5 grandes histoires d’amour de la littérature brésilienne

 

Je me présente: Marina, brésilienne, diplômée em Lettres (Langue et Littérature -Portugais/ français), lectrice professionnelle, professeure de Littérature au Lycée et passionnée par la langue de Molière et de Camões ❤ J’ai connu Marie à l’occasion de mon voyage à Lyon – j’y suis allée pour étudier les Lettres, mais à la fin j’ai gagné une amie française pour toute ma vie.

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Aaawn.

Marie m’a invité donc pour vous présenter une sélection de couples de la littérature brésilienne. Pourquoi? Parce que notre Saint-Valentin arrive! Au Brésil, on célèbre la fête des amoureux le jour de Saint-Antoine, le saint marieur. Et ici de très grandes fêtes se passent pendant tout le mois de juin – ce sont les Festas Juninas (Fêtes de Juin), avec de la pipoca, du vin chaud, du quentão et de la musique sertaneja, bien sûr! Quelle ambiance pour rencontrer ton valentin !

Ah, les amoureux! L’histoire de la littérature a toujours été liée avec l’histoire de l’amour. Dès qu’on a eu l’idée de transformer la vie en fiction, à l’écrit, les couples en lignes ont été créés. Et au pays du foot, du carnaval et de la chaleur, cette histoire ne pouvait pas être différente.

Je vous présente donc ma sélection – pas du tout cliché – des principaux couples de la littérature brésilienne.

Capitu et Bentinho (in: Dom Casmurro) – de Machado de Assis

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scène de la mini-série télévisée Capitu (Rede Globo, 2008)

Roman raconté par son protagoniste, cette oeuvre sera toujours une référence en matière de grande et catastrophique histoire d’amour. Le protagoniste, Betinho, et sa voisine Capitu, alimentent des sentiments depuis leur enfance, et  leur passion a grandi avec eux. Ils se marient après que Bentinho soit presque devenu prêtre (à cause d’une promesse faite à sa mère), et se croyaient heureux pour le reste de la vie. Mais… Um ami à lui commence à avoir des comportements étrangement gentils et attentionnés envers Capitu et, pour un fou d’amour jaloux comme un Marcel (Proust), s’en est trop. Bentinho pense que sa femme le trompe! Avec son meilleur ami. Tragédie, ô tragédie! Résultat: ils divorcent après que Bentinho ait conduit Capitu à la misère sentimentale. Et nous, les pauvres lecteurs, on ne saura jamais si Capitu l’as rééllement trompé ou pas. Mais la beauté de cette femme fatale, “avec des yeux de gitane oblique et dissimulée”, ajoutée à un récit enivrant  – c’est le narrateur le plus important de notre littérature – on n’a pas besoin de réponses.

Sinha Vitória et Fabiano (in: Vidas Secas) – de Graciliano Ramos

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scène du film Vidas Secas de Nelson Pereira dos Santos (1963)

Ce roman marque une période littéraire au Brésil appellée Régionalisme (1930-1945). Parties du mouvement moderniste, ces productions se sont engagées à montrer au reste du pays les situations les plus précaires vécues par les nordestins lors des grandes périodes de sécheresse intense à Alagoas, Minas Gerais et Bahia.

Pas de végétation, pas de l’eau, pas de nourriture, une famille survit au milieu de rien. Sinha Vitória (ironiquement surnommée Madame Victoire parce que c’est la désolation qui y est et cette femme n’a rien d’une Madame) et Fabiano sont les chefs d’une famille  vaincue par le soleil brûlant et l’espoir perdu. Même s’ils ne sont pas du tout romantique l’um avec l’autre, et qu’il n’ont même pas de vocabulaire pour le faire – l’école est três loin de leur réalité, ainsi que la culture lettrée – ces deux alagoanos sont forts comme un sertanejo et surtout, ils sont des vrais compagnons.

Iracema (in: Iracema) – de José de Alencar

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statue d’Iracema à Ceara

Héroïne de notre romantisme indianiste, Iracema est la “vierge aux  lèvres de miel”. Ce roman, très important dans notre histoire littéraire, raconte le récit d’amour entre  un européen colonisateur, Martim, et une indigène de la tribu tabajara, Iracema. C’est l’histoire d’amour classique, saveur Roméo et Juliette: leur amour est interdit par la tribu, mais ils résistent. Ah, l’amour romantique! Avec un langage super-hyper-mega exagéré, José de Alencar nous décrit les beaux paysages brésiliens, notre nature exubérante et, pour la première fois à la littérature, l’indien est le protagoniste du roman. Révolution de protagonisme, oui, mais  pas de révolution à la fin de cette histoire destinée à l’échec dès son début (spoiler alert): Iracema est tombée enceinte de son amoureux, il part en bataille, leur bébé naît et, de tristesse à cause du départ de son portugais, Iracema meurt avec son enfant dans ses bras, juste après le retour de son héro.

La tragédie n’a jamais été peinte d’une si belle façon .

Les femmes de Vinicius de Moraes

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« [L’amour] qu’il ne soit pas immortel, parce qu’il est flamme, mais qu’il soit infini pendant qu’il dure »
Cela n’est techniquement pas un roman, mais on peut appeler comme ça la vie rocambolesque de notre poetinha. Vinicius de Moraes, notre grand poète de l’amour, de la passion, de la femme (et auteur de la chanson brésilienne la plus célèbre au monde – Garota de Ipanema) a fait de sa vie une histoire à faire pâlir d’envie les plus romantiques! Bohémien professionnel, toujours avec son whisky et sa cigarette, Vinicius ne s’est marié que… neuf fois! Oui, mes amis, neuf femmes au long de sa vie carioca. Vinicius était un accro à la passion: il cherchait les sensations extrêmes, la joie d’avoir un vrai amour, l’intensité que seulement la flèche de Cupidon est capable de provoquer. Et comme, pour lui, cette passion ne durait que quelques années, il fallait finir l’union, changer de femme, et tomber amoureux encore une fois, et une autre, et une autre… Cette dépendance émotionnelle nous a donné les meilleurs poèmes et proses sur la folie d’aimer. Vinicius sera toujours le poète des amants, parce que lui  a su comment aimer toutes les femmes de as vie. Et c’est pour ça qu’il mérite une place dans ma séléction ❤

Diadorim(na) et Riobaldo (in: Grande Sertão: Veredas) – de Guimarães Rosa

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Riobaldo et Diadorim, film de Renato et Geraldo Santos Pereira (1965)

Peut-être le roman le plus complexe de notre pays, cette histoire est trop difficile à résumer en quelques lignes: elle concentre les questions les plus profondes de tous les êtres humains et ainsi se fait universelle et complète. Guimarães Rosa, l’écrivain, est le grand alchimiste de notre langue. Le portugais, tel qu’il est, n’était jamais suffisant pour lui et il fallait donc inventer des mots, des expressions… Guimarães a parcouru le sertão de Minas Gerais à la recherche d’histoires, de héros, de types humains et de modes de vie. Et pour raconter l’histoire d’un jagunço du sertão mineiro, il le transforme en narrateur.

Riobaldo conduit le récit avec toute as simplicité et  sa rigueur d’homme qui tue, qui frappe, qui est toujours armé de fusils et de couteaux. Mais… Son histoire est triste, délicate, belle comme notre culture mineira. Riobaldo tombe amoureux de l’un des camarades qui faisait parti de sa bande de jagunços. Rien de plus compliqué qu’un homme, tout certain de sa virilité, attiré par un autre homme! Mais qu’est-ce qu’il avait des beaux yeux verts, Diadorim! Sa peau, si belle, son nez, si délicat… Riobaldo ne savait plus quoi dire, quoi penser… Fin tragique (spoiler alert!): Diadorim meurt pendant le combat décisif du livre – et quand on soulève son corps, Diadorim em fait c’était Diadorina: une femme. Même em 1956, Guimarães Rosa problématise déjà la question du genre. Et quelle belle oeuvre!

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Voici mes amoureux préférés de la littérature brésilienne.

Et “Feliz dia dos Namorados”!

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3 genres musicaux brésiliens méconnus: parce qu’il n’y a pas que la samba dans la vie

Bien bien. L’actualité brésilienne étant plus déprimante qu’un reportage sur Monsanto, j’ai décidé de nous changer un peu les idées avec de la musique. Car le SAVIEZ-TU, au Brésil il n’y a pas que la samba, la bossa nova et Michel Telo.

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Il y a aussi la Lambada, oui, merci, c’est important de la rappeler.

Zoom sur 3 styles musicaux méconnus pour mettre un peu de Brésil et chaleur dans ta playlist estivale et dans ton coeur.

 

  • Le forro

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Quand j’étudiais à Lyon, j’allais avec mes amis brésiliens dans un minuscule bar latino de la Croix Rousse qui faisait une soirée brésilienne une fois par mois. C’est là que j’ai découvert l’espiègle et chatoyant forro nordestin. Ce style musical est un monument de la culture du Nord-Est du Brésil, plus populaire là-bas que la samba. Impossible d’y échapper en cette période des fêtes Junines, exaltations de la culture traditionnelle, campagnarde et très souvent nordestine.

J’adore le forro justement pour son côté « caipira » (campagnard). Moi qui ai grandi dans un petit village du fond du sud-ouest, il me rappelle les bal-musette encore assez populaires quand j’étais enfant. Popularisé dans les années 1950 le forro serait bien plus ancien, et aurait émergé déjà à la fin du 19ème siècle comme une fusion de divers styles traditionnels (dont notre quadrille européen, résultat de l’émigration hollandaise assez intense au cours du 18ème siècle dans le Nordeste). J’ai même lu que certains pas de cette danse traditionnelle trouveraient leur origine dans des traditions indigènes…

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Véritable danse de bal populaire, le forro se danse en couple, avec un pas de base assez simple qui le rend accessible même aux moins doués de leur pieds (comme moi par exemple). Après, c’est comme le tango : on peut soit danser en dilettante entre un jus de canne à sucre et un pavé de pamonha à la fête de l’église comme moi ou mamie Carmen, ou bien faire… ça.

Pour faire du forro d’ailleurs, il suffit à la base de trois musiciens : un accordéon, un tambour zambua et un triangle. Les mélodies sont généralement enlevées et légères, avec des textes la plupart du temps drôles ou romantiques.

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Un artiste ? Luiz Gonzaga, incontestablement le roi du forro. Monstre sacré du Nordeste, c’est lui qui a popularisé le forro Nordeste dans les années 50 alors qu’il tentait de survivre à Rio avec son petit accordéon. Il a fait de sa culture d’origine sa marque de fabrique, et a intensément contribué à la reconnaissance de la culture du Nordeste dans tout le pays.

Une chanson ? O xote das MeninasO xote das Meninas

D’autres groupes : Os 3 do Nordeste ou Trio Nordestino ont popularisé un forro un peu plus moderne. Le groupe Raimundos a lui lancé dans les années 90 le forrocore, fusion entre forro et hard rock.

 

  • Le frevo

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On va rester dans le nordeste et troquer les bals populaires pour les fanfares avec… le frevo. Ce style typiquement pernambucano a surgit à la fin du XIXe pendant le carnaval de la région. Il s’inspire du maxixe (dites « machichi ») le tango brésilien, ainsi que bien entendu des marches d’orchestres typiques du carnaval. Ce qui fait la véritable différence du frévo, c’est sa danse extrêmement caractéristique et classée au patrimoine mondiale de l’UNESCO. Très energique, elle inclut des mouvements de capoera, s’effectue toujours avec de petits ombrelles colorés et des costumes chatoyants, comme vous pouvez le voir ici.

Le frévo est toujours très populaire pendant le carnaval, avec des marches connues et reconnues de tous.

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Une chanson : Mulata – Irmãos Valença, reprise en 1932 par Lamartine Babo (Teu Cabelo não nega mulata) qui l’a popularisée au carnaval de Rio.

Perso j’adore les marches de carnaval, surtout dans leurs vieilles versions aux orchestres grésillant qui me donnent un petit frisson nostalgique.

Oui Nostalgique des années 30 oui.

 

  • l’axé

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On descend un petit peu, à Bahia cette fois, pour s’intéresser à l’axé, un genre musical qui est apparu en même temps que le disco mais qui n’a rien à voir. Celui-ci s’inspire de divers genre afro-américains : le meringue et le reggae pour la racine latino-caribéenne, et le maracatu et le forro comme souche afro-brésilienne.

Axé est un mot qui appartient au rituel de candomblé et d’umbanda. Il signifie « énergie », ou plus précisément une sorte « d’énergie positive ». On voit donc très bien la volonté des artistes de forger un style moderne mais résolument ancré dans la tradition et culture afro très présente à Bahia.

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Ce serait l’album de Daniela Mercury qui aurait fait découvrir l’axé au grand public avec le titre « O canto dessa cidade » ou l’on perçoit très bien la fusion entre pop des années 80 et rythmes traditionnels. L’axé est aujourd’hui un genre extrêmement populaire au Brésil tout comme le pagode ou le sertanejo. Il représente une large variété d’artistes qui le mélangent aussi bien avec la pop (Claudia Leitte, Ivete Sangalo) qu’avec le maractu (Olodum)… C’est plus ou moins ce que vous entendrez à toutes les fêtes et les mariages brésiliens !

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Un groupe ? OLODUM, qui a accompagné Michael Jackson sur« They don’t care about us »

Une chanson? Rosa – Olodum

 

 

 

 

 

 

Cité pas si merveilleuse

Depuis que j’ai rencontré le Brésil, je m’élève assez régulièrement contre tous les mauvais clichés et les raccourcis souvent pris sur ce pays et cette société complexe et fascinante. Il y a beaucoup de beau au Brésil, beaucoup de bon, beaucoup de choses qui parlent directement à mon Humanité. Mais il serait malhonnête de ne pas avouer qu’il y ici énormément de choses révoltantes, d’inégalités, d’injustices.

C’est intéressant de constater déjà à quel point on est loin de la réalité sociale d’un pays lorsqu’on est un étudiant en échange. Bien sûr, vivre un an à un endroit nous donne une place de choix pour  observer et apprendre, mais il y a des choses ici que je n’ai vraiment comprises et entendues que lorsque j’y ai été confrontée moi-même en tant qu’immigrée, travailleuse, personne lambda ayant une vie lambda.

Scène de tous les jours à Rio.

Je ne suis pas quelqu’un qui vit bien avec l’injustice en général, et je m’excuse (ou pas) auprès de mes contacts facebook qui doivent supporter mon flood permanent de liens qui m’ont révoltés. Je n’y peux rien, je m’importe. A tord ou à raison, cela est un autre débat, mais la souffrance et la misère humaine me touchent, quelles que soient leurs formes.

Le Brésil est dur pour moi à ce niveau. Je vis dans la zone nord de Rio, et pour rentrer chez moi je passe tous les jours devant les restes éventrés d’une favela démolie sur le bord de la route, après le campus de l’UERJ. « Somos seres humanos » (nous sommes des êtres humains)  est peint en rouge sur l’un des murs, « onde vamos morar ? » (où allons-nous vivre ?). Quand j’arrive chez moi, après quelques kilomètres le long de la SuperVia, la ligne de train de banlieue aux gares lugubres et fantomatiques encerclés de collines où s’entassent les maisons de parpaing, c’est seulement pour trouver quelques dizaines de sans-abris hantant les rues désertées. (Ca fait peur comme ça, mais Méier est un quartier très vivant le jour, très accueillant, je vous jure.) Ici, les pauvres, on en parle beaucoup à la télé, on les glamourise dans les films, mais dans la vie c’est comme partout, ils sont ignorés par le gouvernement et par le reste de la population.

D’ailleurs qui sont-ils vraiment, ces pauvres ? Est-ce qu’ils vivent comme vous êtes en train de vous l’imaginer, dans une petite maison de briques, avec une vieille télé grésillante, sept gamins entassés dans vingt mètres carrés et un bol de riz blanc à se partager pour le dîner ? Pas si sûr. Les « pauvres », ce sont tous ces travailleurs qui prennent tous les jours le train gavé de la SuperVia à 5h du matin pour aller travailler comme porteiros ou segurança dans les condominios de la zona sul. C’est les quatre ouvriers « tercerizados » qui sont venus dans mon nouvel appartement cette semaine, chacun pour effectuer une seule manipulation. Mais plutôt que de donner de vrais salaires décents et qualifications on préfère ici fractionner, et payer quatre personnes trois fois rien. « Au moins ils ne sont pas au chômage » vous me direz. Ah oui, mais ils n’ont pas de statut, pas de sécurité d’emploi, pas de reconnaissance non plus.

En plus le chômage ici, ça n’existe pas. Comme la sécurité sociale, pour la plupart des gens. Les allocations, ça n’existe pas non plus, à part la « bolsa familia » que la droite brésilienne essaie de faire passer pour la source tous les problèmes du pays. Quelle horreur, offrir une aide aux familles dans le besoin! Ils avaient qu’à travailler, ces feignasses. Ils avaient qu’à aller à l’école au lieu de dealer du crack et finir en prison, ils l’ont bien cherché.

Au Brésil, les universités fédérales publiques représentent l’élite académique. Il faut passer un concours très difficile pour y entrer, mais pour les lauréats, les études seront intégralement gratuites. Quand je suis arrivée ici, j’ai trouvé fantastique le fait que le public, gratuit (à 100%), propose la meilleure éducation du pays. C’est ça, une vraie démocratie du savoir ! Pas comme aux USA ou en France où les grandes écoles ne sont accessible qu’à une population aisée. Sauf que voilà : le reste du système éducatif public ici est à pleurer. Je connais un prof d’histoire en collège public de la périphérie de Rio, et je vous assure que j’ai réellement eu envie de pleurer lorsque je l’ai entendu raconter son quotidien. Elèves désintéressés, aucun moyen d’encadrement, situations familiales compliquées, 80% des classes en échec total. Les familles se saignent donc pour faire rentrer leurs enfants dans des collèges et lycées privés, afin qu’ils aient le niveau de rentrer à l’université publique. Quelles sont les chances d’un enfant des classes les plus basses d’accéder à l’enseignement supérieur ? Pratiquement aucunes. Certain vont bénéficier de la discrimination positive envers les populations afro-brésilienne et indigène (il y a des quotas d’inscrits), très très peu tireront leur épingle du jeu malgré l’adversité. L’écrasante majorité sera condamnée à survivre de petits boulots.

Il y a eu ici un débat sidérant sur l’abaissement de la majorité pénale à 16 ans, afin de pouvoir mettre en prison tous ces adolescents qui agressent, volent ou dealent. Dans un pays qui en plus ne peut déjà pas gérer son astronomique population carcérale, c’était ubuesque. Personne (autre que les « communistes de gauche homosexuels et satanistes ») ne s’est dit que si ces gamins sont là le soir à voler des petits vieux dans la zona sul et commettre des meurtres malheureux, c’était peut-être parce que la société leur avait rien offert de mieux ? Que depuis qu’ils sont petits, tout ce qu’on leur a dit c’est qu’ils finiraient « vagabundo », « malandro », « bandido ». Et puis, ces « bandidos », ils ont pas l’air de s’en sortir trop mal dans la vie, au fond. Ils ont de l’argent, des iphones, et ils plaisent aux filles. Et qu’est-ce que notre société de consommation valorise ? Sûrement pas le savoir et l’éducation.

Mais cela, une majorité de brésiliens ne veut pas l’entendre. Comment les blâmer lorsqu’ils sont gavés de news sur la violence environnante comme des canards à foie gras sont gavés de bouillie de maïs. Du matin au soir, les émissions se succèdent sur tel policier assassiné par les « bandidos » de la favela, tel papi qui faisait du vélo et qui a été poignardé sans raison. C’est comme cela qu’ici on peut se réveiller avec une une de journal montrant un homme (noir) attaché à un poteau de téléphone, déshabillé, roué de coup et tué parce qu’il était « suspecté » d’avoir volé quelqu’un. Et la plupart des gens vont applaudir des deux mains, en clamant qu’un « bon bandit est un bandit mort ». Que même si on n’était pas sûr, au moins ça en fait un de moins. Mieux vaut prévenir qu’avoir un innocent (blanc) tué à la fin.

La glorification de la police et de la violence au Brésil, on en parle?

C’est par manque d’éducation et par manipulation médiatique que l’on se retrouve avec des mouvements important demandant quelque chose d’aussi absurde que le retour de la dictature. Vous avez déjà vu des gens DEMANDER un régime par définition totalitaire, oppressif, violent et tyrannique ? Moi oui, et ils avaient même pas honte.

Je vais même pas rentrer sur le terrain de l’indigénité sinon on en a pour des jours. De toute façon c’est très simple, les indiens ici sont encore plus ignorés que les pauvres. Ce sont toutes ces choses qui, dernièrement, m’ont fait poser un autre regard, un peu plus objectif peut-être, sûrement plus amer, sur mon pays d’adoption.

Survivre à sa première semaine au Brésil

Vingt jours après mon arrivée, j’ai décidé de lancer une petite série jusqu’au Carnaval sur le chaos initial de tout voyage… parce que le Brésil c’est beaucoup d’amour, mais beaucoup d’angoisse aussi. 

La première fois que je suis partie au Brésil n’était pas exactement mon premier déménagement à l’étranger. Avant cela, j’étais partie à l’aventure en terre britannique pendant pratiquement deux ans puis je m’étais installée à Lyon pour mes études, loin, très loin de mon nid douillet  païs occitan natal… j’avais donc déjà une certaine habitude d’être loin de ma famille d’avoir à m’adapter, à chercher, à galérer dans une ville à apprivoiser…

Et pourtant, mes premiers jours à Rio ont été réellement difficiles. Et je n’étais pas la seule. La plupart des étudiants français que j’ai rencontré m’ont raconté avoir vécu les mêmes angoisses et doutes, au point parfois de considérer un retour anticipé. Entre le décalage horaire, le choc culturel, la barrière de la langue et la solitude, il peut être facile de baisser les bras et passer à côté de l’expérience fantastique qu’est un voyage (au Brésil ou pas). Voici donc quelques conseils pour partir du bon pied.

#1: Apprendre à gérer le décalage horaire

Nous ne sommes pas tous égaux face au jetlag. Certains l’absorbent très vite et très bien, d’autres vont mettre plus de temps avant que leur horloge biologique se remette à tourner rond. Au passage, sommeil perturbé et troubles de l’humeur peuvent rendre le début du séjour un peu chaotique. Pour vous assurer une récupération rapide, faites en sorte, déjà, de passer un vol le plus tranquille possible. Reposez-vous bien avant et essayez de ne pas abuser d’alcool ou de tabac la veille du grand départ. Une fois sur place, suivez le soleil. Votre corps calque son cycle circadien sur les signaux de jour et de nuit qu’il reçoit de l’environnement. Si vous êtes fatigués très tôt en journée, essayez de tenir jusqu’à la nuit et de manger à heures fixes les premiers jours, cela vous aidera à vous remettre dans le rythme. En général il faut 3 jours à Rio pour être totalement acclimaté.

#2 Ne pas prendre les « Conseils aux voyageurs » du ministère des affaires étrangères au pied de la lettre

Ah, diplomatie.gouv.fr. Quel étudiant ou expat n’y est pas passé et n’a pas refermé la page avec une sueur froide en se demandant s’il ne ferait pas mieux d’annuler son billet? Ce site, bien qu’utile au fond, est le pire générateur d’angoisse des français qui s’installent au Brésil. J’ai eu la chance de rencontrer des brésiliens avant de m’installer à Rio et cela m’a permis de mettre à distance les mise-en-garde du site, mais je comprends que des étudiants arrivent terrorisés à Rio après l’avoir consulté…

Remettons les choses dans leur contexte. Ce site est l’interface gouvernementale du ministère des affaires étrangères, qui a pour mission d’informer les voyageurs sur la situation géo/socio/politique des pays qu’ils s’apprêtent à visiter. Il informe par exemple si un conflit est en cours et qu’un voyage dans le pays pourrait s’avérer dangereux… Au demeurant, c’est une bonne chose et j’encourage quand-même les futurs migrants au Brésil à y faire un tour. En revanche, il faut prendre les informations sur cette page comme une mise en garde générale du pire qui pourrait vous arriver. Cela ne veut pas dire que cela va nécessairement vous arriver. Ce genre de site a, à mon sens, l’obligation d’informer les gens sur tout, ne serait-ce que par mesure d’auto-protection, pour que les voyageurs ne puissent pas se retourner contre le ministère en cas de pépin. C’est leur page « on vous avait prévenu ».

Mon conseil c’est de lire ces infos et de les garder dans un coin de l’esprit sans en faire une hantise. Oui, il y a des problèmes d’insécurité à Rio. Non, cela ne vous empêchera pas de vivre tout à fait normalement.

#3 Apprenez le portugais

Vous vous dites que cela coule de source. Hé bien non. Puisque le portugais « c’est un peu comme l’espagnol » et que la plupart des université brésilienne (aux dernières nouvelles) n’exigent pas que les étudiants parlent portugais pour s’inscrire, beaucoup arrivent au Brésil sans la moindre notion de la langue de Camoes. Alors oui, le portugais s’apprend relativement facilement. En quelques mois, si vous vous y mettez sérieusement, vous pouvez prendre la langue en main. Cependant, ce à quoi on ne pense pas vraiment quand on est toujours à la maison, c’est à quoi vont ressembler les quelques mois pendant lesquels le portugais.. vous n’y comprendrez rien.

J’avais pris des cours quelques mois avant mon départ, rien de miraculeux mais au moins de quoi capter le fonctionnement de la langue et avoir une connaissance basique des choses. Je pensais bien m’en sortir: j’avais tord. Le vertige procuré par le fait d’évoluer dans un environnement où je ne comprenais pas vraiment ni les gens, ni les panneaux, ni les papiers, ni l’étiquette sur une boite de conserve a véritablement été l’une des pires expériences de ma vie. Bien sûr, cela se résorbe vite en s’habituant à son nouvel environnement… Mais s’assurer de parler la langue correctement peut vous épargner un très grand stress. Pour ça, avant le départ, renseignez vous auprès du département de langue de votre université. Nombre d’établissement mettent en place des systèmes de conversations ou de parrainage pour apprendre la langue avec des étudiants étrangers. Si vous n’êtes plus à la fac, ou si vous êtes plus à l’aise sur votre ordinateur, le forum expat-blog peut vous permettre d’entrer en relation avec des brésiliens qui seraient prompt à vous apprendre leur jolie langue et vous donner des informations pratiques sur le pays (et qui sait, peut-être boire un verre une fois sur place!).

Vous avez sinon les méthodes de langue:

– en livre: j’ai personnellement utilisé celle de Harap’s (portugais du Portugal), revue et corrigée par mes prof de littérature brésilienne préférées. Lonely Planet propose également un guide basique de conversation en portugais brésilien vachement bien foutu.

(note: ne cédez pas aux titres des livres et à la mode actuelle. Je ne saurais le dire assez fort: Le « brésilien » n’est pas une langue. Les brésiliens parlent portugais. N’allez pas leur dire que vous parlez « brasileiro », ils se moqueront!) 

– en ligne: là, il y en a pour tous les goûts! Les cours de base de BBC sont toujours bien ficelés et forment une bonne base. Vous avez aussi EasyPortuguese, ou bien les plateformes linguistiques gratuites comme DuoLingo, Memrise ou Uz-Translation (ce dernier site regroupe des archives de tout types afin d’aider à l’apprentissage de la langue)…

#4 Essayez de rencontrer des expats

C’est probablement la seule fois que vous me lirez donner ce conseil, et pourtant! A l’arrivée c’est rassurant et encourageant de pouvoir partager ses angoisses et ses difficultés avec des gens qui vivent (ou ont vécu) la même chose. Si vous êtes étudiant, le service des relations internationales de votre fac vous a peut-être fourni un annuaire des étudiants partant et partis. Servez-vous en! N’hésitez pas à contacter les étudiants qui partent avec vous, à former des groupes d’échange sur facebook, whatsapp ou autres interfaces. Si vous êtes expat, il existe de nombreux groupes sur facebook ou de plateformes comme expatblog qui peuvent vous permettre de nouer des contacts. L’union fait la force!

#5 Armez-vous de patience

La réception à l’université risque d’être décevante et compliquée. Il n’y aura pas d’aide pour trouver d’appartement. Vous devrez très certainement changer les cours que vous aviez choisi. L’enregistrement à la police fédérale sera une épopée.Le bus n’a pas d’horaires. Les gens non plus. Rien ne se passe parfaitement, il y a toujours des couacs. Apprenez à vous laissez porter, et à ne pas perdre patience.

#6 Sortez, même si vous devez vous forcer

Au début, si l’on est seul, on peut avoir juste envie de courir s’enfermer dans sa chambre en sortant du boulot/de la fac, et traîner sur facebook pour se rassurer. C’est une attitude d’auto-défense compréhensible, mais il faut veiller à ne pas rentrer dans un cercle vicieux. Voilà pourquoi rencontrer d’autres français peut permettre aux plus craintifs d’appréhender le Brésil avec un peu plus de sérénité. Si vous avez peur, forcez vous. Prenez le bus. Vous vous tromperez sans doute d’arrêt, tant pis, demandez votre chemin, recommencez. Allez le soir aux rodas, aux concerts, aux churrascos… C’est là que vous découvrirez la beauté extraordinaire de Rio, la chaleur des brésiliens, et c’est cela qui vous donnera envie d’explorer, après les longues journées à se débattre avec le portugais ou l’administration.

Ouvrez les bras et jetez-vous dans l’inconnu. C’est pour ça que vous êtes parti. 

Vem pra rua, Vem!

Les posts se sont fait rares ces derniers temps malgré l’actualité chargée au Brésil, mais j’ai choisi ne pas commenter cette vague de manifestations parce que je m’y suis sentie très extérieure et je ne voyais pas l’intérêt d’y aller de mon petit article. Beaucoup de choses ont été dites un peu partout par des gens qui en savent beaucoup plus que moi… Quoi qu’il en soit, je tenais juste à dire que NON ce n’est pas la guerre civile et que les manifestations, émeutes et échauffourés sont de plus en plus ponctuels.

Mais comme une image vaut plus que de longs discours, je me permets de reposter ici les superbes photos de reporters qui retracent ces quelques semaines uniques pour les Brésiliens, et l’ampleur de ce mouvement.

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Rio, le 17 juin, jour où le mouvement a vraiment pris de l’empleur. Je suis quelque part dans la foule! hehe
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Sao Paulo, manifestants essayant de forcer l’hotel de ville
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Rio, proche du stade Maracanã (en arrière plan)

ImageImageImageImageImageImageImageImageSinon puisqu’on est sur mon blog j’ai le droit de faire de l’auto-promotion. J’ai témoigné pour le Monde à la suite de la manif du 17/06, dans cet article!

« Tanguizinho »

Pendant que je compile les procédures administratives pour un prochain article, voici un sujet fort intéressant, et fort étrange pour les français qui cotoient les brésiliens. Imaginez-vous à la terrasse d’un bar, la capirinha à la main. Il est tard et vous avez flirté avec une délicieuse créature toute la soirée. Au bout d’un moment vous vous décidez à tenter une approche:

– Bla bla bla […] On va chez toi ou chez moi?

La belle plante brésilienne que vous tentez d’éffeuiller (ça marche aussi au masculin), si elle a plus ou moins 30 ans, vous répondra alors très certainement:

– Chez toi parce que chez moi c’est compliqué… j’habite chez mes parents.

Car oui, une très, très large majorité des jeunes brésiliens vivent chez leur parent jusqu’à 30 ans passés. En général, jusqu’à leur mariage. Ca vous choque, je sais, mais ici c’est quelque chose de tout à fait normal. A vingt-cinq ans, ça fait déjà plus ou moins cinq ans que j’ai quitté le nid douillet de ma maman, et même si je l’adore, je m’imaginerais mal retourner vivre à plein temps sous son aile. Et je sais qu’elle n’aimerait pas ça non plus. Selon elle, les enfants doivent s’envoler à un moment ou à un autre, quitte les pousser du nid s’ils sont trop lents à décoller.

Au Brésil, comme en Italie ou de nombreuses cultures méditérranéenes, la philosophie familiale est parfaitement opposée. Si certains brésiliens (probablement largement influencés par les cultures occidentales – ceux que je connais qui souffrent le plus de vivre encore chez leurs parents sont en majorité ceux qui ont vécu quelques temps à l’étranger) auraient bien envie de couper le cordon le plus tôt possible, ils ne sont pas majoritaires. Et leurs parents ne vont surement pas les pousser à faire leurs valises. Il a été assez amusant pour moi de constater que de nombreux parents brésiliens prennent comme une blessure le fait que leurs enfants aient envie de quitter leur toit. Pour eux, cela leur donne le sentiment d’avoir été de mauvais parents, ou de ne pas savoir apporter assez à leurs enfants.

Cependant, nombre d’entre eux sont parfaitement à l’aise avec la situation. A la différence des jeunes français, beaucoup de brésiliens des classes moyennes ne voient pas l’intérêt de quitter leurs parents et dépenser des fortunes en loyer (mais aussi devoir avoir un travail à côté de leurs études qui leur demandera beaucoup de temps pour très peu de revenus) et devoir renoncer à leur niveau de vie pour une liberté et une indépendance vraiment relative. Ils préfèrent assez largement attendre d’avoir un travail fixe et un revenu stable pour s’installer seuls, afin de ne pas passer par la case 15m²/pâtes-à-tous-les-repas bien connue de ma classe d’âge.

Quitter le foyer, pour les brésilien, possède encore sa notion traditionnelle: cela signifie que l’enfant est prêt à fonder son propre foyer. Ainsi, ce moment là ne survient véritablement qu’après le mariage. Et la majorité des couples, d’ailleurs, ne s’installent ensemble qu’après s’être mariés. Quitter la maison n’a pas cette notion de « rite de passage » qui nous est propre, ce côté « je veux y arriver par moi-même ». En France, la société valorise ce passage par la précarité, le fait de devoir travailler à côté de tes études, de te construire par toi-même. Tout seul, « comme un grand ». La plupart des parents brésiliens trouveraient cela, je pense, tout à fait injustifié.

En France, le jeune adulte entre 25 et 30 ans qui vit encore chez ses parents, sans avoir une bonne raison (vraiment peu de moyen, charge de travail à l’université rendant impossible un petit boulot à côté…) est un peu considéré comme un alien, ou surtout un paresseux. Je trouve intéressant ce côté là de l’individualisme de notre société: le fait de devoir partir tôt, de devoir vivre seul dès que tu peux. Cela crée aussi des dynamiques familiales différentes. Au Brésil, les familles restent souvent très proches: on vit dans la même ville, voire le même quartier si possible. Ce sont de vrais clans. L’idée de s’éloigner est un concept assez vide de sens pour de nombreux jeunes brésiliens d’ailleurs, à part dans le but d’aller chercher du travail (il y a eu une très grande migration du Nordeste vers les mégalopole du Sud Est dont sont issus de nombreux jeunes cariocas). Il semble d’ailleurs que, sans raison MAJEURE qui les forceraient absolument à partir, les brésiliens seraient parfaitement heureux de vivre avec leur parents pour toujours. Une idée pour laquelle j’ai une certaine tendresse.

Personnellement, j’ai tendance à trouver la cohabitation un peu gênante, compte tenu de mon éducation et de mon histoire personnelle, mais je comprends plutôt bien ce choix de vie. Ils n’ont pas non plus toujours le choix: A Rio l’immobilier est ridiculement cher et les « petits boulots » ne couvriraient même pas le loyer d’une chambre dans la zone sud (Mc Donalds par exemple paye 700 rs par mois, soit 265€. )

Eu,Indio : du Bresil et de l’Indigène

C’est un sujet sur lequel j’ai envie d’écrire depuis longtemps, mais j’ai voulu attendre d’avoir un point de vue plus profond sur la culture brésilienne, et d’avoir passe plus de temps a Rio pour pouvoir saisir de manière plus large la façon dont les brésiliens conçoivent et traitent la question de l’indigènite sur leur territoire.

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Petit point vocabulaire avant de commencer, j’ai utilisé le mot « natif » dans l’article bien que les brésiliens n’utilisent pas cette conception (américaine) des indigènes. Ils les qualifient de « indios », les « indiens », mais j’ai voulu varier un peu mon vocabulaire (deja que je me repete assez souvent!).

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J’ai commencé a m’intéresser a la question indigène avant de venir au Brésil, et plutôt du côté des populations tribales d’Inde… En faisant de l’anthropologie, on passe obligatoirement par ce sujet, et par ce questionnement qui semble être si problématique pour les pays encore concernés par l’indigénité: comment traiter avec les populations tribales? Faut-il les inclure dans la modernité, faut-il leur aménager une modernité (sous formes de réserves en relation avec la ville) ou doit-on leur octroyer un territoire particulier, indépendant et inviolable, a l’écart du mode de vie du reste du pays?

Le Brésil, comme l’Inde, les USA, le Pérou, le Kenya et tout autre pays qui abrite les quelques centaines de milliers d' »indigènes » qui restent au monde, a du mal a se faire un avis sur la question. Politiquement, le blocage est compréhensible: le peu d’éthique que pourrait avoir le gouvernement est fort souvent écrasé par les intérêts financiers qui vont de paire avec l’industrialisation. C’est ainsi que le Brésil et le Pérou ont autorisé la construction de routes au beau milieu de la réserve des Awa, l’une des derniers populations encore non-contactée, malgré le combat de nombreuses ONG. Ces routes permettront d’exploiter des territoires riches en ressources naturelles, jusque la protégés.

expulsion et arrestation des indigenes de l’Aldeia Maracana il y a quelques semaines a Rio

Le gouvernement brésilien se débattant en plus dans les méandres de la corruption, difficile d’obtenir une position claire sur la question des « natifs »: d’un côté, il crée de nombreuses associations a vocations de préservation telles que la FUNAI, censée protéger les droits indigènes, et glorifie un certain héritage tribal (on trouve de nombreuses statues en honneur de héros indigènes) et de l’autre, vandalise tranquillement les territoires indiens et décime les populations. A Rio, depuis le mois de décembre, une communauté indienne ( a majorité Xingu), s’est battue pour ne pas être expulsée d’un aldeia (une sorte de mini réserve dans la ville) qu’ils occupaient depuis plusieurs dizaines d’années. Apres leur avoir accordé le droit de rester, le gouverneur de l’état de Rio a soudainement changé d’avis et ordonné leur éviction, afin de rénover le bâtiment et d’y installer le musée du Comité Olympique, en vue des prochains jeux de Rio (il a aussi été question de transformer le terrain en parking, l’histoire est très confuse donc je ne sais pas très bien quel projet a finalement été retenu). Apres une bataille juridique qui n’a suscité aucun intérêt de la part des médias brésiliens, les indiens ont été expulses de leur terrain puis du musée de l’Indien (appartenant a la FUNAI) avant d’être déportés vers des abris temporaires, dans une débauche de violence. Ce n’est qu’aujourd’hui que la communauté politique réagis timidement, comme par exemple Marcelo Freixo qui s’indigne de la violence inutile déployée lors de l’expulsion et clame – un peu trop tard – que l’aldeia maracana n’aurait pas du être pris aux indigènes.

Cette histoire est, pour moi, un parfait exemple de l’ambivalence des brésiliens en ce qui concerne les indigènes. Interrogez n’importe qui, on vous r&pondra que le traitement du « premier peuple bresilien » au cours de l’histoire est révoltant. Tous les brésiliens s’indignent unanimement: asservir et décimer les indiens, c’était vraiment moche de la part des portugais. Et aujourd’hui encore, le gouvernement n’est vraiment pas juste avec eux… Mais ça s’arrête souvent là. Les médias de masse, souvent fort peu objectifs, s’intéressent très peu a la cause indigène et se gardent bien de relater les nombreux meurtres, expulsions territoriales et autres ignominies dont ils font toujours l’objet (dans certaines parties reculées du Brésil on leur refuse les soins médicaux, par exemple). Au lieu de cela, on préfère te montrer au palais de justice les photos de porte-paroles indigènes tout emplumés venus plaider leur cause, et te faire croire que le gouvernement brésilien, dans toute sa bonté et sa tolérance, a été fier de garantir leurs droits. On préfère construire d’immenses statues représentant les « bandeiros » portugais, ces héros de la nation, suivis par des indiens tirant leurs barques. Portugais et indigènes tous unis dans la construction de la grande nation brésilienne… En oubliant, bien sur, que les indiens étaient les esclaves des portugais.

 

Il y a quelques 810 000 indigènes au Brési (repartis en une quarantaine de groupes ethniques), et pas seulement en Amazonie, comme vous auriez pu le croire. Les populations natives occupaient pratiquement toute la côte brésilienne a l’arrivée des portugais, et quelques réserves demeurent près de leurs territoires d’origine, São Paulo et Rio de Janeiro y comprit. Ils parlent plusieurs dizaines de langues différentes, la plus influente étant celle des « tupi-guarani » (une appellation large pour un vaste ensemble de dialectes et de tribus). Tous les brésiliens la connaissent, la côtoient, tout simplement parce qu’elle s’est infiltrée dans une grande partie de leur vocabulaire: de nombreux noms de lieux sont hérites des indiens (Ipanema, Itaipava, Ipiranga…) ainsi que de nombreux noms d’aliments (et surtout de fruits): maracuja (fruits de la passion), aipim (manioc dans le nord), mandioca (manioc dans le sud) etc etc… Les brésiliens ont coutume de dire que tous les mots qui sont un peu bizarres sont hérites du tupi-guarani.  Ils sont fiers aussi d’un certain héritage culturel, le plus revendiqué étant celui de l’obsession de la douche et de l’hygiène.  Le bain est, dans la pensée commune brésilienne, une habitude des indigènes que les portugais auraient rapidement immité.

En dehors de cela, de cet héritage lointain et de plus en plus virtuel, les brésiliens vivent en totale déconnexion des populations indigènes. A ma grande surprise (et indignation), les écoles ne proposent pas l’apprentissage du tupi-guarani ou des autres dialectes – pourtant encore vivants . Ils ne connaissent que très vaguement les cultures, traditions, et mythologies des indigènes en dehors de la consommation de plantes hallucinogènes lors de rites particuliers. J’ai souvent l’impression que les populations natives sont considérées comme disparues par de nombreux brésiliens, comme des ancêtres aux traditions mystérieuses, et a la sagesse perdue. Peu d’entre eux se sentent vraiment en lien avec ces cultures que l’enseignement colonialiste portugais a fini par représenter, pour la postérité, comme ces « sauvages qui étaient la avant ». Les brésiliens connaissent par coeur l’histoire ancienne du Portugal, mais pas celle de leur propre terre. Même ceux qui comptent des indiens parmi leurs ancêtres. Je trouve cela fondamentalement erroné.

Pourtant, les populations indigènes au Brésil sont bien vivante, et contrairement a ce que nombre de brésiliens pensent, perpétuent un héritage, une histoire, une culture. Mon directeur d’étude a participé a un projet en Amazonie avec des tribus a qui on a demandé de mettre en scène leurs mythologies. Les anthropologues ont ainsi monté avec eux une serie de films pensés et conçus par les natifs, qui tentent d’exprimer leur perception du monde et de leur histoire. C’est un travail fascinant.  Aussi, a mon humble avis, il serait extrêmement important pour les brésiliens, puisqu’il met en lumière une souche de leur culture dont ils n’ont pratiquement pas conscience, et a laquelle ils n’ont pas accès. Il ne faudrait pas avoir a attendre qu’un indigène prenne le pouvoir, comme en Bolivie, pour que ces populations aient droit a plus de considération de la part des gouvernements d’Amérique latine. Il ne faudrait pas non plus que seuls les anthropologues soient au courant de la richesse de leur culture.

 

Brasil, eu te amo

En sept mois de vie au Brésil, j’ai pu discuter avec pas mal de français ou d’étrangers qui m’ont avoué avoir énormément de mal à s’adapter. Certes, le pays est beau, la nature, les animaux, la plage, tout ça, mais quelque chose les dérange parfois très profondément. Ce quelque chose, c’est les brésiliens. Contrairement à ce que clamait mon directeur d’études, pour la plupart de mes compatriotes ici, les français et les brésiliens ne seraient pas vraiment deux peuples complémentaires qui se « fascinent mutuellement », je cite. Cela m’a forcé à beaucoup réfléchir aux raisons pour lesquelles j’aime ce pays et pour lesquelles j’embrasse complétement le raisonnement de mon professeur et j’a voulu livrer ici une petite lettre d’amour à Rio, au Brésil, et aux brésiliens.

J’ai rencontré les brésiliens avant de rencontrer le Brésil, à Lyon, au milieu d’un groupe d’étudiants en échange. La manière dont ils vivaient tous ensemble, tous soudés, tous si attachés à leur culture que parfois je me demandais à quoi leur servait cette expérience à l’étranger, m’a beaucoup interpellée à l’époque. Je trouve que les brésiliens ont un sens de l’entraide et de l’hospitalité que nous n’avons pas. Mon carioca m’a rapporté qu’au Pérou, après avoir invité une connaissance de voyage à lui rendre visite s’il devait un jour passer à Rio, celui-ci lui a rétorqué « tu sais, si je répondais à chaque invitation lancée par un brésilien, je pourrais être hébergé gratuitement dans tout le Brésil pendant au moins 2 ans! » Je les trouve moins détachés, moins « c’est pas mon problème », que les français.

J’aime le Brésil parce que c’est un pays où le racisme n’existe virtuellement pas. C’est un pays qui s’est construit sur la mixité, et je trouve le résultat superbe. Bien sûr, il y a de la stigmatisation, il n’y a pas de société totalement tolérante, mais elle est plus orientée sur la situation économique que sur la couleur de peau. C’est pas mieux, vous me direz. Certes, mais ça fait du bien de vivre dans un pays ou les petits vieux ne hurlent pas sur les noirs parce qu’ils ont pris une place dans le bus. En France, le racisme est banal et insidieux, et je hais profondément cet aspect de notre société, qui ne tolère aucune différence.

Ca fait du bien de vivre dans un pays où l’on n’est ni scruté, ni jugé. Les seuls gens que j’ai entendu critiquer gratuitement d’autres dans la rue étaient des français. « Oh dis-donc t’as vue celle là?« , est une attitude typiquement française. On ne peut pas s’empêcher de détailler, dévisager, commenter. Les cariocas sont « négligés », ils ne s’intéressent pas à leurs fringues ou à leur look (enfin…). Ils ont chaud, ils vont à la plage, ils s’en fouttent. Les bars sont pourris, ils s’en fouttent aussi. L’important on dirait, c’est d’apprécier les bonnes choses. Vous allez trouver ça cul-cul, et tant pis, mais j’aime Rio parce qu’elle m’a fait prendre conscience de ce qu’il y a de superflu dans la vie. J’aime être cappable d’apprécier le simple fait d’aller à la plage, de boire une bière avec des gens que j’apprécie, d’être bien. Je trouve que cette ville produit du bonheur simple, les cariocas aussi produisent un bonheur simple. Ils ont cette image d’épicuriens, ils aiment la bouffe, la musique, la plage, les nanas… Que vous faut-il de plus, j’ai envie de vous dire?

Alors oui, ils sont lents. Oui, les super-marchés ici te donnent envie de te suicider avec ton paquet de riz. Moi aussi ça me tape sur le système, et je me heurte parfois à ma propre limite culturelle, mais la plupart du temps j’arrive à me dire « ok c’est lent, mais au final, qu’est-ce que ça change pour moi? » Rien. Je sais pas si j’ai un caractère maléable ou une bonne capacité d’aptation (pléonasme, un peu), mais j’ai réussi à me dire très vite en arrivant ici qu’il faudrait que je prenne mon mal en patience. Impatiente de nature, je trouve que c’est un bonne leçon pour moi. J’aime un brésilien, mais j’aime aussi les autres parce que ce sont des gens optimistes. J’aime ce pays parce que tout y a l’air possible. Le pire comme le meilleur. Avant-hier j’ai vu un mec sur une moto en train de conduire avec les pieds sur le guidon et je me suis dit, aussi dangereux que cela puisse être… Je suis bien contente d’être dans un endroit où ça ne dérange personne. La France m’ennuie avec toutes ses règles, ses normes, cette manière que l’on a d’étouffer petit à petit tout libre arbitre. Mange comme cela, ne fume pas, conduit comme cela, lave toi avec tels produits parce qu’ils sont meilleurs pour ta santé… Depuis que je suis ici j’ai un peu l’impression que la vie en France est totalement propre et balisée, je perçois notre pays comme un immense Disneyland. C’est faux, bien sûr, mais c’est la contre-impression que me donne le Brésil. Ici, tout est sale et en désordre. Tout est partout. Le Brésil est d’une beauté brute, violente, complexe. Il a plusieurs visages, plusieurs couleurs, mais un seul coeur, qui bat aussi fort que la samba. J’aime son ardeur, son insolence, sa volonté de ne jamais se conformer. Et j’espère vraiment que la coupe du monde et les jeux ne le dompteront pas.

Alors oui, on pourrait s’asseoir et discuter ensemble de tout ce qui ne va pas dans ce pays. La corruption rampante, la pauvreté, une société à deux vitesses, un désintérêt terrifiant pour l’environnement, et, quelque chose qui me tient particulièrement à coeur, un mépris total des populations indigènes. Ca m’empêchera pas de vous dire que je trouve le Brésil magnifique. Je trouve aussi la France magnifique, malgré tout le mal que j’ai pu en dire. Il y a effectivement, entre ces deux pays séparés par l’océan, un effet de complémentarité saisissant qui faisait dire à mon professeur que ‘les couples franco-brésiliens sont les plus solides, ils se complétent et se fascinent, et durent très longtemps. » En espérant qu’il ait raison,

eu queria te dizer, Brasil, que te amo.

I <3 ônibus partie II

Oulala, presque un mois sans donner des nouvelles sur le blog, il est temps de remettre un peu nos pendules à l’heure. Pour ma défense, j’avais du pain sur la planche, comme on dit, et notamment le débarquement de mon ptit morceau de réunionaise préferé, l’auto-nommée Miss Pasthéque. Donc pendant tout ce temps où vous vous geliez les rognons dans la bise française, qu’est-ce que j’ai fait? Je me suis (littéralement) rôtie sur la plage à Copacabana, j’ai découvert le monde merveilleux du pão de queijo et surtout, j’ai pris le bus.

Parce que voilà au Brésil c’est le summer break (je sais, de là où vous êtes c’est dur à envisager) du coup c’était le moment d’aller jeter un coup d’oeil autour de Rio. Avant d’arriver j’avais imaginé un tour du Brésil super grandiose, qui irait d’Iguaçu au sud-est à l’Amazonie au nord, en passant par la côte ouest: Salvador, Recife et puis Sao Luiz. Et puis quand on plannifie un voyage au Brésil – ou dans toute l’Amérique du Sud j’ai l’impression – vient vite s’inviter cette variable de TAIIILLE qu’en tant qu’européen qui a grandit dans un mouchoir de poche, tu as une facheuse tendance à oublier: celle des distances.

Au Brésil le réseau ferroviaire est totalement inexistant, du coup les options de transports se trouvent fort restreintes: ce sera soit la route, soit les airs. Mais à moins d’avoir un gros budget, de prévoir votre itinéraire à l’avance ou de tomber sur des promos de dernières minutes (ce qui n’était triplement pas notre cas), vous pourrez dire adieu à l’avion. Et dans ce cas, il vous faudra revoir à la baisse votre compteur de kilomètres. Pour aller de Rio à Sao Paulo par exemple, ce sont déjà 6h de route. Oui mais là, c’est sur une autoroute, et le réseau autoroutier est un peu comme le réseau ferrovière. Du coup, le reste du temps, les bus parcourent des routes plus ou moins praticables, et parfois franchement terrifiantes. Quand en plus on se dit qu’entre São Paulo et Foz d’Iguaçu il y a 1000 km, entre Rio et Recife, plus de 2000 km, et 5000 entre Recife et Manaus en Amazonie, ça donne vite le vertige.

(ps: pour la minute culture, le Brésil fait plus de 2 fois la taille de l’Europe, avec 8 514 877 km² contre 4 376 780 km², et plus de 13 fois la France!!- oui j’ai fait les calculs pour vous et tout.)

Donc on ne s’etonne qu’à peine lorsque son billet affiche un temps de trajet d’entre 12 et 30h.

En attendant, malgré sa lenteur, le bus offre des avantages que l’avion n’a pas: la plupart du temps c’est moitié moins cher, et c’est surtout hyper flexible. La plupart des compagnies permettent de faire changer un billet sans frais (sauf la différence si on choisit un billet plus cher, bien sûr) jusqu’à quelques heures avant le départ. Et j’ai personnellement beaucoup aimé sillonner le Brésil et pouvoir observer les différents paysages. Nous avons traversé 4 états: Rio de Janeiro, São Paulo, Paraná et Minas Gerais, et c’était pratiquement comme voir 4 pays différents! Mais j’y reviendrais en détails dans de futurs articles.

Avec ma chère accolyte, nous avons choisis d’absorber ces trajets interminables en les faisant de nuit et c’est vraiment quelque chose que je conseille à toute personne qui déciderait de voyager en bus au Brésil, puisque les engins sont globalement vachement confortables, et qu’on y dort bien. Par contre, le petit plus bonus qui fait la différence, le super secret qui te changera la vie c’est celui-là: même si quand tu vas monter dans le bus il fera 45º dehors, prends TOUJOURS une couverture. Pourquoi? Parce que les véhicules sont surclimatisés, et qu’il fait super froid. Notre technique aussi c’est d’éviter de choisir les places du milieu si possible, plus ou moins de 12-14 à 22-24 je crois… parce que le climatiseur est au milieu. On s’est fait avoir une fois avec un vieux bus qui avait un climatiseur à l’arrière, mais c’est à ce moment là que tu te bénis d’avoir amené une couverture. La plupart des brésiliens déplacent carrément la litterie, ils viennent avec les coussins et les couettes, mais bon c’est pas forcément la technique la plus pratique lors d’un voyage sac à dos!

Notre compteur heures de bus pour l’instant, en ces quelques 17 jours de voyage est de 52 heures, soit un peu plus de 2 jours passés dans le bus!

(Rio- São Paulo : 7h

+ transferts à Jundiaí: 2h

São Paulo – Foz de Iguaçu: 15h

Iguaçu- São Paulo: 15h

+ transfert à Jundiaí à nouveau : 2h

Sao Paulo- Ouro Preto: 11h)

Maintenant, il ne nous reste plus que le retour à Rio, de *seulement*7h.

La morale de cette histoire étant, comme pour le lièvre et la tortue, que l’hélicoptère est la solution ultime à tous les problèmes de voyages.

***

Liens utiles pour celui qui entreprendrait un voyage au Brésil:

buscaonibus.com.br: le meilleur comparateur de voyages en bus.

decolar.com: un comparateur de vols low costs, probablement le plus populaire au Brésil, et qui propose d’intéressantes promotions, pour celui qui aura la patience de guêter.

!!!! Attention, pour acheter en ligne il faut posséder un numéro de CPF (ou utiliser celui d’un brésilien)!!!!!

Açaï au sertanejo: Minas Gerais, baby.

Après deux mois bien au chaud à Rio, j’ai enfin eu le courage de quitter ma chèèère cité Merveilleuse pour une petite escapade de 4 jours dans le Minas Gerais.

Situé au nord de l’état de Rio, l’immense Minas Gerais est surtout réputé pour sa gastronomie, du pão de queijo (petits pains au fromage) au doce de leite, pâtes de fruit, cachaça et fromages particulièrement étranges, les brésiliens peuvent passer 1h à faire la liste de toutes les spécialités mineiras en salivant. Destination Itajuba donc, une petite ville du sud de l’état, à 6h de bus de Rio.

Vous devez savoir d’abord que j’ai failli ne jamais partir, puisque (comme d’habitude) je me suis trompée de gare et me suis rendue compte de mon erreur 15 mins avant le départ du bus, comme ça:

– On se retrouve au premier étage de la gare, c’est plus simple!

– …. Mais… c’est à dire qu’ici y’a pas d’étage en fait….Y’a un escalier mais il va nulle part…

– Quoi?

– …Attends… Mais y’a plusieurs Rodoviaras?

Ouais. Y’a « Central do Brasil », où arrivent les trains de banlieue, et puis y’a « Novo Rio », la vraie gare routière, qui heureusement se trouve pas très loin de l’autre gare. Me voilà qui saute dans le premier bus à portée avec mon sac à dos. J’ai fait une arrivée épique à la Rodoviara, hurlé en portugais sur la nana qui faisait les billets « TENHO 5 MINUTES PARA O ONIBUS!! » (+ Bouge tes fesses, grognasse!) et débarqué en courant sous le regard incrédule de ma pote. Transpirant et haletant, c’était, comme toujours, la grande classe.

Au Brésil, il n’y a pour ainsi dire pas de réseau ferroviaire, donc toutes les liaisons se font en bus souvent ultra-sophistiqués et vraiment confortables, hormis la clim glaciale. Découvrir l' »intérieur » du pays et les incroyables paysages brésilien était vraiment impressionnant. Entre Rio et Itajuba, il n’y a que de la montagne, des collines recouvertes d’herbe rase qui s’éventrent parfois pour cracher une terre sèche et rouge. D’après mon géologue préféré, cette terre brésilienne est orangée car très riche en fer. A la sortie de Rio, je me suis étonnée de voir ces flans de collines couverts d’énormes termitières. Il y a aussi, dans les vallées, des fleuves larges et quasiment immobiles qui forment des sortes de bras marécageux, où l’eau est recouverte de végétation.

Itajuba se trouve à 1000 m d’altitude et la chaleur sèche y est assez pénible. C’est une ville universitaire tranquille, où notre principale activité (à part faire la fête) a été de savourer les incroyables açaï mineiros. Si vous avez bien suivi, vous vous souvenez que l’açaï est un sorbet de baies violettes. A Rio il est principalement consommé nature, mais dans le Minas Gerais attention, tu peux tout mettre dans ton açaï: morceaux de fruits frais, coulis de goyave, brigadeiro, doce de leite, paçoca (une poudre de cacahuète mélangée à de la farine de maïs et du sucre), nutella, lait condensé… j’en passe et des meilleures, et même créatine et vodka. Oui, oui.

L’autre spécialité du Minas Gerais, c’est le sertanejo. Vous ne vous en doutez pas mais vous connaissez tous le sertanejo universitario, c’est ce qui a craché Michel Telo et Gustavo Lima. Dans le minas, exit la samba, c’est l’acordéon qui est roi, et le tché tché tché réré tché tourne en boucle sur les platines de toutes les fêtes, ou dans les autoradios de toutes les voitures. Abattez-moi. La sertaneja, c’est… comment dire? Un peu la vieille variété façon Frédéric François brésilienne, un style né dans les années 20 où les chanteurs pleurent presque toujours pour la nana qui les a quitté pour le voisin. Ca se compare assez bien à country américaine aussi, surtout à cause du style cowboy des chanteurs. La version « universitario », c’est la nouvelle vague, constitué de jeune chanteurs imberbes aimants à minettes qui ont une plus grande variété thématique: y’a les filles, obligé, mais aussi les voitures, les soirées, l’alcool. Parfois t’arrives même à des sommets de poésie, tels que le profond « bara bara, berê berê » de Michel Telo. Une phrase qui ne veut rien dire du tout.

Le principe du sertanejo universitario est pas d’avoir des paroles intéressantes, c’est surtout une musique de fête qui se danse d’une manière juste hilarante… mais j’aimais pas ça à la base, et j’ai eu franchement envie, après 4 jours, de leur faire bouffer leurs accordéons ou de tenter une percée kamikase de samba, juste pour le salut de mes oreilles.

Mais bon, je leur en veux pas aux mineiros, ils sont sympas, et ils ont des perroquets dans les rues à la place des pigeons. J’ai aussi vu un toucan. Un toucan quoi. Le Brésil me tue.