Les dames d’abord! (les brésiliens sont-ils les derniers Mâles?)

L’autre jour dans l’ascenseur, un vieux monsieur a fait la leçon à une jeune homme qui était passé devant moi pour sortir. « La demoiselle d’abord, enfin ! » lui a-t-il dit avant de le sermonner sur les valeurs qui se perdent. J’ai déjà remarqué à de nombreuses reprises que beaucoup de brésiliens ne rigolent pas avec la galanterie. Les messieurs se lèvent, tiennent les portes, et ne sortent jamais avant moi d’un ascenseur.  Pourtant, côté pile, j’assiste tous les jours à des scènes de misogynie désagréables : chauffeurs qui sifflent, aranguent les jeunes filles sur les trottoirs, mains baladeuses, et ce fameux « matage » insistant…  A l’heure où le Vieux Continent se questionne sur une certaine « crise de la masculinité », les brésiliens incarnent-ils la résistance du mâle, le « vrai » ou la survivance d’une idéologie qui s’éteint avec la féminisation progressive de la société occidentale?

Du Macho latino-américain

Le machisme fait parti du cliché du latino-américain. A quoi pensez-vous quand on vous dit macho ? Hé ben à un latino avec sa chemise ouverte sur son torse velu, cheveux bruns et frisés dans le vent, lunettes de soleil brillantes. Peut-être une chaîne ou une bague en or. Et qui traite sa nana comme un porc avec son accent espagnol, parce que oui, c’est lui l’Homme, ok ?

Pas franchement étonnant que l’image populaire du macho télescope celle du latino quand on sait que le mot « macho » a été récupéré de l’espagnol, où il signifie basiquement « mâle ». Mais le terme porte aussi des connotation de « courageux » et « valeureux » selon ce cher wikipédia, ergo: devient le parfait vecteur d’un certain concept d’ « alpha-mâle », puissant et vainqueur. (Ah-Ooh!)

Du coup, macho et latino-américain deviennent un peu synonyme dans la pensée populaire, à mon avis principalement parce que le mot vient de l’Amérique du Sud, et que du coup le concept qu’il porte ne s’observe nulle-part aussi bien que sur ces terres tropicales. C’est pourquoi tout européen bien éduqué s’attend, dès qu’il pose le pied au Brésil, en Colombie en Argentine ou autre, à trouver une nation de mâles dominateurs et de femmes dévêtues et dociles. (Merci, colonialisme.)

Les brésiliens seraient-ils tous machos, donc ?

« Machisme de bonne intention »

La société brésilienne est très attachée à des valeurs extrêmement traditionnelles : la famille et la religion (chrétienne pour l’écrasante majorité du pays). C’est le noyau dur de tout système de représentation sociale, donc du rôle social qu’il incombe à chacun : la femme est maîtresse du foyer, elle gère l’intérieur, tandis que l’homme doit trouver son épanouissement à l’extérieur. Je vous parle de conceptions basiques ici, je suis pas en train de dire qu’au Brésil les femmes n’ont pas le droit à l’éducation ou au travail, loin de là. Je suis pas (encore) une experte des relations de genres dans la société brésilienne, mais la parité ici me paraît égale à celle de la France, en tout cas en matière d’accès à l’éducation.

A valeurs traditionnelles, comportements traditionnels : on conçoit la femme comme quelque chose de précieux. Elle qui donne la vie, doit être traitée avec un respect particulier. Voilà la source de ce que j’appelle le « machisme de bon sentiment ». Considérer la femme comme un objet précieux reste la considérer comme un objet. Un objet fragile, la plupart du temps. C’est partir de l’idée que la femme est un être trop faible pour affronter la vie seule… Voilà qui me pousse à remettre en question la galanterie. Le vieux monsieur dans l’ascenseur m’a-t-il porté une marque de respect ou a-t-il juste été affreusement réducteur ?

Le pire dans l’histoire, c’est que j’apprécie beaucoup la galanterie des brésiliens, encore très vivante par rapport à la France. Ca a ce petit côté Mad Men, 50’s et valeur perdues alléchant. Mais quand j’ai expliqué à une amie française que lorsque j’étais avec mon copain, il refusait toujours que je paye quoi que ce soit, elle s’est écriée « ah quel macho ! »… et cela m’a donné à réfléchir. En interrogeant les garçons de mon entourage, je me suis rendue compte que la galanterie était plus une affaire de fierté que de quelconque respect de la femme. « Payer lors d’un rendez-vous, ça me donne le sentiment d’assumer la relation. » Ca leur donne le sentiment d’être des hommes, ceux qui ont le devoir de supporter. Ah, la beauté du conditionnement social. De fait, il est peut-être erroné de regarder le « machisme » comme quelque chose de dirigé vers la femme, quand ce n’est en fait que quelque chose de fondamentalement masculin, une arme que les hommes dirigent vers eux-mêmes, et non vers le sexe opposé.

Et la femme brésilienne, alors?

Cependant, difficile d’assurer sa position de dominant dans la société sans écraser quelqu’un. L’oppression des femmes n’est peut-être pas intentionnelle, après tout, consciemment, tous ces « machos » font ça dans un but positif, avec l’intention de glorifier la gente féminine… Le Brésil est fou des femmes d’ailleurs, comme le dit cette chanson de samba « Qu’est-ce qui est meilleur qu’une femme ? Deux femmes. » et ainsi de suite. Revient ainsi le concept de femme objet, belle et docile. C’est malheureusement ce que je peux observer tous les jours dans la rue, avec les sifflements, la drague intempestive et surtout cette terrible impression de se faire jauger comme un morceau de viande. J’ai une certaine habitude de me faire « draguer » dans la rue (enfin, j’ai une certaine habitude des « hé, vous êtes bien mignonne mademoiselle »), mais ici c’est constant : du gardien de l’immeuble que je vois me reluquer le derrière dans le miroir, au mec qui te sert des « tudo bem, meu amor ? » ou « você é sensual ! » quand tu marches dans la rue, et le chauffeur de moto de taxi qui me demande si je suis mariée au lieu de regarder la route…  « non mais j’ai un copain, c’est le mec sur la moto de devant là… » « ah, mais t’es pas mariée !… »  Ici ou en Europe, loin d’être flatteur, ce type de comportement d’alpha-mâle chasseur à la con ne fait rien de plus qu’enfermer hommes et femmes dans des rôles réducteurs.

Le Brésil pour moi présente d’énorme paradoxes dans la conception des rapports de genres. Comment un pays gouverné par une femme peut-il refuser des droits fondamentaux comme celui de l’avortement ? Quel est le rôle, pourtant crucial et complexe, de la femme dans cette société qui demeure hautement phallocrate ? Le culte du corps, et notamment du corps féminin, joue-t-il un rôle oppresseur dans la vision de la femme, ou est-il au contraire une arme pour la gente féminine ?

 

Ils ont raison hein, on arrête jamais de faire de l’anthropologie.

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3 réflexions sur “Les dames d’abord! (les brésiliens sont-ils les derniers Mâles?)

  1. Très bon article, moi aussi j’ai un copain brésilien et j’ai remarqué les mêmes choses que toi ! Je me demande si c’est un « bon » machisme, parfois cela a du bon car les hommes brésiliens aiment les femmes, ils se sacrifient pour elles mais en même temps ils ne les traitent jamais comme leurs égaux, par exemple si quelques filles arrivent dans une discussion entre hommes ils vont changer totalement de sujet, vont considérer que les femmes ne doivent pas voir « leur vrai visage », leur comportement entre mec reste un secret. J’ai l’impression que les femmes ne peuvent pas être elles-mêmes, elles doivent toujours être parfaites en apparence et une fille non féminine sera regardée avec presque du dégoût. La femme doit toujours être mignonne, sexy, délicate. Les hommes brésiliens ne tolèrent pas beaucoup d’écarts de la part de leur partenaire (pas vérifié que d’après mon copain, mais aussi pour d’autres brésiliens), elles doivent être moralement presque irréprochables, notamment quant à la jalousie. J’ai lu quelque part que les filles brésiliennes même fiancées embrassaient n’importe qui en soirée, moi j’ai l’impression que c’est l’inverse, et que la jalousie est très marquée dans les couples surtout à l’égard des filles. Elles ne doivent pas avoir trop d’amis mecs. Mais bon, sinon le côté positif c’est que les brésiliens sont chaleureux et très virils, et ça c’est très sexy et agréable ! Ahah

  2. Un article de merde!!! Pondu par une victime du système qui crois avoir tout compris de la vie et qui prend ses idéaux pour référances.. Vous connaissez rien du Brésil et du monde en général, vous êtes totalement endormis dans votre réalité française qui est un grain de sable à l’echelle de la terre!

    • J’ai vécu 3 ans au Brésil et en ai étudié l’histoire et la culture pendant 2 ans de plus, donc je pense quand même en connaître un petit bout – en plus, bien sûr, d’être mariée avec un brésilien. Après, cet article est un billet d’opinion écrit au début de mon séjour. Je n’écrirais pas le même aujourd’hui, et pas sûr que ce serait pour donner un meilleur point de vue. Aller, um beijo.

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