Parlez-moi d’amour

J’avais un super projet participatif pour le Dia dos Namorados, j’avais fait un hashtag et un dessin et tout et… c’est tombé à l’eau comme un enfant qu’on jette à la mer parce qu’il est trop gros et les parents voulaient des enfants maigres.

Je suis pas fâchée, je le prends bien.

Bon, c’est quand même la fête des amoureux ici aujourd’hui donc on va parler d’amour UN POINT C’EST TOUT.

Les Brésiliens ne fêtent pas la Saint Valentin. Pour eux le quatorze février est soit une veille de carnaval, soit oublié dans la cachaça et les confettis, soit synonyme de gueule de bois monumentale. Pour célébrer les amoureux, on a choisi ici le 12 juin, simplement parce que c’est la veille de la Saint Antoine, et qu’il est le patron des mariages dans la tradition catholique portugaise. Il est courant ici de voir des jeunes filles mettre la statue du pauvre saint la tête en bas dans un verre d’eau pour s’attirer les bonnes augures divines et rencontrer l’âme sœur. Mon ami Wikipédia m’a expliqué que la fête aurait instaurée au Brésil dans les années 40 par un publicitaire paulista inspiré par la Saint Valentin occidentale. Flairant le bon coup marketing, il aurait lancé le slogan « não é so com beijos que se prova o amor »  (il n’y a pas qu’avec les baisers que l’on prouve son amour) incitant ainsi les couples à s’échanger des cadeaux pour se montrer leur affection.

Ici la « fête des amoureux » s’adresse principalement aux couples non mariés, car les statuts amoureux ici sont très codifiés et bien partitionnés. Il y a « pegar », « ficar », « namorar », « noivar » et « casar ». Pegar, c’est ce que l’on appelle poétiquement « chopper », c’est la galoche de fin de soirée que tu regrettes ou pas. « Ficar », c’est ce que l’on appellerait en France un « truc », « une relation sans attache »,  courte ou ponctuelle. Du simple bisou au sexfriend, cela englobe en fait toutes ces relations où l’on a pas dit que l’on était « en couple ». Namorar, c’est sérieux. C’est toi + moi écrit dans le sable au soleil couchant. C’est être un couple, quoi. Et puis « Noivar » c’est se fiancer, et casar, bah, se marier.

Moi, j’ai un namorado et c’est à un peu à lui que cet article sera dédié, hein, puisque c’est sa fête au fond. Mon namorado est carioca, il sent bon la noix de coco et la lager ultra-fraîche, il est tout brun et tout bronzé comme du doce de leite caramélisé. Depuis que je suis tombée sur lui dans le bar le plus pourri (et à la fois le plus glorieux) de Lapa il y a bientôt 3 ans, j’ai des étoiles dans les yeux, du sable entre les orteils et c’est le bonheur à peu près tous les jours. Pourtant, vivre une relation « mixte » n’est pas forcément de la tarte.

Il venait du Brésil, elle venait de France, ils étaient amoureux et c’était beau.

Oui. Mais malgré tout, la géographie pèse assez lourd. Très tôt dans notre relation nous avons dû nous demander « où ? ». Où est-ce que tu vas aller ? Est-ce que je peux rester ici ? Est-ce que tu peux venir là-bas ? On avait le luxe et l’opportunité de bouger, donc on a pu se suivre l’un l’autre, mais dans beaucoup de couples multi-nationaux, la distance est bien-sûr le premier obstacle, et elle reste toujours un paramètre important à considérer.

Car être ensemble signifie souvent être loin d’autres gens, de la famille, des amis, et ce n’est pas toujours facile à gérer. Etre ensemble peut être un sacrifice, pour certains.

Heureusement pour nous, nos cultures, bien que différentes, n’ont jamais été un obstacle. Comme le disait un de mes profs, les couples franco-brésiliens fonctionnement bien parce que nos deux cultures se complètent et se fascinent mutuellement. Il est patient là où je suis pressée, je suis terre-à-terre là où il est émotif, je suis réservée, il est extraverti. Nous sommes une bonne équipe. Même nos langues maternelles finissent par se compléter et vivre ensemble l’une avec l’autre naturellement. A la maison je parle français, il répond en portugais, et l’on se comprend parfaitement. C’est un peu notre langage secret.

Vivre une relation mixte, c’est pas mal de challenges, mais ce sont tellement de découvertes quotidiennes, de bonheur et d’amour que je n’échangerais mon carioca pour rien au monde.

Bonne fête des amoureux à mon B, et à tous les couples à travers le monde.

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