Où habiter à Rio?

ImagePuisque mon p’tit blog a été pas mal visité par les futurs intecambistas de Lyon 2, j’ai décidé de faire une petite séries de posts « utiles« , au lieu de raconter ma vie. Je commence donc avec la première question de tout le monde: où habiter à Rio, et avec quel budget?

NOTE: une chambre simple = chambre avec un lit une place. 

Sur les sites de location, les offres proposent très souvent de partager les chambres à 2, 3, 4, 6 etc. Faites bien attention à l’intitulé. « Dividir quarto » veut bien dire partager la chambre, et non l’appartement. De même, les offres de « vaga » (« espace ») sont généralement des offres de partage d’une chambre. 

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Retroussons donc nos manches.

Rio est communément divisée en 4 zones: norte, centro, sul et oeste. La zona sul, avec ses plages mythiques (sainte trinité de Copacabana, Ipanema, Leblon) et ses décors de telenovela est généralement la plus prisée par les expatriés. Mais le reste de Rio peut offrir de nombreux avantages en terme de coûts et qualité de vie.

ZONA NORTE

La plus large et aussi la plus pauvre elle est généralement largement ignorée de la plupart des étrangers qui visitent ou s’installent à Rio… pour une raison simple, c’est qu’elle est majoritairement constituée de quartiers dangereux et insalubres, et/ou de bidonvilles. Néamoins, les quartiers de Tijuca, Maracana et Vila Isabel peuvent être de très bons plans pour les étudiants qui dépendent du campus de Fundão de l’UFRJ (ou bien qui étudient à l’UERJ). Cette zone de Rio est géographiquement centrale, bien qu’elle soit considérée comme zone nord. De fait, l’accès à n’importe quelle partie de la ville est plutôt aisé (le réseau de transports vers la zone sud est très dense). La plage est à 30 mins de bus les jours où il n’y a pas d’embouteillage, et l’effervescence de Lapa à moins d’un quart d’heure. C’est aussi un coin très étudiant: de nombreuses universités y sont basées du coup les republicas (maisons partagées par des étudiants) y pullulent!

Le coût de la vie y est aussi globalement moins cher: accès à des supermarchés moins chers que ceux de la zona sul, ou des restos, bars etc moins touristiques, donc avec des cartes plus sympathiques pour le porte-monnaie.

Le budget? entre 400 et 700 rs pour une chambre simple

CENTRO

Le centre, même si c’est clairement l’endroit de Rio qui bouge le plus à mon avis (Lapa en tête) n’est pas franchement le meilleur endroit pour habiter. Saturé, les locations y sont rares et souvent très chères. Il abrite cependant l’IFCS, la faculté de sciences sociales de l’UFRJ ainsi que la faculté de droit (et l’Ecole de Musique à Lapa). Mais c’est de loin le coin le plus dangereux de la ville. Vide après les heures de bureau, c’est le terrain idéal pour les agression et vols diverses. Il est vraiment déconseillé de s’y promener la nuit, surtout le dimanche.

Dans le cas de Santa Teresa, même si le quartier est hyper sympa (beaucoup d’évenements de samba, grande communauté artistique) depuis l’arrêt du bondinho les déplacements y sont compliqués. L’accès se fait en bus, mais pas jusqu’en haut de la colline. A noter que la pente est tellement raide que même certains taxis refusent les courses jusqu’en haut.

Le budget: en moyenne 700 rs pour une chambre simple.

ZONA SUL

De Laranjeiras, le quartier du Christ Redemptor qui borde le centre, à Leblon, la zone sud est vaste et propose pas mal d’options très différentes. Alors que Botafogo et Flamengo sont des quartiers assez « middle-class », accessible, vivants et en voie de hypisation, Copacabana, Ipanema et Leblon promètent la carte postale carioca: les pieds dans le sable et un train de vie plus luxueux. A l’intérieur, Lagoa, Gavéa et Jardim Botanico sont des quartiers beaucoup plus résidentiels, difficiles d’accès par les transports en commun, et assez cher.

La zone sud est la meilleure option pour les étudiants du campus de Praia Vermelha (UFRJ).

Ah, Copacabana, son sable fin, ses noix de coco et ses filles en bikini. La zona sul me faisait rêver avant d’arriver à Rio, et j’imagine qu’elle vous fait aussi fantasmer. A raison, vous verez. Néanmoins, je suis désolée de vous dire que je ne suis pas une grande fan de cette partie de la ville. J’habite à Copacabana, mais il se trouve que c’est le quartier de Rio que j’aime le moins. Plein de touristes et de grandes barres d’immeubles datant de 1970, il est parfaitement moche à mon goût, et pas spécialement vivant. Il n’est peuplé que de magasins (à souvenirs) et d’hotels, ainsi donc dès que la journée de travail est finie, l’ambiance devient un peu morose… et dangereuse. C’est en effet le quartier de la zone sud qui compte le plus de vols et d’aggressions. Tourisme oblige. Il est pas mal déconseillé de se promener sur le bord de plage le soir – Ipanema est plus sûre pour ça. Au niveau des dépenses, je suis assez irritée de ne trouver ici que les supermarchés « chers », ceux qui vendent principalement des produits importés, rares et taxés, et des fruits 3 fois plus chers que dans les autres enseignes.

En ce qui concerne Ipa, celui qui y trouvera une chambre à un prix acceptable, je lui tire d’hors et déjà mon chapeau. C’est tout bonnement le quartier le plus cher de toute l’amérique du Sud. Ainsi donc, on peut y profiter de la plage et des bars et restos sympas (quoi que franchement overpriced), mais y habiter relève un peu du rêve, ou du coup de chance.

Je ne vais jamais à Leblon donc je ne peux pas vraiment commenter sur le sujet, mais je sais que le quartier est réputé comme très huppé. Je ne pense pas qu’il soit la meilleure option d’habitation: cher, il n’est pas desservi par le metro et pas franchement animé.

J’ai vécu à Botafogo les six premiers mois de cet échange et je recommande fortement ce quartier hyper chaleureux. Sa localisation est parfaite: il est aussi près du centre que des plages, et sa population « classe moyenne » permet des dépenses modérées. On y a facilement accès aux grandes surfaces les moins chères et aux petits restos. Flamengo est plus ou moins similaire à ce niveau.

Voir aussi Catete et Gloria, limitrophes du centre et super mignons avec leurs vieilles maisons coloniales mais où les offres de location sont assez rares.

Le budget: 600 rs minimum (plutôt 700 ou 800 dans la majorité des cas) pour une chambre simple.

Enfin, le quartier d’Urca (super proche du campus Praia Vermelha) est très tranquille, très sympa, et très protégé (c’est une zone militaire)… mais c’est mission impossible d’y trouver une location.

OESTE

L’ouest de Rio est une zone assez mystérieuse pour moi. Je n’y vais que rarement parce que c’est assez loin, et plutôt mal desservi par les transports en commun.En plein boom immobilier, c’est une zone en expension mais qui reste très chère. La plage y est incroyable cependant, et la jeunesse dorée de Rio en a fait son nouveau quartier à la mode. Mais très excentré, il sera difficile de se déplacer dans le reste de la ville sans posséder son propre véhicule.

budget? Je dois vous avouer que je ne sais pas!

Un mot sur les favelas avant de finir. La majorité des étudiants que je connais a opté pour aller habiter dans ces quartiers particuliers qui s’étendent sur les collines. Cela peut avoir de nombreux avantages: une vie de quartier beaucoup plus chaleureuse et axée sur la communauté, l’accès à des commerces beaucoup moins chers que dans le reste de la zone sud étant les principaux. Mais pour moi, cela ne contre-balance pas ses encore plus nombreux désavantages:

les favelas sont difficiles d’accès. Elles ne sont pas desservies par les transports en commun, pour y monter il faudra donc recourir aux services d’un moto-taxi ou d’un van. En plus d’être compliqué, cela augmente les budgets de transport: déjà 4 rs de dépensés quotidiennement en plus du reste des déplacements (ça a l’air de rien comme ça, mais les transports à Rio reviennent très, très cher).

Les conditions d’habitation sont souvent relativement précaires: les pénuries d’eau ou les coupures d’electricité sont courantes, et il y a d’importants risques de glissements de terrain en cas de fortes pluies (courantes l’été). De nombreuses constructions ne résistent pas non plus à l’humidité de Rio et s’effondrent (c’est un problème courant ici, il faut vérifier de manière générale l’état d’humidité des bâtiments que vous visitez!).

– Dans certaines favelas, l’insécurité est aussi un paramètre à prendre en compte. Certes, les agressions et les vols sont plus courants dans la zone sud mais la possibilité d’être pris au milieu des fusillades entre gangs et police est encore une réalité dans de nombreuses favelas. Celles de la zone sud (Vidigal, Pavão et Santa Marta principalement) ne présentent cependant pas de grands risques à ce niveau. Rocinha par contre est à éviter.

– Enfin, le prix des locations n’est pas moins cher, pour des prestations souvent moins bien que n’importe où ailleurs dans Rio.

le budget: entre 500 et 700 rs en moyenne pour une chambre simple.

Quelques liens pour la recherche:

easyquarto: le site fréquenté par tous les expatriés et qui propose le plus d’offres. Attention par contre c’est payant et c’est un peu le piège: en utilisant le site gratuitement le contact avec les proprios est limité, et souvent on obtient peu de réponses…

vivastreet: plutôt pour ceux qui chercheraient des appartements.

Je n’ai pas parlé de louer un appartement seul dans l’article car c’est au delà du budget de la plupart des étudiants, et les studios n’existent pour ainsi dire pas à Rio.

Bonne recherche!

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Eu,Indio : du Bresil et de l’Indigène

C’est un sujet sur lequel j’ai envie d’écrire depuis longtemps, mais j’ai voulu attendre d’avoir un point de vue plus profond sur la culture brésilienne, et d’avoir passe plus de temps a Rio pour pouvoir saisir de manière plus large la façon dont les brésiliens conçoivent et traitent la question de l’indigènite sur leur territoire.

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Petit point vocabulaire avant de commencer, j’ai utilisé le mot « natif » dans l’article bien que les brésiliens n’utilisent pas cette conception (américaine) des indigènes. Ils les qualifient de « indios », les « indiens », mais j’ai voulu varier un peu mon vocabulaire (deja que je me repete assez souvent!).

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J’ai commencé a m’intéresser a la question indigène avant de venir au Brésil, et plutôt du côté des populations tribales d’Inde… En faisant de l’anthropologie, on passe obligatoirement par ce sujet, et par ce questionnement qui semble être si problématique pour les pays encore concernés par l’indigénité: comment traiter avec les populations tribales? Faut-il les inclure dans la modernité, faut-il leur aménager une modernité (sous formes de réserves en relation avec la ville) ou doit-on leur octroyer un territoire particulier, indépendant et inviolable, a l’écart du mode de vie du reste du pays?

Le Brésil, comme l’Inde, les USA, le Pérou, le Kenya et tout autre pays qui abrite les quelques centaines de milliers d' »indigènes » qui restent au monde, a du mal a se faire un avis sur la question. Politiquement, le blocage est compréhensible: le peu d’éthique que pourrait avoir le gouvernement est fort souvent écrasé par les intérêts financiers qui vont de paire avec l’industrialisation. C’est ainsi que le Brésil et le Pérou ont autorisé la construction de routes au beau milieu de la réserve des Awa, l’une des derniers populations encore non-contactée, malgré le combat de nombreuses ONG. Ces routes permettront d’exploiter des territoires riches en ressources naturelles, jusque la protégés.

expulsion et arrestation des indigenes de l’Aldeia Maracana il y a quelques semaines a Rio

Le gouvernement brésilien se débattant en plus dans les méandres de la corruption, difficile d’obtenir une position claire sur la question des « natifs »: d’un côté, il crée de nombreuses associations a vocations de préservation telles que la FUNAI, censée protéger les droits indigènes, et glorifie un certain héritage tribal (on trouve de nombreuses statues en honneur de héros indigènes) et de l’autre, vandalise tranquillement les territoires indiens et décime les populations. A Rio, depuis le mois de décembre, une communauté indienne ( a majorité Xingu), s’est battue pour ne pas être expulsée d’un aldeia (une sorte de mini réserve dans la ville) qu’ils occupaient depuis plusieurs dizaines d’années. Apres leur avoir accordé le droit de rester, le gouverneur de l’état de Rio a soudainement changé d’avis et ordonné leur éviction, afin de rénover le bâtiment et d’y installer le musée du Comité Olympique, en vue des prochains jeux de Rio (il a aussi été question de transformer le terrain en parking, l’histoire est très confuse donc je ne sais pas très bien quel projet a finalement été retenu). Apres une bataille juridique qui n’a suscité aucun intérêt de la part des médias brésiliens, les indiens ont été expulses de leur terrain puis du musée de l’Indien (appartenant a la FUNAI) avant d’être déportés vers des abris temporaires, dans une débauche de violence. Ce n’est qu’aujourd’hui que la communauté politique réagis timidement, comme par exemple Marcelo Freixo qui s’indigne de la violence inutile déployée lors de l’expulsion et clame – un peu trop tard – que l’aldeia maracana n’aurait pas du être pris aux indigènes.

Cette histoire est, pour moi, un parfait exemple de l’ambivalence des brésiliens en ce qui concerne les indigènes. Interrogez n’importe qui, on vous r&pondra que le traitement du « premier peuple bresilien » au cours de l’histoire est révoltant. Tous les brésiliens s’indignent unanimement: asservir et décimer les indiens, c’était vraiment moche de la part des portugais. Et aujourd’hui encore, le gouvernement n’est vraiment pas juste avec eux… Mais ça s’arrête souvent là. Les médias de masse, souvent fort peu objectifs, s’intéressent très peu a la cause indigène et se gardent bien de relater les nombreux meurtres, expulsions territoriales et autres ignominies dont ils font toujours l’objet (dans certaines parties reculées du Brésil on leur refuse les soins médicaux, par exemple). Au lieu de cela, on préfère te montrer au palais de justice les photos de porte-paroles indigènes tout emplumés venus plaider leur cause, et te faire croire que le gouvernement brésilien, dans toute sa bonté et sa tolérance, a été fier de garantir leurs droits. On préfère construire d’immenses statues représentant les « bandeiros » portugais, ces héros de la nation, suivis par des indiens tirant leurs barques. Portugais et indigènes tous unis dans la construction de la grande nation brésilienne… En oubliant, bien sur, que les indiens étaient les esclaves des portugais.

 

Il y a quelques 810 000 indigènes au Brési (repartis en une quarantaine de groupes ethniques), et pas seulement en Amazonie, comme vous auriez pu le croire. Les populations natives occupaient pratiquement toute la côte brésilienne a l’arrivée des portugais, et quelques réserves demeurent près de leurs territoires d’origine, São Paulo et Rio de Janeiro y comprit. Ils parlent plusieurs dizaines de langues différentes, la plus influente étant celle des « tupi-guarani » (une appellation large pour un vaste ensemble de dialectes et de tribus). Tous les brésiliens la connaissent, la côtoient, tout simplement parce qu’elle s’est infiltrée dans une grande partie de leur vocabulaire: de nombreux noms de lieux sont hérites des indiens (Ipanema, Itaipava, Ipiranga…) ainsi que de nombreux noms d’aliments (et surtout de fruits): maracuja (fruits de la passion), aipim (manioc dans le nord), mandioca (manioc dans le sud) etc etc… Les brésiliens ont coutume de dire que tous les mots qui sont un peu bizarres sont hérites du tupi-guarani.  Ils sont fiers aussi d’un certain héritage culturel, le plus revendiqué étant celui de l’obsession de la douche et de l’hygiène.  Le bain est, dans la pensée commune brésilienne, une habitude des indigènes que les portugais auraient rapidement immité.

En dehors de cela, de cet héritage lointain et de plus en plus virtuel, les brésiliens vivent en totale déconnexion des populations indigènes. A ma grande surprise (et indignation), les écoles ne proposent pas l’apprentissage du tupi-guarani ou des autres dialectes – pourtant encore vivants . Ils ne connaissent que très vaguement les cultures, traditions, et mythologies des indigènes en dehors de la consommation de plantes hallucinogènes lors de rites particuliers. J’ai souvent l’impression que les populations natives sont considérées comme disparues par de nombreux brésiliens, comme des ancêtres aux traditions mystérieuses, et a la sagesse perdue. Peu d’entre eux se sentent vraiment en lien avec ces cultures que l’enseignement colonialiste portugais a fini par représenter, pour la postérité, comme ces « sauvages qui étaient la avant ». Les brésiliens connaissent par coeur l’histoire ancienne du Portugal, mais pas celle de leur propre terre. Même ceux qui comptent des indiens parmi leurs ancêtres. Je trouve cela fondamentalement erroné.

Pourtant, les populations indigènes au Brésil sont bien vivante, et contrairement a ce que nombre de brésiliens pensent, perpétuent un héritage, une histoire, une culture. Mon directeur d’étude a participé a un projet en Amazonie avec des tribus a qui on a demandé de mettre en scène leurs mythologies. Les anthropologues ont ainsi monté avec eux une serie de films pensés et conçus par les natifs, qui tentent d’exprimer leur perception du monde et de leur histoire. C’est un travail fascinant.  Aussi, a mon humble avis, il serait extrêmement important pour les brésiliens, puisqu’il met en lumière une souche de leur culture dont ils n’ont pratiquement pas conscience, et a laquelle ils n’ont pas accès. Il ne faudrait pas avoir a attendre qu’un indigène prenne le pouvoir, comme en Bolivie, pour que ces populations aient droit a plus de considération de la part des gouvernements d’Amérique latine. Il ne faudrait pas non plus que seuls les anthropologues soient au courant de la richesse de leur culture.