Survivre à sa première semaine au Brésil

Vingt jours après mon arrivée, j’ai décidé de lancer une petite série jusqu’au Carnaval sur le chaos initial de tout voyage… parce que le Brésil c’est beaucoup d’amour, mais beaucoup d’angoisse aussi. 

La première fois que je suis partie au Brésil n’était pas exactement mon premier déménagement à l’étranger. Avant cela, j’étais partie à l’aventure en terre britannique pendant pratiquement deux ans puis je m’étais installée à Lyon pour mes études, loin, très loin de mon nid douillet  païs occitan natal… j’avais donc déjà une certaine habitude d’être loin de ma famille d’avoir à m’adapter, à chercher, à galérer dans une ville à apprivoiser…

Et pourtant, mes premiers jours à Rio ont été réellement difficiles. Et je n’étais pas la seule. La plupart des étudiants français que j’ai rencontré m’ont raconté avoir vécu les mêmes angoisses et doutes, au point parfois de considérer un retour anticipé. Entre le décalage horaire, le choc culturel, la barrière de la langue et la solitude, il peut être facile de baisser les bras et passer à côté de l’expérience fantastique qu’est un voyage (au Brésil ou pas). Voici donc quelques conseils pour partir du bon pied.

#1: Apprendre à gérer le décalage horaire

Nous ne sommes pas tous égaux face au jetlag. Certains l’absorbent très vite et très bien, d’autres vont mettre plus de temps avant que leur horloge biologique se remette à tourner rond. Au passage, sommeil perturbé et troubles de l’humeur peuvent rendre le début du séjour un peu chaotique. Pour vous assurer une récupération rapide, faites en sorte, déjà, de passer un vol le plus tranquille possible. Reposez-vous bien avant et essayez de ne pas abuser d’alcool ou de tabac la veille du grand départ. Une fois sur place, suivez le soleil. Votre corps calque son cycle circadien sur les signaux de jour et de nuit qu’il reçoit de l’environnement. Si vous êtes fatigués très tôt en journée, essayez de tenir jusqu’à la nuit et de manger à heures fixes les premiers jours, cela vous aidera à vous remettre dans le rythme. En général il faut 3 jours à Rio pour être totalement acclimaté.

#2 Ne pas prendre les « Conseils aux voyageurs » du ministère des affaires étrangères au pied de la lettre

Ah, diplomatie.gouv.fr. Quel étudiant ou expat n’y est pas passé et n’a pas refermé la page avec une sueur froide en se demandant s’il ne ferait pas mieux d’annuler son billet? Ce site, bien qu’utile au fond, est le pire générateur d’angoisse des français qui s’installent au Brésil. J’ai eu la chance de rencontrer des brésiliens avant de m’installer à Rio et cela m’a permis de mettre à distance les mise-en-garde du site, mais je comprends que des étudiants arrivent terrorisés à Rio après l’avoir consulté…

Remettons les choses dans leur contexte. Ce site est l’interface gouvernementale du ministère des affaires étrangères, qui a pour mission d’informer les voyageurs sur la situation géo/socio/politique des pays qu’ils s’apprêtent à visiter. Il informe par exemple si un conflit est en cours et qu’un voyage dans le pays pourrait s’avérer dangereux… Au demeurant, c’est une bonne chose et j’encourage quand-même les futurs migrants au Brésil à y faire un tour. En revanche, il faut prendre les informations sur cette page comme une mise en garde générale du pire qui pourrait vous arriver. Cela ne veut pas dire que cela va nécessairement vous arriver. Ce genre de site a, à mon sens, l’obligation d’informer les gens sur tout, ne serait-ce que par mesure d’auto-protection, pour que les voyageurs ne puissent pas se retourner contre le ministère en cas de pépin. C’est leur page « on vous avait prévenu ».

Mon conseil c’est de lire ces infos et de les garder dans un coin de l’esprit sans en faire une hantise. Oui, il y a des problèmes d’insécurité à Rio. Non, cela ne vous empêchera pas de vivre tout à fait normalement.

#3 Apprenez le portugais

Vous vous dites que cela coule de source. Hé bien non. Puisque le portugais « c’est un peu comme l’espagnol » et que la plupart des université brésilienne (aux dernières nouvelles) n’exigent pas que les étudiants parlent portugais pour s’inscrire, beaucoup arrivent au Brésil sans la moindre notion de la langue de Camoes. Alors oui, le portugais s’apprend relativement facilement. En quelques mois, si vous vous y mettez sérieusement, vous pouvez prendre la langue en main. Cependant, ce à quoi on ne pense pas vraiment quand on est toujours à la maison, c’est à quoi vont ressembler les quelques mois pendant lesquels le portugais.. vous n’y comprendrez rien.

J’avais pris des cours quelques mois avant mon départ, rien de miraculeux mais au moins de quoi capter le fonctionnement de la langue et avoir une connaissance basique des choses. Je pensais bien m’en sortir: j’avais tord. Le vertige procuré par le fait d’évoluer dans un environnement où je ne comprenais pas vraiment ni les gens, ni les panneaux, ni les papiers, ni l’étiquette sur une boite de conserve a véritablement été l’une des pires expériences de ma vie. Bien sûr, cela se résorbe vite en s’habituant à son nouvel environnement… Mais s’assurer de parler la langue correctement peut vous épargner un très grand stress. Pour ça, avant le départ, renseignez vous auprès du département de langue de votre université. Nombre d’établissement mettent en place des systèmes de conversations ou de parrainage pour apprendre la langue avec des étudiants étrangers. Si vous n’êtes plus à la fac, ou si vous êtes plus à l’aise sur votre ordinateur, le forum expat-blog peut vous permettre d’entrer en relation avec des brésiliens qui seraient prompt à vous apprendre leur jolie langue et vous donner des informations pratiques sur le pays (et qui sait, peut-être boire un verre une fois sur place!).

Vous avez sinon les méthodes de langue:

– en livre: j’ai personnellement utilisé celle de Harap’s (portugais du Portugal), revue et corrigée par mes prof de littérature brésilienne préférées. Lonely Planet propose également un guide basique de conversation en portugais brésilien vachement bien foutu.

(note: ne cédez pas aux titres des livres et à la mode actuelle. Je ne saurais le dire assez fort: Le « brésilien » n’est pas une langue. Les brésiliens parlent portugais. N’allez pas leur dire que vous parlez « brasileiro », ils se moqueront!) 

– en ligne: là, il y en a pour tous les goûts! Les cours de base de BBC sont toujours bien ficelés et forment une bonne base. Vous avez aussi EasyPortuguese, ou bien les plateformes linguistiques gratuites comme DuoLingo, Memrise ou Uz-Translation (ce dernier site regroupe des archives de tout types afin d’aider à l’apprentissage de la langue)…

#4 Essayez de rencontrer des expats

C’est probablement la seule fois que vous me lirez donner ce conseil, et pourtant! A l’arrivée c’est rassurant et encourageant de pouvoir partager ses angoisses et ses difficultés avec des gens qui vivent (ou ont vécu) la même chose. Si vous êtes étudiant, le service des relations internationales de votre fac vous a peut-être fourni un annuaire des étudiants partant et partis. Servez-vous en! N’hésitez pas à contacter les étudiants qui partent avec vous, à former des groupes d’échange sur facebook, whatsapp ou autres interfaces. Si vous êtes expat, il existe de nombreux groupes sur facebook ou de plateformes comme expatblog qui peuvent vous permettre de nouer des contacts. L’union fait la force!

#5 Armez-vous de patience

La réception à l’université risque d’être décevante et compliquée. Il n’y aura pas d’aide pour trouver d’appartement. Vous devrez très certainement changer les cours que vous aviez choisi. L’enregistrement à la police fédérale sera une épopée.Le bus n’a pas d’horaires. Les gens non plus. Rien ne se passe parfaitement, il y a toujours des couacs. Apprenez à vous laissez porter, et à ne pas perdre patience.

#6 Sortez, même si vous devez vous forcer

Au début, si l’on est seul, on peut avoir juste envie de courir s’enfermer dans sa chambre en sortant du boulot/de la fac, et traîner sur facebook pour se rassurer. C’est une attitude d’auto-défense compréhensible, mais il faut veiller à ne pas rentrer dans un cercle vicieux. Voilà pourquoi rencontrer d’autres français peut permettre aux plus craintifs d’appréhender le Brésil avec un peu plus de sérénité. Si vous avez peur, forcez vous. Prenez le bus. Vous vous tromperez sans doute d’arrêt, tant pis, demandez votre chemin, recommencez. Allez le soir aux rodas, aux concerts, aux churrascos… C’est là que vous découvrirez la beauté extraordinaire de Rio, la chaleur des brésiliens, et c’est cela qui vous donnera envie d’explorer, après les longues journées à se débattre avec le portugais ou l’administration.

Ouvrez les bras et jetez-vous dans l’inconnu. C’est pour ça que vous êtes parti. 

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