sens pas bien.

Bref. Bien sûr que les J.O. se sont très bien passés. A chaque fois on a droit aux doutes quant à la capacité de l’hôte à recevoir la compétition (surtout si cet hôte vient d’un pays réputé « pas sérieux » comme la Russie ou le Brésil, je vous parie qu’on aura beaucoup moins de doutes sur la capacité du Japon à organiser des Jeux tranquilles).

Personnellement, je ne me faisais pas de soucis sur la capacité des cariocas à être des hôtes exceptionnels et à donner le plus grand des spectacle – on est à Rio les gars, la patrie du Carnaval! Beaucoup de journalistes ont écrit des articles qui faisaient chaud au cœur sur la générosité et la réception chaleureuse des habitants de la ville et j’ai de la peine pour Renaud Lavillenie qui a dit qu’il lui était « impossible d’avoir de bons souvenirs de Rio ». Sérieux mon chat, faut vraiment être un gros aigri pour pas tomber amoureux de cette ville et de ces gens…

Peut-être fallait-il seulement sortir du monde merveilleux du parc olympique et découvrir le monde certes chaotique mais époustouflant de Rio, la vraie Rio, celle des botequims de petite rue, des rodas de samba, des salgados tant décriés par les journalistes américains (gardez-vous votre Mc Do, INGRATS) et des churrascos sur le trottoir, un verre à la main et des cris et des rires plein les oreilles.

 

 

 

 

Brafile: une éloge de la patience (ou pas)

Avant de se lancer dans un grand article sur la monstruosité que sont les Jeux Olympiques approchants, j’ai pensé détendre l’ambiance avec…

UN CLIP DE GUSTAVO LIMA!

Non je déconne.

(En fait tu sais que je déconne pas, il est là le clip. Laisse toi conquérir par ce solo de saxo tout droit venu de 1983. De rien, de rien. )

J’aimerais vous parler ici très sérieusement d’un phénomène culturel qui n’est pas exclusivement brésilien mais qui, à l’instar du bikini, du football ou de la fraude fiscale a été élevé au rang d’art par nos amis du pays de la samba.

LA

FILE

D’ATTENTE

La file d’attente, c’est un truc tellement fondamentalement brésilien et à la fois tellement paradoxal que ça mériterait une thèse d’anthropologie sociale. Comment, et surtout pourquoi, dans le pays du « jeitinho » où tout est possible, tout est flexible, où on trouve toujours un moyen de contourner, a pu s’installer cette inflexible institution de la FILE partout et tout le temps?

SCÈNE DE VIE CARIOCA

A 7h du matin, à l’arrêt de bus, un petit groupe de gens de tous âges attend son carrosse pour les deux heures de trajet au ralentit qui vont l’emmener au boulot. Jusque là, rien de différent de notre bonne vieille Navarre, si ce n’est qu’il y a radicalement moins de fumeurs ou de mégots par terre. Arrive le bus et là, phénomène paranormal. Là où en France monter dans le bus ressemblerait plutôt à ça:

 

magasins-noel
CHACUN SA MERDE, OKAY?

Les Brésiliens, sans un seul regard, sans un seul geste, ce sont organisés en file bien rangée, bien jolie le long du véhicule le temps que tu changes de chanson sur ton ipod. Et gare à toi si t’as le malheur de passer devant dans un moment d’inattention: tu te feras glorieusement lyncher par une file d’étrangers en furie. Et comme il est même pas 8h et que 2h d’embouteillages t’attendent, ça n’en vaut franchement pas la peine.

« Furar », « percer » une file au Brésil est un crime capital, et même les gens qui passaient par là et qui n’ont rien vu se feront un plaisir de te maudire sur dix générations si ils entendent qu’ils y a un grugeur dans le périmètre. Crois-moi, ça m’est arrivé une fois ou deux, et ça ne SERT A RIEN de prétendre que tu n’avais rien vu. Respecte la file, la file te respectera. 

giphy1

A la rigueur, en attendant le bus j’ai envie de dire que c’est plutôt juste et logique. Il y a par exemple des lignes qui partent du centre de Rio et qui vont jusqu’à Nitéroi, le trajet est très long et les gens qui le font régulièrement ont l’extrême politesse d’attendre sagement en ligne sur le trottoir pour respecter la loi du « premier arrivé, premier assis ». Cependant, la loi de la file prend des proportions totalement surréaliste. C’est devenu une sorte de réflexe pavlovien.

On attend? POF. EN FILE!

Si t’as le malheur d’attendre pépère devant la porte d’un bâtiment ou près d’un comptoir, y’aura forcément quelqu’un tôt ou tard pour te demander « excusez moi, vous êtes dans la file? » ou pour juste sagement se ranger derrière toi. Au cinéma, où ici on réserve sa place NUMÉROTÉE, les gens font quand même la queue en ligne devant la porte de la  salle. J’en envie de dire… Pourquoi? Il y a le numéro de ton siège marqué sur ton billet… je… c’est que t’aimes rentrer en premier dans la salle vide, c’est ça? C’est que t’étais là d’abord donc t’exerce ton droit de primauté inaliénable? Premier arrivé, premier assis, on a dit.

17bjry

J’ai vu des gens s’organiser en file au musée impérial de Petropolis pour voir la chambre de l’Empereur alors qu’il n’y avait pas de parcours défini et que concrètement ils pouvaient se mouvoir dans toutes les directions, ou bien voir la chambre de l’Impératrice avant (soyons fous)… En plus ça s’est mis à causer encore plus de désordre et d’embouteillage que si il n’y avait pas eu de file. Déjà on m’a forcée à mettre des patins de pépé Jean-René pour fouler le parquet du palais, si en plus faut que je poireaute en rang d’oignon comme un touriste japonais à la tour Eiffel j’ai envie de dire merci mais non merci. On était mieux à boire des caïpis sorties d’une glacière en polystyrène.

J’ai un problème physiologique avec les files d’attente, c’est à dire que ça va pas me déranger d’attendre pendant des plombes à un endroit, mais dès que tu me demandes de faire la queue, là par contre ça me donne automatiquement des envies de meurtres. A ce moment là, ça ressemble grosso modo aux 5 phases du deuil.

giphy

 

DÉNI

« Non mais ça va avancer vite je pense. »

COLÈRE

« J’en peux plus de ce pays, sérieusement les gens ils peuvent pas être plus lents? Et évidemment c’est mémé qu’est de sortie punaise non mais ça fait 4 fois qu’elle refait son truc! Y’a plus de respect, franchement, ils ont que ça à faire de leur vie les gens ou quoi? On est là depuis au moins AU MOINS une heure et demi (en vrai ça fait un quart d’heure) »

DÉPRESSION

« Mais j’ai pas de bol franchement, c’est toujours comme ça, dès que je veux faire un truc ça prend des plombes! Sérieusement tu te rends pas compte de ce que c’est de vivre dans un pays étranger où ALLER POSTER UNE LETTRE est une épreuve. »

NÉGOCIATION

« Non mais c’est bien, ça m’apprend la patience au moins, j’en ai besoin. Et puis bon, si le prochain se dépêche c’est bon, ça avance vite en fait, non? On est là depuis quand? Dix minutes? (en vrai ça fait toujours un quart d’heure) »

ACCEPTATION

« La prochaine fois je viendrai à l’ouverture. »

 

Je me dis ça tous les jours. 

Et sinon, si tu veux écouter de la musique brésilienne plus sympa que Gustavo Lima, ou si toi aussi tu es coincé dans une file d’attente: clique sur l’ananas!

giphy2

 

 

 

5 grandes histoires d’amour de la littérature brésilienne

 

Je me présente: Marina, brésilienne, diplômée em Lettres (Langue et Littérature -Portugais/ français), lectrice professionnelle, professeure de Littérature au Lycée et passionnée par la langue de Molière et de Camões ❤ J’ai connu Marie à l’occasion de mon voyage à Lyon – j’y suis allée pour étudier les Lettres, mais à la fin j’ai gagné une amie française pour toute ma vie.

giphy
Aaawn.

Marie m’a invité donc pour vous présenter une sélection de couples de la littérature brésilienne. Pourquoi? Parce que notre Saint-Valentin arrive! Au Brésil, on célèbre la fête des amoureux le jour de Saint-Antoine, le saint marieur. Et ici de très grandes fêtes se passent pendant tout le mois de juin – ce sont les Festas Juninas (Fêtes de Juin), avec de la pipoca, du vin chaud, du quentão et de la musique sertaneja, bien sûr! Quelle ambiance pour rencontrer ton valentin !

Ah, les amoureux! L’histoire de la littérature a toujours été liée avec l’histoire de l’amour. Dès qu’on a eu l’idée de transformer la vie en fiction, à l’écrit, les couples en lignes ont été créés. Et au pays du foot, du carnaval et de la chaleur, cette histoire ne pouvait pas être différente.

Je vous présente donc ma sélection – pas du tout cliché – des principaux couples de la littérature brésilienne.

Capitu et Bentinho (in: Dom Casmurro) – de Machado de Assis

capitu
scène de la mini-série télévisée Capitu (Rede Globo, 2008)

Roman raconté par son protagoniste, cette oeuvre sera toujours une référence en matière de grande et catastrophique histoire d’amour. Le protagoniste, Betinho, et sa voisine Capitu, alimentent des sentiments depuis leur enfance, et  leur passion a grandi avec eux. Ils se marient après que Bentinho soit presque devenu prêtre (à cause d’une promesse faite à sa mère), et se croyaient heureux pour le reste de la vie. Mais… Um ami à lui commence à avoir des comportements étrangement gentils et attentionnés envers Capitu et, pour un fou d’amour jaloux comme un Marcel (Proust), s’en est trop. Bentinho pense que sa femme le trompe! Avec son meilleur ami. Tragédie, ô tragédie! Résultat: ils divorcent après que Bentinho ait conduit Capitu à la misère sentimentale. Et nous, les pauvres lecteurs, on ne saura jamais si Capitu l’as rééllement trompé ou pas. Mais la beauté de cette femme fatale, “avec des yeux de gitane oblique et dissimulée”, ajoutée à un récit enivrant  – c’est le narrateur le plus important de notre littérature – on n’a pas besoin de réponses.

Sinha Vitória et Fabiano (in: Vidas Secas) – de Graciliano Ramos

vidas secas
scène du film Vidas Secas de Nelson Pereira dos Santos (1963)

Ce roman marque une période littéraire au Brésil appellée Régionalisme (1930-1945). Parties du mouvement moderniste, ces productions se sont engagées à montrer au reste du pays les situations les plus précaires vécues par les nordestins lors des grandes périodes de sécheresse intense à Alagoas, Minas Gerais et Bahia.

Pas de végétation, pas de l’eau, pas de nourriture, une famille survit au milieu de rien. Sinha Vitória (ironiquement surnommée Madame Victoire parce que c’est la désolation qui y est et cette femme n’a rien d’une Madame) et Fabiano sont les chefs d’une famille  vaincue par le soleil brûlant et l’espoir perdu. Même s’ils ne sont pas du tout romantique l’um avec l’autre, et qu’il n’ont même pas de vocabulaire pour le faire – l’école est três loin de leur réalité, ainsi que la culture lettrée – ces deux alagoanos sont forts comme un sertanejo et surtout, ils sont des vrais compagnons.

Iracema (in: Iracema) – de José de Alencar

iracema
statue d’Iracema à Ceara

Héroïne de notre romantisme indianiste, Iracema est la “vierge aux  lèvres de miel”. Ce roman, très important dans notre histoire littéraire, raconte le récit d’amour entre  un européen colonisateur, Martim, et une indigène de la tribu tabajara, Iracema. C’est l’histoire d’amour classique, saveur Roméo et Juliette: leur amour est interdit par la tribu, mais ils résistent. Ah, l’amour romantique! Avec un langage super-hyper-mega exagéré, José de Alencar nous décrit les beaux paysages brésiliens, notre nature exubérante et, pour la première fois à la littérature, l’indien est le protagoniste du roman. Révolution de protagonisme, oui, mais  pas de révolution à la fin de cette histoire destinée à l’échec dès son début (spoiler alert): Iracema est tombée enceinte de son amoureux, il part en bataille, leur bébé naît et, de tristesse à cause du départ de son portugais, Iracema meurt avec son enfant dans ses bras, juste après le retour de son héro.

La tragédie n’a jamais été peinte d’une si belle façon .

Les femmes de Vinicius de Moraes

vinicius
« [L’amour] qu’il ne soit pas immortel, parce qu’il est flamme, mais qu’il soit infini pendant qu’il dure »
Cela n’est techniquement pas un roman, mais on peut appeler comme ça la vie rocambolesque de notre poetinha. Vinicius de Moraes, notre grand poète de l’amour, de la passion, de la femme (et auteur de la chanson brésilienne la plus célèbre au monde – Garota de Ipanema) a fait de sa vie une histoire à faire pâlir d’envie les plus romantiques! Bohémien professionnel, toujours avec son whisky et sa cigarette, Vinicius ne s’est marié que… neuf fois! Oui, mes amis, neuf femmes au long de sa vie carioca. Vinicius était un accro à la passion: il cherchait les sensations extrêmes, la joie d’avoir un vrai amour, l’intensité que seulement la flèche de Cupidon est capable de provoquer. Et comme, pour lui, cette passion ne durait que quelques années, il fallait finir l’union, changer de femme, et tomber amoureux encore une fois, et une autre, et une autre… Cette dépendance émotionnelle nous a donné les meilleurs poèmes et proses sur la folie d’aimer. Vinicius sera toujours le poète des amants, parce que lui  a su comment aimer toutes les femmes de as vie. Et c’est pour ça qu’il mérite une place dans ma séléction ❤

Diadorim(na) et Riobaldo (in: Grande Sertão: Veredas) – de Guimarães Rosa

diadorim
Riobaldo et Diadorim, film de Renato et Geraldo Santos Pereira (1965)

Peut-être le roman le plus complexe de notre pays, cette histoire est trop difficile à résumer en quelques lignes: elle concentre les questions les plus profondes de tous les êtres humains et ainsi se fait universelle et complète. Guimarães Rosa, l’écrivain, est le grand alchimiste de notre langue. Le portugais, tel qu’il est, n’était jamais suffisant pour lui et il fallait donc inventer des mots, des expressions… Guimarães a parcouru le sertão de Minas Gerais à la recherche d’histoires, de héros, de types humains et de modes de vie. Et pour raconter l’histoire d’un jagunço du sertão mineiro, il le transforme en narrateur.

Riobaldo conduit le récit avec toute as simplicité et  sa rigueur d’homme qui tue, qui frappe, qui est toujours armé de fusils et de couteaux. Mais… Son histoire est triste, délicate, belle comme notre culture mineira. Riobaldo tombe amoureux de l’un des camarades qui faisait parti de sa bande de jagunços. Rien de plus compliqué qu’un homme, tout certain de sa virilité, attiré par un autre homme! Mais qu’est-ce qu’il avait des beaux yeux verts, Diadorim! Sa peau, si belle, son nez, si délicat… Riobaldo ne savait plus quoi dire, quoi penser… Fin tragique (spoiler alert!): Diadorim meurt pendant le combat décisif du livre – et quand on soulève son corps, Diadorim em fait c’était Diadorina: une femme. Même em 1956, Guimarães Rosa problématise déjà la question du genre. Et quelle belle oeuvre!

giphy1

Voici mes amoureux préférés de la littérature brésilienne.

Et “Feliz dia dos Namorados”!

3 genres musicaux brésiliens méconnus: parce qu’il n’y a pas que la samba dans la vie

Bien bien. L’actualité brésilienne étant plus déprimante qu’un reportage sur Monsanto, j’ai décidé de nous changer un peu les idées avec de la musique. Car le SAVIEZ-TU, au Brésil il n’y a pas que la samba, la bossa nova et Michel Telo.

maxresdefault

Il y a aussi la Lambada, oui, merci, c’est important de la rappeler.

Zoom sur 3 styles musicaux méconnus pour mettre un peu de Brésil et chaleur dans ta playlist estivale et dans ton coeur.

 

  • Le forro

    FORROOO

Quand j’étudiais à Lyon, j’allais avec mes amis brésiliens dans un minuscule bar latino de la Croix Rousse qui faisait une soirée brésilienne une fois par mois. C’est là que j’ai découvert l’espiègle et chatoyant forro nordestin. Ce style musical est un monument de la culture du Nord-Est du Brésil, plus populaire là-bas que la samba. Impossible d’y échapper en cette période des fêtes Junines, exaltations de la culture traditionnelle, campagnarde et très souvent nordestine.

J’adore le forro justement pour son côté « caipira » (campagnard). Moi qui ai grandi dans un petit village du fond du sud-ouest, il me rappelle les bal-musette encore assez populaires quand j’étais enfant. Popularisé dans les années 1950 le forro serait bien plus ancien, et aurait émergé déjà à la fin du 19ème siècle comme une fusion de divers styles traditionnels (dont notre quadrille européen, résultat de l’émigration hollandaise assez intense au cours du 18ème siècle dans le Nordeste). J’ai même lu que certains pas de cette danse traditionnelle trouveraient leur origine dans des traditions indigènes…

danccca7a-forrocc81-universitario

Véritable danse de bal populaire, le forro se danse en couple, avec un pas de base assez simple qui le rend accessible même aux moins doués de leur pieds (comme moi par exemple). Après, c’est comme le tango : on peut soit danser en dilettante entre un jus de canne à sucre et un pavé de pamonha à la fête de l’église comme moi ou mamie Carmen, ou bien faire… ça.

Pour faire du forro d’ailleurs, il suffit à la base de trois musiciens : un accordéon, un tambour zambua et un triangle. Les mélodies sont généralement enlevées et légères, avec des textes la plupart du temps drôles ou romantiques.

aba_quando-e-forro

Un artiste ? Luiz Gonzaga, incontestablement le roi du forro. Monstre sacré du Nordeste, c’est lui qui a popularisé le forro Nordeste dans les années 50 alors qu’il tentait de survivre à Rio avec son petit accordéon. Il a fait de sa culture d’origine sa marque de fabrique, et a intensément contribué à la reconnaissance de la culture du Nordeste dans tout le pays.

Une chanson ? O xote das MeninasO xote das Meninas

D’autres groupes : Os 3 do Nordeste ou Trio Nordestino ont popularisé un forro un peu plus moderne. Le groupe Raimundos a lui lancé dans les années 90 le forrocore, fusion entre forro et hard rock.

 

  • Le frevo

    06-a-danca

On va rester dans le nordeste et troquer les bals populaires pour les fanfares avec… le frevo. Ce style typiquement pernambucano a surgit à la fin du XIXe pendant le carnaval de la région. Il s’inspire du maxixe (dites « machichi ») le tango brésilien, ainsi que bien entendu des marches d’orchestres typiques du carnaval. Ce qui fait la véritable différence du frévo, c’est sa danse extrêmement caractéristique et classée au patrimoine mondiale de l’UNESCO. Très energique, elle inclut des mouvements de capoera, s’effectue toujours avec de petits ombrelles colorés et des costumes chatoyants, comme vous pouvez le voir ici.

Le frévo est toujours très populaire pendant le carnaval, avec des marches connues et reconnues de tous.

arb_0010_04032014_foto_andrearegobarros

Une chanson : Mulata – Irmãos Valença, reprise en 1932 par Lamartine Babo (Teu Cabelo não nega mulata) qui l’a popularisée au carnaval de Rio.

Perso j’adore les marches de carnaval, surtout dans leurs vieilles versions aux orchestres grésillant qui me donnent un petit frisson nostalgique.

Oui Nostalgique des années 30 oui.

 

  • l’axé

    image-41

On descend un petit peu, à Bahia cette fois, pour s’intéresser à l’axé, un genre musical qui est apparu en même temps que le disco mais qui n’a rien à voir. Celui-ci s’inspire de divers genre afro-américains : le meringue et le reggae pour la racine latino-caribéenne, et le maracatu et le forro comme souche afro-brésilienne.

Axé est un mot qui appartient au rituel de candomblé et d’umbanda. Il signifie « énergie », ou plus précisément une sorte « d’énergie positive ». On voit donc très bien la volonté des artistes de forger un style moderne mais résolument ancré dans la tradition et culture afro très présente à Bahia.

axe

Ce serait l’album de Daniela Mercury qui aurait fait découvrir l’axé au grand public avec le titre « O canto dessa cidade » ou l’on perçoit très bien la fusion entre pop des années 80 et rythmes traditionnels. L’axé est aujourd’hui un genre extrêmement populaire au Brésil tout comme le pagode ou le sertanejo. Il représente une large variété d’artistes qui le mélangent aussi bien avec la pop (Claudia Leitte, Ivete Sangalo) qu’avec le maractu (Olodum)… C’est plus ou moins ce que vous entendrez à toutes les fêtes et les mariages brésiliens !

bonus_diadoaxe

Un groupe ? OLODUM, qui a accompagné Michael Jackson sur« They don’t care about us »

Une chanson? Rosa – Olodum

 

 

 

 

 

 

Je suis une femme sur trois

 

Quand je suis arrivée à Rio en 2012, il y avait encore des vans dans la zona sul, des sortes de mini-bus illégaux qui effectuaient des liaisons entre les favelas, le centre, et la zona sul. Ils étaient pratiques car plus rapide que les bus normaux, moins chers, et ils pouvaient nous emmener dans des endroits qui n’étaient pas desservis par le réseau officiel. Régulièrement, je voyais les chauffeurs de ces vans ralentir au niveau des jeunes femmes sur le trottoir pour leur crier des « cantadas », petit nom que les brésilien donnent aux « hé, t’es bonne! » à la volée. Un jour, alors que je rentrais chez moi, accompagnée de mon amoureux, deux étudiantes étrangères hèlent le van sur la promenade de Copacabana.

« Vous allez à Lapa? »

« Oui oui oui, montez » assure le chauffeur.

Ils n’allaient pas à Lapa à l’origine, mais promettent qu’ils feront une exception pour elles. Elles ne parlent pas portugais, donc elles ne comprennent pas quand ils décident entre eux de les déposer à un tout autre endroit. Finalement, elles sont descendues avec nous à Botafogo. Quelques mois plus tard les vans étaient subitement interdits dans la zona sul, après une autre histoire, sordide celle-ci. Celle d’un couple d’allemands qui avait été conduit au mauvais endroit. Il avait été battu, elle avait été violée, puis ils avaient été tués tous les deux.

Au Brésil, il y a 47 600 viols par an. Ca représente en gros, un viol toutes les 11 minutes. L’un d’entre eux, jeudi, a mis le feu aux réseaux sociaux brésiliens et amené cette terrible réalité sous le feu des projecteurs: celui d’une adolescente de 17 ans, droguée et violée par une trentaine d’hommes (le nombre exact n’a pas encore été déterminé). La petite bande a eu la joyeuse idée de se filmer, et de diffuser cela sur les réseaux sociaux. Cette vidéo a été le lien le plus partagé de ce weekend au Brésil.

L’horreur, les monstres, vous vous dites. Qu’est-ce que c’est que ces bêtes? Ces pays du tiers monde, franchement, c’est comme les pays arabes, ce sont des barbares! Sachez que ce sont les USA qui détiennent le triste record du plus grand nombre de viols par an. On peut donc arrêter tout de suite de déférer la cause du viol sur un quelconque degré de « civilisation ».

protestonoronha-6

 

Allons un peu plus loin. Le Brésil est le plus grand pays chrétien du monde, et c’est également un pays fondamentalement machiste (qui a fait un lien de cause à effet ici? C’est pas moi en tout cas…). Au Brésil par exemple, une femme n’a le droit d’avorter qu’en cas de viol, ou si la grossesse présente un risque de mort pour elle ou son enfant, ou si le bébé est anencéphale. Mais les parlementaires radicaux essayent sans cesse de durcir ces lois, interdire l’avortement dans tous les cas, et rendre toujours plus difficile l’accès aux contraceptifs et aux pillules du lendemain. A Rio, pas plus tard qu’il y a deux semaines, l’assemblée législative a voté une loi qui forçait les médecins à dénoncer une femme qui arriverait aux urgences suite à un avortement clandestin ou une FAUSSE COUCHE. La loi a été retirée suite à la pression populaire et l’opposition du PSOL.

Ainsi au Brésil (mais aussi ailleurs), lorsqu’une jeune fille est violée par 30 hommes, c’est forcément sa faute.

Depuis jeudi, on assiste à un festival de « gens du bien » qui tentent de relativiser ces événements terribles à coups de « en même temps à 17 ans, qu’est-ce qu’elle faisait à cet endroit, avec des trafiquants? » ou bien « bah elle a sûrement voulu se faire une petite orgie et puis elle assume pas hein! » ou « quand on est mère d’un petit de 3 ans à 17 ans, c’est que bon… on cherche quoi! ».

Laisse moi te dire Brésil traditionnel, conservateur et « du bien », qu’on ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre. On ne peut pas interdire à une femme le droit de terminer une grossesse, puis la culpabiliser d’avoir un enfant. Ca s’appelle de la MAUVAISE FOI, et c’est quand même très moche pour des gens qui disent avoir la foi de Jésus dans le cœur. Comment te dire sinon qu’une femme, si jeune soit-elle, n’a pas à te demander la permission d’être là où elle souhaite.  Pn ne peut jamais l’accuser à elle d’avoir fait un mauvais choix, et donc d’avoir mérité ce qu’il lui est arrivé.

Par exemple toi, homme chrétien avec la foi de Jésus dans le coeur, si tu vas chez un ami boire un coup en regardant un match de Flamengo, et que ton ami te drogue puis te viole, et décide d’inviter d’autres amis pour participer à la fête, est-ce que tu vas te dire à l’hôpital: « Non mais c’est moi, j’aurais jamais dû aller là bas. Je portais un short et un maillot de Botafogo, j’aurais dû faire plus attention. »

Non.

Non. Tu vas vouloir mettre feu-ton-ami en prison, parce que ce sera sa faute à lui et rien qu’à lui. Donc, pourquoi est-ce quand c’est une femme, au fond elle l’a toujours un peu cherché? Expliquez-moi.

La culture du viol est si grande au Brésil que la police de Rio a déclaré l’autre jour qu’ils « ne sont pas sûrs qu’il y a eu viol », même si la victime le dit, et qu’il y a une vidéo pour le prouver. C’est un pays où, l’an dernier, 60% de la population affirmait qu’une femme avait cherché son viol si elle était sortie habillée trop sexy.

13312785_1027930363958948_6526498945546176969_n

Récemment on m’a passé une vidéo que je ne peux pas intégrer ici mais elle montre, dans la rue, une jeune femme le pied sur l’entrejambe d’un homme couché à terre. Elle lui crie « J’en ai marre! J’en ai marre! Qu’est-ce que tu crois? Que les femmes sont des putes, c’est ça? » Ce à quoi le jeune homme apeuré répond en gémissant: « S’il vous plait, je suis chrétien, j’ai une famille! » et la jeune femme d’hurler: « Ah je suis bonne hein? Je suis bonne? » en enlevant son t-shirt. Elle se penche ensuite pour lui frotter ses seins au visage et le gifler. Au bout d’un moment, des personnes les séparent et ce qui me choque le plus (en dehors de la violence de cette vidéo, dont je ne suis pas sûre que ce soit une vraie réaction, mais peut-être une mise en scène à la CamClash) est la réaction des passants. TOUT LE MONDE prend le parti du monsieur, en criant que « c’est une honte! quelle bassesse de faire ça à un homme qui a une famille! A un chrétien! Quelle « putaria »! »

Le fait qu’elle ait réagi comme ça parce qu’il l’a agressée ou harcelée, par contre, c’est pas grave. C’est normal. Mais c’est un compliment, t’as pas compris? Cette vidéo m’a mis les larmes aux yeux, 1) parce que je déteste la violence et ça ne me fait pas plaisir d’entendre un homme gémir de peur, même si cet homme est probablement un petit con sexiste, 2) parce que ce sentiment de « ça suffit » n’est que trop présent dans ma vie et celle des femmes que je connais. Des histoires de mains aux fesses, dans le soutien-gorge, de « hé coquine, tu suces? » alors que tu es assise dans le métro et que tu demandes rien à personne, j’en ai des milliers. Agressée dans le tram à Lyon par un vieux monsieur, un ami n’avait rien trouvé de mieux à me dire que « non mais pense à lui, il est vieux, c’est le maximum d’action qu’il va pouvoir avoir maintenant ». Oui ben oui, quand je suis en short l’été, c’est pour que papi puisse avoir droit à un peu d’action. Je suis comme ça moi, altruiste. Au service de la communauté.

giphy

Des filles qui se suicident parce qu’elles ont été violées et qu’on leur a dit que c’était leur fautes, parce qu’elles ont envoyé des photos d’elles nues à leur copains qui les ont diffusées sur internet, mais c’est leur faute parce qu’elles n’auraient pas dû se mettre dans une situation compromettante, parce que tous les jours un proche les agresse et les menace, il y a en des milliers aussi. Ce n’est pas normal, ce n’est pas juste. Cela fait partie d’un système entier ou le corps de la femme appartient aux hommes, et ils ont le droit d’en disposer comme bon leur semble (comme le papi à la main baladeuse du tram lyonnais, par exemple).

Un homme a le droit de te faire un commentaire sur tes fesses, car la société lui enseigne que tes fesses existent pour qu’ils les désirent. Tu dois d’ailleurs tout faire pour que tes fesses soient désirables par les hommes: régime, sport, vêtements flatteurs… Cependant attention, il ne faut pas non plus être trop attirante parce que sinon, tu ne pourras pas empêcher les hommes de réclamer ton corps. Fallait pas être désirable. Mais en même temps si tu n’es pas désirable, tu ne sers à rien en tant que femme.

giphy1

Quand j’entends les gens conservateurs cracher sur le féminisme, j’ai envie de leur dire: sérieusement, c’est ça que vous voulez défendre? Une idée de la société où l’homme est ni plus ni moins qu’un animal en rut permanente, « déconcentré » par le moindre décolleté, incapable de contrôler ses pulsions sexuelles? Le viol, d’ailleurs, n’a rien à voir avec les pulsions sexuelles. Ce n’est pas l’acte d’un homme en chaleur qui hante les rues dans le but de se soulager. Si c’était le cas, un petit coup de masturbation ferait l’affaire, non?

Le viol, c’est un acte de domination. C’est te prendre ta capacité de décision en envahissant brutalement ta chair, ton intimité la plus profonde. On viole pour humilier, pas pour tirer un petit coup. Quel plaisir ont réellement 30 hommes à passer sur une jeune femme inconsciente? Celui de posséder. Celui de dominer, car n’est-ce pas là ce qu’un homme macho-alfa est supposé faire?

Les victimes de viol sont blessées physiquement et surtout détruites moralement. Elles sont soumises à quelqu’un qui va continuer à exercer une emprise sur leurs vies pendant des années, voir le reste de leur existence. Donc quand on qualifie les violeurs de « monstres », de « déchets de la société », de sociopathes ou de démons, j’ai envie de  dire: Non. Ils sont malheureusement bien intégrés dans leur système social. La majorité du temps d’ailleurs, ce n’est pas aussi violent ou choquant que ce cas de viol collectif. C’est un père, un oncle, un cousin. Un ami. Un mari. Ce sont des hommes qui n’ont pas l’impression de violer parce que la société leur répète qu’ils dominent les femmes, et que leur corps leur est offert. Le viol n’est pas l’acte ponctuel d’un dérangé. C’est le résultat d’un paradigme social profondément ancré. Sinon, avec 903 viols par jour dans le monde, il faudrait interner beaucoup d’hommes mentalement dérangés.

A 28 ans, j’ai déjà subi 4 agressions dans la rue. La semaine dernière je me suis fait traiter de « pute » sur le chemin du travail. A 7h du matin.  Je suis une femme sur 3. Car une femme sur 3, dans ce monde, subira des violences sexuelles. Mettons fin à la culture du viol.

86177127_f6f6443a-cc22-424d-aaaf-1b8e4a8ae3d6

#estupronuncamais

 

Du Brésil qui s’est réveillé lundi

Que se passe-t-il? Quand j’ai ouvert WordPress hier, ça clignotait de partout « vos stats explosent« , 2000 vues sur mon post à propos de l’Impeachement et tout plein de messages et commentaires très sympa partout sur les réseaux sociaux! Merci pour ces retours encourageants et ces partages, ça me touche beaucoup! J’avais dans l’idée d’attendre un peu pour prendre la température du Brésil post-vote, mais il se passe beaucoup de choses très très vite, et il y a déjà matière à commenter. J’ai envie de vous parler de choses dont vos n’entendrez pas sûrement pas parler dans les médias internationaux parce que ça concerne la politique intérieure, mais qui en disent long sur la société brésilienne qui s’est réveillée lundi, après ce vote historique.

giphy3
Ca c’était le thème de mon lundi.

Dimanche, il faisait beau, et si personnellement j’ai passé mon aprèm loin de la télé au parc de Boa Vista et au Musée d’histoires naturelles (et c’était drôlement bien) beaucoup de brésiliens ont été tenus en haleine pendant 6h par la retransmission du vote en direct à la télévision. Six longues heures à regarder chaque député se pencher sur le micro pour donner son vote au cours d’un cirque (sérieusement, il n’y a pas d’autre mot) qui rapidement ne fait plus rire du tout. Indépendamment de l’orientation politique ou du fait d’être pour ou contre cette destitution, c’est surtout l’attitude des députés qui a profondément choqué les brésiliens dimanche. Déjà, si on veut faire dans l’analyse sociale, on peut s’asseoir sur la représentativité de ce congrès. Ras-de-marrée d’hommes blancs, riches et d’age moyen. Un article de 2015 qui explique qu’il y a « moins de femmes dans le legislatif brésilien qu’au Moyen Orient » a d’ailleurs été ressuscité par facebook depuis le vote pour dénoncer l’uniformité de la chambre. Outre les femmes on se demande aussi où sont les noirs, qui représentent quand même la majorité de la population brésilienne (spoiler alert: ils sont ici).

Mais surtout, on se demande où est la conscience politique des députés. Pendant la séance, chacun d’entre eux avait droit à quelques minutes pour justifier son vote. Quand j’ai vu les vidéos après, j’ai cru que c’était les Oscars. Sérieusement. Toi tu pensais que ça allait être le défilé des grands discours, que t’allais voir des J’ACCUSE! en direct à la télé mais non, tu as vu la kermesse de l’école où José et Pedro remercient leur maman, leurs familles, et leurs potes réunis dans l’assemblée. Sérieusement, c’est pas parce que c’est dimanche qu’il faut se croire à la churasqueira de l’immeuble en train de boire une Antartica avec les poteaux. « C’est le Congrès ou une cours de récréation? » ce sont demandé 200 millions de brésiliens, et moi avec. En même temps il faut dire ce qui est, quand Tiririca, qui est un vrai clown (oui c’est son métier) siège parmi les députés, je sais pas à quoi d’autre on pouvait s’attendre…

foto_menor_tiririca
Ce soir, près de chez vous, le Congrès National du Brésil et ses quatre cent artistes de haute volée!

Le motif le plus avancé par les députés dimanche est donc « Pour Dieu », suivi de « Pour la famille » ou « pour MA famille », suivi de « pour les évangélistes ». On a aussi pu voir de nos yeux vus « pour ma fille », « mon fils », « ma petite-fille qui est née aujourd’hui », « parce que c’est mon anniversaire » (ou celui de quelqu’un de la famille), « pour ma tatie qui s’est occupée de moi quand j’étais petit », « pour les francs-maçons », « contre l’enseignement du changement de sexe à l’école » (WTF) ou, beaucoup plus grave, « pour les militaires de 1964 » (date du début de la dictature). El Pais a titré avec pas mal d’ironie « Dieu fait tomber la présidente du Brésil! » et souligne que entre tous ces motifs ubuesque, personne n’a pensé à la véritable raison de demander un impeachement: le crime de responsabilité.

Par contre, on voit remonter à la surface une lie bien nauséabonde, celle des nostalgiques de la dictature. Ca a commencé avec des dédicaces timides (ou pas) comme le fameux « pour les militaires » ou « pour 1964 », jusqu’à ce que notre ami Bolsonaro, que je vous ai présenté la dernière fois, prenne le micro.

Bolsonaro il n’y va jamais avec le dos de la cuillère, sinon il n’aurait pas gagné son surnom de Mito (Mythe), n’est-ce pas? Mais si tu croyais qu’on ne pouvait pas tomber plus bas que crier à une députée que « elle ne méritait même pas qu’il la viole » tu te trompes. Dimanche, Bolsolixo (lixo = ordure en portugais, et c’est un surnom qui à mon sens est bien plus approprié) a dédié son vote au « Colonel Carlos Brilhante Ustra, la terreur de Dilma« .

Carlos Ustra était le chef du DOI-Cod de São Paulo, un organisme de répression politique qui pratiquait la torture. Il est responsable de la torture et la « disparition » de dizaines de militants et d’opposants au régime, dont Dilma Rousseff (il est connu pour avoir particulièrement torturé des femmes, et des femmes enceintes, notamment en leur mettant des rats dans le vagin). Encore un mec sympa.

giphy4

A ce moment là t’as envie d’éteindre ta télé et changer de planète. Pour moi qui était déjà choquée de voir des députés invoquer Dieu dans un processus républicain, ça a été le bouquet. Et le pire c’est que Bolsonaro est sorti fier de lui, sous les applaudissement. Quelques minutes plus tard, un autre député carioca prend le micro. Il s’agit de Jean Wyllys, un député très populaire (ou impopulaire, ça dépend vos convictions) d’ailleurs je m’en vais faire sa carte d’identité.

a1c39476961c814e38de0d3940dfb0c4Jean Wyllys (PSOL – parti socialisme et liberté) a commencé sa vie publique en 2005 loin des assemblée politique… Au BBB (Big Brother Brasil, l’équivalent du loft). Millitant acharné des droits LGBT, il entre au PSOL de Marcelo Freixo (coeur love sur toi Marcelo) et est élu député de Rio en 2010, puis réélu en 2014. Il est aussi adoré que détesté parce qu’il ne fait pas dans la demi-mesure et n’a pas peur de défendre ses idées… et beaucoup de gens sont gênés par les homosexuels qui ne s’excusent pas d’exister. Prof de marketing et communication à l’UVA (Rio), le moins qu’on puisse dire en tout cas c’est qu’il communique très bien et sait tirer parti des réseaux sociaux pour toucher les jeunes générations. Il est fréquemment raillé et insulté par les autres hommes politiques dont (allez, deviniez qui!) Bolsonaro.

Donc où en étions-nous? Jean Wyllys se présente pour donner son vote qu’il dédie, lui, aux travailleurs, aux afro-descendants, à la communauté LGBT et aux femmes (tout le PSOL a voté non à l’impeachement). Il est hué pendant qu’il se prononce et là c’est le drame. Au beau milieu de la confusion générale, Wyllys crache en direction de Jair Bolsonaro. Tout de suite, le député du PSOL commente sur sa page facebook qu’il n’a fait que répondre à Bolsonaro qui, en plus d’avoir fait un discours tout à fait outrageant, l’aurait attrapé par le bras en le traitant de « boiola » et « queima-rosca » (je vais pas traduire littéralement mais c’est du niveau de « pédé ») (on est toujours au congrès national je vous le rappelle, même si c’est dur à croire). Sauf que c’est l’hystérie sur les réseaux sociaux et, surprise, tout le monde s’emeut du fait que Jean Wyllys… n’aurait pas dû cracher.

wyllyssss
cliquez sur la photo pour voir la vidéo.

Ok. Cracher sur quelqu’un c’est pas beau, c’est pas très digne d’un député. En attendant, est-ce qu’il est digne d’un député d’insulter un collègue en pleine session parlementaire, ou même de dédier son putain de vote à un tortionnaire? Il y a actuellement une guerre d’opinion à savoir qui devrait être destitué de son mandat (oui les brésiliens aiment demander la destitution des gens): WYLLYS ou BOLSONARO. Et personnellement, j’ai du mal à écouter les arguments de quelqu’un qui soutient un homme qui a déjà menacé une députée de viol, fait l’apologie de la dictature et tenu des propos homophobes. Mais bon, c’est que moi (ou peut-être pas, car les vidéos d’internautes déclarent que « ce crachat, c’est aussi le leur » se multiplient).

Outre cette novela dans la novela, on a un autre scandale de l’absurde. Voyez, au lendemain du vote, le magazine Veja (traditionnellement de droite) a publié un article bien Paris-Match pour présenter, je cite « la quasi première-dame du Brésil »: Marcela Temer. D’une, c’est pas beau de faire ça alors que l’Impeachement n’a même pas encore été prononcé, de deux, l’article s’assoit sur tous les concepts féministes que tu peux avoir, en présentant Marcela Temer comme « Belle, bien elevée et fée du logis » (Bela, recata e do lar).

12994591_219066105138187_4913313043534350646_n

Selon cet article ECRIT PAR UNE FEMME, Marcela « aime les jupes à la longueur du genou » et « rêve de donner d’autres enfants au vice-président ». Potiche de qualité donc, qui donne à son Michou des petits surnoms mignons et aime les dîners romantiques, et puisqu’elle est blonde et grande et jolie, fera bien au bras de Michel Temer quand il ira faire des choses réservées aux hommes, comme être Président. D’ailleurs, « elle a tout pour être la Grace Kelly du Brésil », fantasme le magazine. Cela met en lumière ce qui pour moi ulcère le plus la droite conservatrice brésilienne: le fait d’avoir une femme comme président.

(Point trolls: loin de moi l’idée de dire qu’être femme au foyer n’est pas féministe. Une femme fait ce qu’elle veut de sa vie. Par contre, qu’un magazine présente cela comme la (seule) manière d’être une femme digne de respect, je dis NON.)

Parce qu’il faut arrêter deux minutes. Personne dans ce congrès n’était là contre la corruption. D’ailleurs, les députés ont déjà demandé à la cours suprême de suspendre les procédures contre Eduardo Cunha qui je le rappelle est juste cité CINQ FOIS dans l’affaire Lava Jato. Par contre, tous ces hommes n’ont jamais supporté qu’une femme soit à la tête du pays. Cela se voit très bien dans l’extrême violence des propos tenus contre la présidente, autant chez les députés que dans la rue. « Vaca », « Vadia », « puta » sont des insultes courantes pour la qualifier. Elles est constamment représentée dans les médias comme une hystérique incontrôlable, ou à l’inverse une « dame de fer », « cassante » et « froide » (adjectifs lus dans le Figaro hier) comme si elle n’était pas capable de faire preuve de raison ou de gérer ses sentiments. Je pense, et je ne suis pas la seule, que le machisme ancré dans la société brésilienne a joué un rôle déterminant dans cette procédure de destitution. En se jetant sur la femme de Michel Temer, Veja a montré son soulagement de voir enfin la femme retourner à sa place: celle de femme-de , destinée à être le trophée de son mari et à s’occuper de la maison (d’ailleurs Dilma, divorcée, commettait le double crime d’être une femme au pouvoir et en plus une femme célibataire).

dilma-capa-istoe
Couverture de très bon goût de la revue Istoé qui titre « Les explosions nerveuses de la présidente ».

Je ne sais pas plus que vous si Dilma Rousseff a réellement volé et si elle mérite réellement d’être écartée du pouvoir pour ses agissements. Je ne mettrais pas ma main au feu. Cependant, actuellement elle n’est pas attaquée pour ses agissements en tant que présidente, on le voit bien, aucun député ne lui a reproché quoi ce que soit lors du vote. Par contre en invoquant « Dieu » et « la famille traditionnelle du Brésil » j’ai une petite idée des opinions des votants… Par ailleurs, il est en train de s’opérer un retournement d’idées assez dangereux. Depuis le discours de Bolsonaro, des textes émergent sur les réseaux sociaux présentant Dilma comme une « terroriste », comme elle était qualifiée sous la dictature, car elle a fait partie de groupes contestataires violents.

Voir des gens récupérer la rhétorique fasciste qui qualifie les opposants à un régime totalitaire de « terroristes » me fait peur pour le Brésil. Voir des gens essayer de justifier l’apologie de la torture par la liberté d’expression me fait peur en tant qu’être humain. Non, rendre hommage au congrès national à un homme qui mettait des rats dans le vagins de femmes n’est pas une liberté de penser. C’est un crime. Tu as le droit de penser que les militaires avaient raison, que le soleil tourne autour de la terre, que Barrack Obama est un reptile, qu’Elvis n’est pas mort et que Dieu a créé les humains à partir d’argile. Par contre tu n’as pas le droit d’avoir un discours de haine, d’insulter les gens ou d’exalter la violence. Ça s’appelle l’incitation à la haine, et c’est condamnable en France comme au Brésil. Et cette haine libérée au Brésil est comme la boue toxique du barrage de Bento Rodrigues. Maintenant que le torrent est lâché, il semble impossible à arrêter et tous les jours déferlent toujours plus de diatribes homophobes, mysogynes, contre les communistes, les noirs, les nordestins (salut le triste déchaînement contre Bahia sur la toile au lendemain du vote, car ses députés ont majoritairement voté non) par des gens qui croient qu’ils sont dans leur bon droit parce que leurs idées ont été validées par des députés inconscients.

On voit cependant quelques initiatives qui réchauffent le cœur, comme le mouvement d’hier à Brasilia où des centaines de femmes se sont réunies devant le palais présidentiel pour un « Abraço » à la présidente. Elles lui ont donné des fleurs et serrée dans leurs bras pour marquer leur soutient contre le déferlement sexiste et les propos de Bolsonaro (ou d’autres députés ayant rendu hommage à la dictature). Personnellement j’ai trouvé ça extrêmement émouvant et nécessaire. Tout le monde mérite de l’amour dans ce monde de brut, surtout une femme qui a tant souffert au cours de sa vie et qui subit actuellement pas mal d’attaques injustifiées. Plusieurs médias ont d’ailleurs souligné que cette procédure et cette déferlante de haine s’était peut-être retournées contre elles-même et avaient achevé l’impossible: redonner aux brésilien de l’affection (et peut-être plus d’affection que jamais) pour Dilma Rousseff.

On se retrouve donc pour le prochain chapitre de la novela de Brasilia.

 

Que se passe-t-il au Brésil et pourquoi c’est grave?

 

EDIT 20/04

Comme on me l’a fait remarquer, et comme j’ai pu le lire après la rédaction de l’article, le cirque de l’Impeachement n’est pas encore fini: il reste encore un vote au Sénat prévu pour début mai qui, pour la plupart des journalistes et des brésiliens, ne sera qu’une simple formalité. 

Dernièrement, le moins qu’on puisse dire c’est que l’actualité brésilienne a été mouvementée. Le pays traverse une profonde et grave crise économique et politique, dont le dernier acte va se jouer aujourd’hui, lors d’un vote qui va décider si oui ou non la Présidente Dilma Rousseff sera destituée (ici on appelle ça un « impeachement »). C’est un acte important qui arrive au terme d’une saga politique aussi rocambolesque que dangereuse, et qui a plongé le pays dans un climat de haine et de frustration. On a été jusqu’à monter un mur sur l’esplanade du palais présidentiel pour séparer les pros dans antis, demain lors du résultat du vote. Ambiance.

A Rio s’ajoute à cette crise nationale une très grave crise de l’état (je rappelle que le Brésil est une fédération d’Etats, un peu comme les USA). Colère des professeurs d’université, écoles municipales paralysées, hôpitaux publics qui déposent le bilan, urgences surpeuplées en pleine crise de zika, fonctionnaires et retraités non payés… La situation est grave, mais à 3 mois des Jeux Olympiques, je suis très surprise de voir que la communauté internationale ne réagit pas. Alors que de nombreux amis m’ont demandé des détails, j’ai décidé d’y aller de ma petite plume.

giphy

Avant toute chose et puisque l’internet a peu de sens critique ou de demi-mesure, je tiens à dire que je ne suis pas journaliste, ni une spécialiste de la politique et je ne prétends pas détenir la vérité unique quant à la situation. Cela va de soi, je pense.

Bien. Bien.

operacao-lava-jato-9

Notre histoire commence en mars 2014 lorsque la police fédérale a mis en lumière un énorme scandale de corruption et blanchiment d’argent impliquant Petrobras, compagnie pétrolière de l’état fédéral brésilien. Selon la police, des dizaines de politiciens et chefs d’entreprises auraient reçu au total quelques 10 milliards de réaux en pots-de-vins. En tout, il est supposé que pas moins de 40 milliards de réaux auraient été détournés et blanchis via une société de lavage automatique factice (comme dans Breaking Bad, oui), ce qui donnera la bonne idée à la détective Erika Mialik Marena de baptiser toute cette enquête « L’opération Lava Jato » (opération lavage auto). Sur la liste de ceux qui se sont rincés avec les fonds publics, de (trop) nombreux noms du paysage politique brésilien : députés, sénateurs, gouverneurs d’état venus du PT (Parti Travailliste, actuellement au pouvoir) mais aussi du PMBD (Parti du mouvement démocratique (lol) brésilien), PSDB (Parti de la démocratie sociale brésilien) ou du PP (Parti Progressiste). Bref, la liste longue comme un bras que vous pouvez trouver ici n’est pas très jojo.

Laissez-moi vous présenter ici quelqu’uns de nos protagonistes :

O presidente da Câmara, Eduardo Cunha, fala à imprensaEduardo Cunha : président de la chambre des députés (PMBD). Dénoncé 5 fois dans le scandale Lava Jato, sous investigation de la cours Suprême fédérale pour corruption et blanchiment d’argent, également dénoncé dans le scandale du Panama Papers, et aussi sous investigation pour des comptes secrets en Suisse. Qualifié par un journal anglais de « Némesis » de Dilma Rousseff, il est largement détesté par la population brésilienne pour ses opinions conservatrices (il s’est fendu il y a quelques années d’un «moi vivant, il n’y aura jamais de droit à l’avortement au Brésil!», par exemple), ce qui fait de lui quelqu’un avec qui t’as tout à fait envie de boire une bière en terrasse (ou pas).

aecio-nevesAécio Neves : Senateur (PSDB dont il est le président) et ancien gouverneur du Minas Gerais, où il est impliqué dans divers scandales de blanchiment d’argent. Il a également été dénoncé par un sénateur dans l’affaire Lava-Jato et est actuellement sous investigation. Cependant, et pour des raisons qui échappent à toute logique, il est idolâtré par une frange de la population et considéré comme un pourfendeur de l’état corrompu. C’est un peu le Sarkozy du Brésil, en somme.

650x375_michel-temer_1558695Michel Temer : Avec ses cheveux argentés et son regard mort, le vice-président brésilien me rappelle le Président Snow de Hunger Games. Il est président du PMDB mais était plutôt insignifiant dans le paysage politique jusqu’à ce qu’il s’illustre avec une lettre à la présidente aussi ridicule qu’embarrassante, qui aurait soi-disant « fuité » (au moment propice). Roi de la vrai-fausse fuite (il a aussi diffusé « par erreur » un audio de son discours si il devenait président (O_o)) ou de la vraie-fausse attitude politique (il annoncé à grand bruit que son parti quittait le gouvernement… sans pour autant renoncer à son siège, au cas où), Temer est surtout le maître du retournement de veste. C’est l’Iznogoud de cette histoire, celui qui rêvait d’être calife à la place du calife. Car oui: dans le cas où la présidente serait destituée, c’est Michou qui prendrait sa place.

Dilma Rousseff : Actuelle présidente (PT) du Brésil. Ré-elue bon grès mal grès, sa popularité a dégringolé ces derniers mois à cause de la crise économique et bien sûr du scandale Petrobras. L’opinion l’accuse de plusieurs choses : 1) d’avoir financé sa campagne avec de l’argent sale, 2) D’avoir directement touché des pots-de-vin dans l’affaire Petrobras, 3) D’avoir maquillé les comptes du gouvernement (c’est le motif avancé pour la destitution).

A ce jour, Dilma Rousseff n’a cependant jamais été dénoncée dans l’affaire Lava Jato (à l’inverse de ses détracteur…)

bolsonaroJair Bolsonaro : Député fédéral (PP). Bon. Bolsonaro a pour lui de ne jamais avoir  été impliqué dans un scandale financier (pour le moment). Mais c’est bien sons seul avantage, car il est autrement ni plus ni moins qu’un sombre déchet de l’humanité. Militaire, il s’est plusieurs fois prononcé en faveur d’une intervention armée, et multiplie les saillies homophobes, misogynes, anti-communistes, sexistes et racistes – tellement que des tumblr de citations lui sont dédiés. Un peu comme Marine Le Pen, sa gueule enfarinée lui a gagné la sympathie d’une partie de la population, pour qui il représente un « trublion » qui « n’a pas peur de dire tout haut ce que les autres pensent tout bas ». Il a même gagné le surnom de « Bolsomito » (Bolsomythique) et un certain statut de héros populaire qui fait froid dans le dos. Il envisage d’être candidat pour le poste de Gouverneur de Rio, mais fait aussi partie du carré qui se verrait bien à la tête du Brésil.

giphy1

Donc, depuis 2014 le Brésil suit avec intérêt l’enquête Lava Jato menée par un groupe de juges et de policiers du Parana (état du Sud du Brésil), le plus connu étant le juge Sérgio Moro qui a rapidement gagné en popularité grâce à son caractère impartial et sa détermination à emprisonner tous les méchants. Ce que je trouve intéressant dans cette affaire, c’est le côté extrêmement romanesque des événements. Les brésiliens aiment le drame et sont en mal de héros, d’où la prolifération d’images semi-christiques sur les réseaux sociaux présentant un tel ou un tel comme le Sauveur de la Patrie. C’est ce qui est arrivé à Moro. Et allez savoir si le juge c’est senti investi d’un pouvoir divin ou que la soif de pouvoir lui est montée à la tête à lui aussi, mais il a décidé il a quelques mois de faire arrêter Lula, l’ex-président, au petit matin, à grand renfort de forces armées.

todos
« Nous sommes tous Sérgio Moro », une des images qui a tourné au lendemain de l’arrestation de Lula

L’image, bien sûr, est très forte. L’ancien président menotté au petit déj, c’est du pain béni pour les médias largement anti-gouvernementalistes. S’en suit une tornade de news pour peu de faits. Au final, l’arrestation ne repose sur aucunes preuves tangibles, de nombreux juges dénoncent un abus de pouvoir, et il apparaît assez vite que Moro a l’ancien président dans le collimateur… surtout lorsqu’il décide, en plein milieu de la tempête, de rendre publique une conversation téléphonique entre Lula et Dilma. L’opinion s’embrase. D’un côté, ceux qui sont contre Dilma y voient une preuve de la culpabilité de la présidente et errigent Moro en héros de la République, prêt à tout pour établir la vérité. Prêt à tout, il l’est, même à violer plusieurs loi au passage. C’est le cas de cette écoute à caractère privé (il n’y avait aucune information compromettante), impliquant qui plus est la présidente en exercice. Pas très fin le Moro. Rapidement le vent tourne, le héros est caillassé sur la place publique de l’internet, et le juge demande pardon à la cour suprême pour son excès de zèle.

eva
« Moro, épouse moi. » Au moins Sérgio n’aura pas tout perdu.

Mais la boîte de Pandore est ouverte et l’opinion déchaînée se jette dans la rue. Les manifestations se multiplient, un coup contre le gouvernement, un coup pour. C’est la guerre des chiffres et des superlatifs, à savoir qui a le plus de participants, qui est le plus pour la démocratie. Alors que 100% des brésiliens défendent une épuration de la classe politique, et des condamnations de ceux qui ont commis des crimes, l’opinion se polarise autour d’une seule question : Pour ou contre le PT. Si l’on ne soutient pas l’Impeachement, on est forcément pro PT, et donc d’accord avec les magouilles reprochées au parti. Exactement de la même manière, pour l’autre bord, si l’on est pro Impeachement, on est pro Cunha, et donc d’accord avec les magouilles du président de la chambre des députés. Il n’y a plus de discussion possible au Brésil aujourd’hui. L’hystérie est telle que des jeunes femmes ont été menacées de viol parce vêtues de rouge, la couleur du PT. Plusieurs personnes ont été violentées. Lors des inondations récurrentes de la zone nord de Rio cet été, j’ai entendu des gens se plaindre et mettre la faute DE LA PLUIE DILLUVIENNE sur le PT. Je vous promets.

12814434_805379699600689_5191535201574805253_n
« Le Brésil avant le PT », selon les pro-impeachement.

Pourquoi cela ?

Tout d’abord il faut tenir compte du fait qu’une large partie de la population brésilienne n’a pas accès à un très haut niveau d’éducation, et donc se voit fournir moins de clés pour former une opinion éclairée. De nombreux brésiliens, également, ne connaissent pas du tout leur système politique. Le vote est obligatoire et vous n’avez pas idée du nombre de citoyens qui votent pour qui le voisin leur a dit de voter ou qui a l’air le plus sympa, sans avoir la moindre conscience politique (car de toute façon, tous les politiques sont corrompus, c’est comme ça). Surtout, il y a pour ainsi dire un seul grand média au Brésil : la Rede Globo. Et l’information qu’ils diffusent est LARGEMENT orientée. Par exemple: la chaîne Globo News a arrêté toutes ses programmations et retransmis en direct les manifestations anti-gouvernementales, à grand renfort d’envoyés spéciaux et de micro-trottoirs… mais n’a accordé que quelques minutes aux manifestations pro-gouvernement (et la transmission était à base de plans serrés, pour ne pas se rendre compte de l’ampleur du mouvement). Ils ont même été jusqu’à couper le micro de Lula lorsqu’il s’est publiquement expliqué à São Paulo pendant son investigation. IMPARTIALITE BONJOUR.

La partialité de Globo ne date pas d’hier : en 1964, ils se sont gentiment dévoués pour être la voix du coup d’Etat militaire, et étaient la chaîne officielle sous la dictature. Vous vous faites une idée.

Dans ce contexte, difficile d’avoir une conversation raisonnée. Pour les uns les médias mentent et sont les alliés d’une frange politique avide de pouvoir, pour les autres le PT est la cause de tous les maux du Brésil et doit être dégagé du pouvoir. Les anti soutiennent que Dilma a triché pour se faire réélire, et demandent entre autre la fin du vote par machine, et le retour au papier – parce qu’on sait que c’est IMPOSSIBLE de falsifier des bulletins.. Une partie « tout le monde a raison – tous des pourris» de la population soutient également l’idée de se débarasser du PT : « Oui, Cunha et toute sa clique sont d’infâmes voleurs qui méritent la prison. Mais on va soutenir leur ascension au pouvoir, car il faut virer le PT. ENSUITE on les virera, eux. » Bon. Il va falloir m’expliquer dans quel monde c’est intelligent de donner le pouvoir à quelqu’un pour ensuite espérer le lui retirer. Tu crois que le gros cafard qu’il est ne va pas s’attacher de toutes ses forces à son siège ? Tu crois que quelqu’un qui navigue aussi bien les eaux du pouvoir ne connait pas toutes les manœuvres pour rester là où il est ? La preuve, cet homme est accusé pas une fois mais CINQ fois dans une enquête de corruption, et il est toujours là à exercer sa fonction en totale impunité. Mais bref, je m’égare.

Une partie de la population soutient également l’idée que cet Impeachement est un coup d’Etat: selon de nombreux juristes, les arguments avancés pour la destitution (le maquillage des comptes) ne justifient pas un Impeachement et rendent la procédure anticonstitutionnelle. Ils considèrent que c’est purement et simplement la manœuvre d’hommes politiques déboutés par la population lors des élections pour prendre le pouvoir malgré tout.

Les manifestations de ces derniers mois ont révélé un visage difficilement supportable du Brésil et exacerbé le fossé entre riches et pauvres. Aux manifs jaunes et vertes pour l’Impeachement, si il y avait beaucoup de brésiliens bien intentionnés et motivés par une volonté de vivre dans un pays plus juste, il y avait surtout la population riche et blanche, nostalgique de la dictature et révoltée de devoir partager ses privilèges avec le petit peuple. Vous pensez que j’exagère ? Non, ma bonne dame. Florilège de pancartes.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

A Rio, on a vu des gens manifester leur mécontentement depuis leur yatchs. D’autre étaient là avec leur nounou noire en uniforme pour s’occuper des moufflets, à São Paulo il y a même eu des loges VIP pour manifester en mode carnaval. Et ce canard géant de la FIESP, qui reste un mystère aujourd’hui encore. Cela a été la foire au racisme et au fascisme primaire. De l’autre côté, les manifestations pro-gouvernement soulignaient le fait que la présidente avait été élue légalement par 54 millions de brésiliens, et la retirer du pouvoir constituerait une atteinte à la démocratie. Le clivage entre riches et pauvres est flagrant, tout comme celui entre blanc et noir, mais également entre Sud et Nord. Les manifestations anti-gouvernement, soi-disant dans tout le pays, n’ont en réalité été importante que dans le Sud (São Paulo, Rio, Parana et Brasilia, siège fédéral). Le Nord reste très fidèle au gouvernement, et cela continue d’alimenter le discours des séparatistes qui réclament l’indépendance du Sud : selon eux, le Nordeste est peuplé de pauvres noirs qui soutiennent le gouvernement pour continuer de dépendre des allocations familiales et vivre aux frais de la princesse.

tumblr_mzihcovv041t1qeoto1_r1_400

Aujourd’hui va se tenir le dernier vote, qui va déterminer si oui ou non Dilma va être destituée. Ce n’est pas la première fois qu’un président brésilien est débouté, ils ont d’ailleurs été rares à finir leurs mandats au cours de l’histoire, mais la différence c’est qu’aujourd’hui, cette destitution n’a pas de motif juridique valable. Même si de nombreuses voix dénoncent un abus et une procédure fallacieuse rien n’y fait, le vote suit son cours. Il est aussi intéressant de mentionner que sur les députés qui ont voté la semaine dernière pour la continuation de la procédure, seulement 2 n’étaient pas cités dans un scandale de corruption… Pour des gens qui disent agir pour libérer le pays de corruption, c’est quand même un peu fort de roquefort.

giphy2

J’en viens à Rio. Il faut savoir que la cité merveilleuse est un peu championne en matière d’hommes politiques corrompus. C’est d’ici que vient Eduardo Cunha par exemple, mais les élus locaux ne sont pas en reste. Le maire, Eduardo Paes, est accusé d’avoir touché des pots-de-vin dans l’affaire Oberrecht, et le gouverneur Pezão est lui dans la liste de l’Opération Lava-Jato. On n’est pas très étonnés, donc, de l’administration désastreuse de l’état ou de la municipalité. Avec le scandale de Petrobras, la région (qui vit du pétrole), a pris un sacré coup financier, et l’organisation des J-O n’arrange rien à l’affaire. Du coup, si il y a eu de l’argent pour construire un très grand musée dont personne ne sait vraiment à quoi il sert (à part impressionner les touristes), il n’y a pas d’argent dans les caisses pour des trucs accessoires comme les hôpitaux, les écoles ou les universités. Quatre hôpitaux publics avaient fermé leurs portes en janvier, dont un grand hôpital de la zona norte qui faisaient, entre autre, le dépistage gratuit et anonyme des IST… Ils sont toujours plus nombreux à déposer le bilan. Du coup, dans les autres municipalités de l’état, les Unités de « Pronto Atendimento » (premier secours, on va dire), explosent. Cette semaine, alors que le chikungunya fait rage dans l’état, les reporters montraient des malades attendant 10 à 12h dans les couloirs des centres de secours, et rentrer chez eux sans avoir été auscultés !

L’UERJ, l’université d’état, est en grève depuis le mois de novembre 2015. La raison ? Professeurs et fonctionnaires ne touchent pas leurs salaires. Alors qu’il échelonne les paiements des fonctionnaires en service depuis le début de l’année, le gouverneur a annoncé cette semaine qu’il ne payerait tout simplement pas les pensions et retraites d’avril des fonctionnaires retirés . Le mois dernier, le gouvernement a demandé un prêt pour payer les fonctionnaires, qu’il s’est vu refuser… Pendant ce temps, certaines écoles municipales sont elles aussi à l’arrêt, occupées par les écoliers et les familles. Les travaux  coûteux du tramway devant relier la gare routière au centre, normalement prévus pour l’ouverture des JO, sont loin d’être finis, quand à l’extension de la ligne de métro jusqu’à Barra (où se trouve le village olympique) elle devait elle aussi être prévue pour l’ouverture des Jeux mais les travaux n’ont simplement… pas commencé. En attendant, le budget prévu a triplé. Pourquoi? Comment? Mystère. Et je passe l’augmentation illégale (car déjà condamnée par un juge) des tarifs de bus et métro…

Rio a toujours eu de gros problèmes sociaux, et le Brésil souffre d’un manque cruel d’investissement dans le secteur de la santé et de l’éducation (c’est d’ailleurs le changement que revendiquent la majorité des brésiliens lors des manifs) mais la situation aujourd’hui est critique, et je suis assez écœurée de voir que le monde fait la sourde oreille, alors que dans 3 mois toutes les caméras d’Occident seront là à vanter le beau temps, les plages et les bikinis. Je vois déjà les plateaux de Stade 2 les pieds dans le sable, et pardon mais ça me fout la nausée. Le Brésil souffre. Les cariocas souffrent. Il y a des gens ici qui travaillent et qui ne peuvent pas nourrir leurs familles parce qu’ils ne sont pas payés.

J’ai envie de vous appeler tous à boycotter les Jeux Olympiques, parce qu’il faut être lucides: le comité Olympique, comme la Fifa, et comme les dirigeants de Rio, est une mafia. Les Jeux s’alimentent de misère sociale, d’évictions de familles (ou de communautés) entières pour construire des stades, pour vous vendre du rêve et de la pseudo « beauté du sport » pendant 3 semaines. Organiser ces manifestations sportives n’est pas « bon pour le développement » et les bénéfices de cet événement n’iront pas aux cariocas : ils iront à quelques entreprises, aux médias, et dans la poche de nombreux politiques. C’est tout, ne vous leurrez pas. Les cariocas, eux, vont payer les dettes longtemps après que les touristes soient repartis.

brazil_oly_protest_r
Olympiades pour qui?

Bref, quelle que soit l’issue de cette saga, le vernis est craquelé, et la société brésilienne « découvre » son véritable visage. Celui d’un ensemble très hétérogène où les clivages se font toujours plus violents et les fossés toujours plus profonds. Et ça ne semble pas près de changer. 

 

Quelques liens:

 

 

Ethnologie de l’academia

Comme beaucoup de cariocas, mon année n’a réellement débuté qu’après le carnaval. Et comme beaucoup de cariocas, c’est après cette semaine de beuverie et de paillettes que j’ai décidé de mettre en application mes bonnes résolutions de nouvelle année. Et comme beaucoup de cariocas, la première de ces résolutions était:

Je vais me remettre au sport.

A Rio, l’alternative la plus simple et la moins coûteuse pour se bouger quand on habite loin de la plage comme moi, et qu’on est incapable de tenir un horaire (comme moi), c’est l’academia. En d’autres termes: la salle de muscu. Oui.

Ici certaines chaînes (SmartFit pour ne pas la citer) proposent des abonnements à prix ultra attractifs (70 reais/mois, quelques 17,5€) pour un accès illimité aux plateaux de muscu (pas de cours collectifs par contre). C’est donc volontairement que j’ai entrepris d’aller 3 fois par semaine cultiver mes courbatures, achevant ainsi mon processus de carioquisation (on n’est pas un vrai carioca tant qu’on s’est pas abonné à l’academia au moins une fois).

Comme il n’y a pas grand chose à faire quand on passe 30 minutes à pédaler dans le vide sur un vélo d’appartement à part suivre la redif de Caminho das Indias en mute sur un remix  techno des One Direction, je me suis mise à observer la faune locale. Et à apporter mon Ipod.

Bon, d’abord, il faut qu’on se pose et qu’on parle de cette mode, Rio. Ca fait 4 ans que je suis là et j’ai pas encore compris le pourquoi du comment des chaussettes en laine fluo sur le legging ou la combi en spandex bariolé pour aller suer comme un porc sur une machine. Je… Expliquez moi, s’il vous plait. C’est pas pratique, c’est sûrement désagréable et en plus c’est TRÈS MOCHE.

polainas-academia-02
NON MAIS SERIEUSEMENT!?! Et je ne vais même pas commenter les motifs et couleurs globalement gerbants des lignes de sport ici. Ce legging rayé bleu et blanc là, ça ne devrait pas exister.

Et c’est que les chaussettes, en plus, parce qu’en haut les brésiliennes portent généralement juste une petite brassière. L’autre jour j’ai vu une fille en en baggy-short sur un legging trois-quart blanc transparent. Qu’est-ce que c’est? Est-ce que le Brésil n’a pas encore dépassé l’époque Un, Dos, Tres?

beatriz-luengo-upa
Lola, créatrice de tendances dans les cours d’EPS de 2004.

Est-ce que c’est une technique pour suer des mollets et combattre la cellulite par processus hydraulique en même temps qu’on fait des squats? Qui a inventé ça? COMMENT?

Trop de questions.

Les lignes de sports sont souvent à base de couleurs fluos et je me demande pourquoi, d’ailleurs. Est-ce que c’est par association genre: « hé, mais elle est trop funky cette couleur? Hein, tu trouves pas qu’il fout trop la pêche ce rose pétard? Dis-donc, t’as pas comme une folle envie d’aller faire un footing là, d’un coup?! »

Moi même, je ne peux m’empêcher de crier « Zumba hé, zumba ho » quand j’enfile une brassière en lycra, d’ailleurs.

Ou est-ce que c’est seulement par hommage discret à ces muses de l’aérobic que sont Veronique et Davina?

veronique20et20davina20emission20gym20tonic20annees2080
We remember.

Ou bien est-ce juste les designers des marques de sport qui se fouttent allègrement de notre gueule:

« Comme ça, en plus d’être rouge comme un feu de signalisation, t’auras l’air d’un agent de la circulation. »

(prenons une minute pour admirer cette merveilleuse métaphore et rappeler que la sécurité routière, c’est important. Merci.)

Bref, les vêtements de sport sont un grand mystère de ma vie. Et j’ai remarqué que je faisais cruellement tâche à la salle avec mon legging noir et mon maillot de Vila Isabel dans lequel j’ai pas peur de suer. Dans une volonté désespérée de m’intégrer, j’ai prévu de m’acheter une tenue de sport digne de ce nom, bariolée comme il faut MAIS stylée. Voyez plutôt:

Bon, maintenant que ça c’est fait, passons aux gens. Il y a plusieurs tribus à la salle de sport, et ce n’est exclusif au Brésil, je voyais le même type de personnes quand je fréquentais la salle de muscu à Toulouse.

D’abord, il y a les hyper actifs: tous ces super-héros qui arrivent à se lever à 5h du matin pour passer à la salle, faire une routine de muscu + cardio hop tranquille et se jeter dans le train bondé de 7h pour aller au boulot. Puis ils affrontent leur journée de taf + le métro bondé du retour et ont quand même le courage d’être à la salle de sport le lendemain à 6h.

Puis y’a papi et mamie qui font de la marche à pied sur un tapis de course parce que dehors il fait chaud et qu’en plus, hé, y’a des rediffs de novelas (j’ai voulu mettre tout entre tiret, mais j’ai eu pitié de vous).

Ensuite y’a ma team préférée, celle des gogo boys. Le gogo-boy carioca a plusieurs habitats de prédilection. Puisque c’est un animal aussi bien terrestre qu’aquatique, on le retrouve en bord de plage, à l’academia, et dans la file d’attente des clubs de Lapa.  Normalement, il est là en fin de matinée, avec son shaker de protéines en poudre et son tank-top ultra skinny qui laisse voir son gros tatouage de Jésus et/ou du blason flamengista.

200

ALERTE CLICHE.

En général y’en a tout un banc, parce que le gogo-boy n’est pas un animal solitaire, il vit en meute, et tous ces individus en tank tops campent autour des machines-qui-font-mâle, celles où tu soulèves 10 000 kilos d’altères ou celles où tu tires comme un boeuf sur une poulie avec tes gros biceps. Tu crois qu’ils viennent à la salle tous ensemble pour s’encourager, à la rigueur ce serait louable, c’est toujours cool d’avoir quelqu’un pour te faire passer la troisième répétition, quand tes muscles sont en feu et que tu vendrais tes parents pour que ça s’arrête. Mais non. La plupart du temps les gogo-minions checkent les likes de leurs selfies pendant que le gogo-alpha fait sa série. Ou alors ils checkent les nanas parce oui, il y a des gens dans ce monde qui vont à la salle de sport pour DRAGUER.

omw9lne
« Tudo bem? »

Tu sais, cet endroit dont toi tu sors avec les cheveux collés à ton front par ta sueur? Ben ouais, y’a des gens qui vont là pour chopper. Ca se voit, parce qu’il y a des nanas qui viennent MAQUILLÉES pour faire leurs 150 squats devant le banc de gogo-minions.

Ou bien y’a ce mec qui passe une demi-heure à faire des altères et à se donner du love dans le miroir. JE SAIS, c’est important de se regarder quand tu fais de la muscu pour être sûr que tu fais le bon mouvement mais sérieusement, il y a certains mecs qui semblent avoir une relation très intime avec leur reflet. J’ai peur de voir leur profil Facebook.

tumblr_mzluqbhnwd1qgq3d6o1_400
Je suis tellement canon, ça me blase.

 

A la salle de sport, y’a aussi la groupie du pianiste de l’entraîneur. Bon l’entraîneur c’est un peu la rockstar de la salle de muscu, normal. Dans mon academia, ils montent les routines d’entraînement selon les attentes de chaque client, puis ils traînent sur le plateau pour apporter leur aide en cas de « excuse moi j’ai oublié comment on utilisait cette machine… » La plupart du temps, ils imaginent ta série et te laisse faire ta vie, et ça me va bien parce que j’ai été traumatisée à mon autre salle de sport par une personnal trainer qui criait « TU VEUX PLEURER? Vas-y pleure mais il te reste 30 abdos à faire! »

Et elle me le criait même pas à moi.

Seulement j’ai remarqué que les deux entraîneurs masculins sont constamment sollicités par une horde de nanas qui, étrangement, n’arrivent pas à lire leurs routines. Gens de l’academia, si vous pouviez aller choper ailleurs, ça m’arrangerait.

Enfin bref. Ca fait un mois que mon corps n’est que courbatures et comme tous les gens qui prennent des bonnes résolutions, je regrette. Mais je gagne un bum-bum d’acier dans l’histoire donc bon. Tout n’est pas perdu.

 

 

 

Qui a volé le carnaval?

Si vous avez suivi le blog, vous avez vu que j’étais *légèrement* excitée à l’idée de participer au défilé du carnaval. C’était un petit rêve perso depuis que je suis arrivée à Rio, et cette année, j’avais réussi à intégrer la communauté de Vila Isabel, une école pour laquelle j’avais une tendresse particulière à cause de son histoire et de sa localisation. En plus, elle avait été l’école championne de 2013, mon tout premier carnaval carioca. J’ai eu le plus grand plaisir et le plus grand honneur à répéter chaque mercredi et chaque dimanche pendant 3 mois, chaque semaine plus anxieuse du carnaval à venir, et de cet apothéose qu’est le défilé sur la sacrée Marquês de Sapucai.

A child waits to take part in a samba parade during a carnival in Sesimbra village

Je n’étais pas la seule. La communauté compte plus de 2500 membres, qui se dédient tous, deux fois par semaine, malgré la chaleur infernale, malgré la pluie diluvienne. Nous ne pouvons manquer aucune répétition, sinon nous sommes expulsés de l’école. C’est le contrat que nous passons, et nous le passons avec grand plaisir, pour le bonheur de remonter l’aller au son de la batterie, en criant à plein poumon que « se taire, jamais ! » L’école attend une grande implication, mais ce lundi, l’école n’a rien rendu.

Il est courant que les préparatifs du défilé courent jusqu’à la dernière minute, dans toutes les écoles. Avec des milliers de costumes à préparer et tous les aléas que représente un tel spectacle, vous vous imaginez tous les points de colle, les ajustements, le stress et l’effervescence. C’est donc sans grande surprise que je suis allée retirer mon costume directement au hangar de l’école, à la Cidade do Samba, le jour même du défilé… à 13h. Passent les heures et rien ne change. Les costumes sont là, mais ils sont incomplets. Les parties manquantes arrivent au compte-goutte, et certains kits complets sortent, mais notre file, étrangement, n’avance jamais. Pourtant tous ces gens je les connais, je les ai côtoyés pendant 3 mois deux fois par semaine, nous avons sué, ris, et souffert un peu, ensemble. Mais il est déjà 17h, c’est le début des préparations du défilé sur l’avenue, et nous sommes toujours là. Sans costumes. Il devient rapidement clair que ces gens qui arrivent et repartent, eux, en un clin d’œil avec leurs sacs plein de plumes et de strass, ont payé leurs costumes.

Chaque école met des costumes à la vente, c’est normal. Seulement, notre ala, c’était celle de la comunidade, et Vila Isabel se targue d’avoir mis à la vente seulement 10% de ses costumes, réservant la majorité à sa communauté, afin « d’assurer la qualité des costumes et du défilé ». Nos costumes ne devaient pas être vendus mais ils l’ont été, dans l’irrespect le plus total de tous les membres qui se sont dédié sang et eau à l’école. Il est maintenant 19h30, l’école défile à 21h, et nous sommes toujours une vingtaine à attendre. Une douzaine ont déjà abandonné les rangs, et seulement 38 costumes sont sortis du barracão ce jour là. 38 sur les 102 membres inscrits sur la liste… On nous a même dit, « hier les costumes étaient tous là, complets…. Aujourd’hui ils ont disparu. »

Disparu ?

Disparu où ? Je pense bien qu’ils étaient déjà sur l’avenue, sur le dos de quelqu’un qui avait les moyens de mettre plus de 1000 reais dans un costume.

Au Brésil, j’ai particulièrement l’habitude de voir une société à deux vitesse où soit tu as de l’argent et tu peux profiter de tout (et de tous), soit tu n’en as pas, et tu te fais toujours écraser. Rio a été transformé en parc d’attraction pour touristes étrangers. Plus rien ne compte aux yeux de la mairie que la carte postale qu’ils vendent au monde entier. Seuls les endroits fréquentés par les touristes bénéficient de services publiques à peu près de qualité. Le reste de Rio étouffe dans les embouteillages interminables, écrasé par des impôts surréalistes, alors que les hôpitaux ferment un par un et que les universités arrivent à peine à garder la tête hors de l’eau (le gouvernement d’état ayant décidé de réduire de moitié l’enveloppe dédiée à la recherche).

Dans tout ça, le carnaval était le dernier bastion de démocratie populaire. La rue devenait le territoire de tout le monde, riche et pauvre mélangés. Les écoles de samba viennent toutes, TOUTES, de favelas ou de quartiers populaires de la zone nord. Leur sang est celui de la communidade. L’ont-elle déjà oublié, saoulée de paillettes dans les camarotes (loges) luxueux qu’elles se réservent sur l’avenue ? La dictature de l’argent qui gouverne Rio aujourd’hui a emporté ce dernier symbole populaire.  Et Vila Isabel a l’hypocrisie absolue de dire qu’elle privilégie sa communauté ? J’ai quitté le barracão hier après 6h d’attente, sans costume. Pas de défilé pour moi, ni pour les autres membres de mon allée. Il me reste la rue, et encore, Rio a réussi à violer ce carnaval là aussi : entre tarifs de bus exorbitants, réseau inexistant pour la zone nord (la plupart des lignes ne circulent simplement plus pendant le carnaval, et il n’y a pas d’itinéraires de remplacement), les charges grotesques imposées aux blocos pour pouvoir jouer, qui empêchent chaque années plus de groupes traditionnels de pouvoir se produire, et l’inflation indécente de tout le consommable, il devient presque impossible pour qui a peu de moyens (et cela concerne de plus en plus de gens, puisque la crise frappe la classe moyenne de plein fouet) de participer à la folia traditionnelle. Ne pleure pas, le carnaval revient tous les ans, c’est ce qu’on dit ici. Mais c’est un carnaval pour qui ? Sûrement pas pour les cariocas.

Petit Guide du défilé

Maintenant que vous êtes tous des pros de la série spéciale, vous vous dites sûrement: mais au fait, comment ça fonctionne le défilé? Vous avez tous vu les chars monstrueux et les danseuses à moitié nues toutes couvertes de strasses et de plumes…

revelers-of-the-vila-isabel-ce28-diaporama
comme elle…
pictures-rio-carnival
ou elle…

Mais le défilé a une organisation très précise, dont chaque étape est analysée et sanctionnée par les juges. Tout d’abord, chaque école a au minimum 65 minutes et au maximum 85 minutes pour faire son défilé sur la Sapucai. Si elle dépasse, elle perd 0,1 point par minute! Il y a cinq juges pour chaque catégorie, qui sont: la batterie, le samba-enredo, l’harmonie, l’évolution, le défilé dans son ensemble, les chars, les costumes, la comissão de frente, et le couple mestre-sala/porte-drapeau.

Aller, le pas à pas du défilé.

L’enredo: l’hymne du défilé

L’enredo, c’est la chanson du défilé et, bien évidemment, un élément déterminant de la réussite d’une école. Les paroles, la mélodie et l’interprétation seront jugés lors de la compétition. Le thème est choisi librement par chaque agrêmiação en milieu d’année, et déterminera ensuite le design des costumes et des chars. Cela sera la bande-son du défilé, repris en cœur et en boucle par les 2500 à 4000 membres du cortège!

La comissão de frente: surprises et innovations

Comissão de frente, pour les non-lusophones, cela signifie « commission de devant ». Il s’agit d’un groupe d’une dizaine ou quinzaine de danseurs qui effectueront une chorégraphie spéciale pour ouvrir le cortège. C’est un peu le joker de l’école: la comissão de frente est absolument secrète jusqu’au dernier moment, et constitue un élément de surprise destiné à éblouir ou questionner le public et les juges. Le secret est si important qu’ils répètent généralement cachés, en dehors des entraînements de la communauté, et parfois même dans des lieux séparés!

16fev2015-integrantes-da-comissao-de-frente-pegam-fogo-gracas-a-efeito-especial-no-desfile-da-mocidade-1424059034655_700x400
L’an dernier, Mocidade a enflammé la Sapucai avec cette comissão de frente sûrement inspirée de la robe de Katniss dans Hunger Games!

L’abre-ala: pour le symbole

Derrière la commission de frente vient « l’abre-ala », littéralement « l’ouvre allée ». C’est le premier char, et il est supposé représenter l’école. Généralement il porte le symbole et le nom de G.R.E.S, comme ici l’abre-ala magistral de Portela l’an dernier.

globo_eventos_cezar_loureiro_a_dcim_100eos1d__cal7738-64

La comunidade: le corps du défilé

Entre chacun des chars du défilé se trouvent les alas de la « communauté ». Cela représente en moyenne 3000 personnes repartie en 20 à 25 divisions (« alas ») ayant toutes un thème et un costume différent. Les membres de la communauté répètent de novembre à février, et sont jugés sur leur attitude (il faut être joyeux et motivé!) et leur capacité à défiler en rythme et en synchronisation.

7nvbxauei1h1uih4ibpv1gl3t
Une ala de la comunauté de São Clemente

Les chars: pour la grandeur

Chaque école a le droit de montrer 5 à 8 chars pendant son défilé. Appelés « allégories » ils représentent des moments clés de la chanson, ou des éléments en rapport au thème de l’école. Ils sont limités à 13 m de haut et 8,5 m de largeur et peuvent atteindre 60m de long. Bien que motorisés pour la plupart, ils sont toujours poussés par quelques 20 personnes, afin d’éviter la catastrophe d’une panne de moteur!

unidos-vila-isabel-20130212-09-original
allégorie de Vila Isabel

L’allée des enfants

Elle est placée après le 2nd char, et contribue et démontrer l’opulence et la diversité de l’école, mais ne fait pas partie de la notation. Elle est constituée d’enfants de la communauté, qui bien souvent continueront au sein de la « comunidade » une fois adulte (l’école, c’est pour toujours).

4mar2014-a-tradicional-ala-das-criancas-na-portela-traz-alegria-e-descontracao-1393918086045_956x500
Ici les juniors de Portela

L’allée des compositeurs

Cette division a pour but d’honorer les compositeurs du samba-enredo qui est joué pendant le défilé. Ils défilent dans leurs plus beaux atours après le 3eme char, et juste avant la batterie.

compositores640x431px
La toute première division des compositeurs, chez Mangueira.

Le mestre-sala et la porte-drapeau

Symbole parmi les symboles, ce couple de danseur a l’importante mission de porter le drapeau de l’école. Mais attention: en aucun cas le drapeau ne doit s’enrouler sur lui-même. Ils doivent donc danser sans arrêt afin de jamais le laisser retomber. Leur prestation est soumise à de très nombreuses règles: le mestre-sala ne peut jamais tourner le dos à sa compagne, mais doit lui tourner autour et la protéger, elle qui porte à sa ceinture la bannière de l’école. C’est une position prestigieuse qui remonte aux défilés originels du carnaval, au 19e siècle (où la coutume voulait que les blocos se volent les drapeaux les uns des autres).

La reine de la batterie

Si c’est ce que tout le monde retient du Carnaval, il faut savoir qu’avoir une reine n’est pas du tout une obligation, et n’est pas évalué par le jury. Généralement, les reines de batteries sont choisies des mois à l’avance, et sont souvent des stars de télévision ou de la musique. Elles ont pour mission d’annoncer la batterie, montrer un peu de samba-no-pé et surtout d’ambiancer le public. C’est un peu la Miss Batterie, quoi.

La batterie: le coeur de l’école

Sans la batterie, pas de samba et pas de défilé. C’est littéralement l’élément le plus important du défilé, composé de 200 à 320 musiciens, et jugés autant sur leur performance artistique que leurs capacités techniques et rythmiques.

3mar2014-a-furiosa-como-e-conhecida-a-bateria-da-salgueiro-homenageia-os-guerreiros-de-fogo-1393834169663_956x500
la batterie de Salgueiro en 2014

Le char du son

Simple bus équipé de gigantesques enceintes, il se retrouve également chez tous les blocos de la ville… Les chanteurs (en général 5) évoluent sur le toit, accompagnés par quelques musiciens (cavaquinhas et guitares pour marquer la mélodie).

Les passistas: les vraies stars

Ce sont elles les vraies danseuses de samba! Les passistas sont choisies dans la communauté, et adulées comme de petites starlettes au sein de leurs écoles. Elles se doivent d’être sexy et très, très à l’aise pour « samber » sur des talons de 12 cm en moyenne. Lorsqu’au milieu du défilé la batterie s’arrête dans son alcôve, elles avancent pour occuper l’espace libéré.

passistas_grande_rio_580
les passistas de Grande Rio

Les baianas: pour la tradition

Après le 5e char viennent les baianas, une division très spéciale et très aimée du défilé. Elle est composée exclusivement de femmes « mûres » de la communauté, considérées comme « mères de la samba » représentant la tradition et l’expérience de l’école. Cela fait référence aux « mères des saints » de l’Umbanda, les baianas étant, comme les prêtresses de cette religion afro-brésilienne, traditionnellement vêtues de blanc. Elles sont obligées d’être 70 au minimum, et de porter de grandes robes qu’elles font perpétuellement tourner.

 

a-ala-das-baianas-no-desfile-da-imperatriz-leopoldinense-na-sapucai-no-rio-19212-1329712900482_956x500
Bainas d’Imperatriz Leopoldinense

Les tripés

Ce sont des chars plus petits que les allégories, qui ne peuvent avoir que deux composantes. Il n’est pas permis d’avoir plus de six tripés dans un défilé.

tripe
Un tripé de Beija-Flor en 2013 qui, bien que plus petit qu’un char allégorique, n’a pas survécu au viaduc du centre…

La velha-guarda: l’honneur de l’école

Littéralement « vieille garde », il s’agit des membres seniors de la communauté, et bien souvent des fondateurs de l’école. Ils entrent presque toujours en dernier pour fermer le défiler avec panache, vêtus de leurs costumes de gala.

08_04_ghg_rio_velha_guarda
la velha guarda de Portela

Si vous parlez portugais, allez voir cette très chouette infographie interactive dont je me suis servie pour cet article, qui détaille chaque élément du défilé!