Rio, une allégorie olympique

J’ai pas mal hésité à écrire un article sur les J.O. de Rio parce que cela a été une grande montagne russe émotionnelle, et surtout un événement aux retombées tellement vastes et complexes que j’avoue: J’AI EU LA FLEMME.

Mais aujourd’hui j’ai lu un article qui a fait déborder les orties du vase, et je me suis dit « ça va bien de pousser mémé dans la goutte d’eau maintenant ». Cet article en question il était dans El Pais Brasil, et c’était une jolie brochette de gringos faisant repentance de toutes les méchancetés qu’ils avaient dites sur Rio avant, parce que franchement bah les J.O ils se se sont trop bien passés et ils ont été super bien reçus au Brésil et ils sont désolés d’avoir eu des préjugés tout moches.

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C’est vrai, il y a eu un acharnement rhétorique sur Rio juste avant les jeux de la part des médias qui cherchaient la moindre excuse pour dire que c’était dramatique, et que fait donc l’ONU, va-t-on devoir annuler les Jeux Olympiques? – oh, the horror. On s’est posé la question de savoir si Rio était vraiment apte à recevoir un événement d’une telle envergure – peu importe si le Brésil a fait une coupe du monde de foot sans soucis y’a moins de deux ans. Soudain Rio était la pire ville du monde, peuplée exclusivement de gangsters dangereux et menacée par toutes sortes de maladies tropicales terrifiantes.

Ces quelques semaines pré-jeux m’ont régulièrement donné envie de m’habiller en clown et secouer mes petits bras devant les rédactions des journaux européens en leur chantant:

« C’est quand même pas nouveau qu’il y ait du crime, de la violence et des moustiques à Rio lalala Y’a même des gens qui meurent tous les jours dans le métro tralalala Les politiques sont véreux, les noirs et les indiens sont massacrés par la police et y’a plus d’hopitauuuuux. »  (coeur love arc-en-ciel à vous)

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Regarde moi, je suis l’elfe des réalités que l’on fait semblant de découvrir

Les cariocas se sont rendus compte qu’il y allait avoir les JO un mois avant que la compétition commence. Avant ça, tout le monde suivait Secret Story – Edition Gouvernement et tentait de savoir quelles étaient les condamnations cachées des nouveaux ministres intérimaires (au choix: viol, détournement de fond ou trafic de drogue pour le dernier scandale en date). Et puis mystérieusement, un mois avant les J.O. Rio n’avait plus que ça en tête, et on ne trouvait plus un carioca qui n’était pas prêt à clouer le comité Olympique et la mairie à un poteau et les démonter comme si c’était un pauvre noir accusé de vol (tu la trouves osée cette comparaison hein, mais c’est aussi la vraie vie du Brésil.)

Faut dire que la mairie n’y a pas vraiment mis du sien non plus en détournant tout l’argent et confiant les contrats de construction à tonton José et l’ami Carlos qui ont fait des installations low-cost comme des sagouins.

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Et encore c’est pas cool pour les sagouins…

Je vous avoue que j’ai aussi eu ma petite barre de rire avec l’arrivée des athlètes à la cité Olympique, de l’esbroufe passive-agressive de l’équipe australienne et leurs statues de kangourous à l’équipe portugaise qui s’est mise elle-même à refaire la maçonnerie [ALERTE CLICHES]

Et puis il y a eu la cérémonie d’ouverture, et là on a basculé dans un monde parallèle.

Le monde merveilleux des Jeux-Olympiques

 Dans le monde merveilleux des J.O il n’y avait plus d’embouteillages, plus de vols (taux d’agression 0 le soir de l’ouverture, du jamais vu à Rio en même temps c’est normal, y’avait deux militaires postés tous les 20 m dans la zone du Maracanã et du centre) plus de problèmes. D’un seul coup, tous les athlètes qui prenaient la parole le faisaient pour dire qu’ils n’avaient « jamais vu de village olympique aussi luxueux », les journalistes vantaient les nouveaux transports reluisant et rapides (aussi du jamais vu à Rio) et la seule fois où on en a entendu le mot « zika » pendant tout l’événement a été à l’Engenhão, pour se moquer d’Hope Solo, la gardienne américaine un brin parano.

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Rio, une allégorie Olympique.

Oh, regarde ces belles promesses pendant la cérémonie d’ouverture, regarde le Brésil s’enorgueillir de sa faune et de sa flore et parler d’écologie… Alors que pendant ce temps rien n’est fait pour mettre en prison les responsables du pire désastre écologique du pays à Mariana l’an dernier,ou que la mairie de Rio n’a pas dépollué la baie pour les J.O, comme elle l’avait promis.

Oh, regarde le Brésil de toutes les couleurs et toutes les cultures… alors que les religions afro-brésiliennes ont été bannies du centre œcuménique du village olympique sous prétexte que « ce n’était pas représentatif des athlètes ». En parlant des afros-brésiliens, ils sont massacrés dans les favelas sous prétexte de pacification pour l’événement, ou bien expulsés de leurs propriétés pour ne pas faire trop tâche devant les caméras internationale, comme les indiens d’ailleurs, expulsés en 2013 de leur aldeia directement à côté du Stade Maracanã. Mais tout ça, ça n’existe pas, ce n’est pas dans le monde merveilleux des J.O fait de boulevards tout neufs, d’écrans géants et de stands Samsung, Nissan et Coca-Cola où une bouteille d’eau coûte 5 reais. Et de volontaires en kaki remuant des panneaux d’indications pour les touristes. J’ai eu envie de leur demander où ils étaient quand la mairie a changé toutes les lignes de bus vers la zona Norte y’a quelques mois et que l’on voyait des gens errer dans le centre sans la moindre idée d’où partait leur bus et accessoirement comment ils allaient rentrer chez eux. Là tu pouvais toujours te gratter pour un petit panneau, et c’était pas la peine d’essayer de te renseigner auprès d’un chauffeur de bus, personne ne savait rien – d’ailleurs à l’aide, ça fait 3 mois que cherche le nouveau point de départ du 249. Mais tu n’es pas un touriste alors ferme-la et marche 1 km pour prendre un autre bus (ceci n’est pas un euphémisme, ça c’est vraiment passé).

Dans le merveilleux monde des Jeux Olympiques tout le monde est gentil et poli et fraternel et rapidement on a eu sacré problème parce que comment vous dire… Gentil, poli et fraternel c’est pas vraiment des qualificatif qui s’appliquent à Rio. Gentil si, faut pas déconner. Mais les autres sûrement pas. Donc quand il s’est trouvé que, malgré les prix absurdement élevés des places pour les compétitions, y’avait quand même tout plein de cariocas dans les tribunes, ça a jazzé dans les gazettes du dimanche.

Les cariocas ils ont l’idée saugrenue d’aller voir des compétitions sportives et d’encourager leurs poulains et gueulant comme des veaux. J’ai envie de vous dire: mais on où franchement? DANS UN STADE??

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je sais, moi non plus je m’en remet pas.

Il est temps qu’on se penche sur l’un des traits les plus attachants des brésiliens: ils aiment se moquer. Le sport national au Brésil c’est pas le foot, le volley , la drague ou la samba: c’est la zuera. C’est à dire: l’art de se foutre de ta gueule, ou de tourner quoi ce soit en dérision. Donc dès qu’ils voient une brèche, les brésiliens ont en général le devoir patriotique de zuar jusqu’à la nausée. Ça explique la plupart des idées absurdes du public, comme ces « ZIIIIKA » à l’unisson chaque fois que Hope Solo tapait dans un ballon – car elle avait brandit de l’anti-moustique sur Twitter en se disant parée pour le Brésil (où certainement elle risquait mourir de l’effroyable Zika) ou bien comme ces supporters qui ont prit parti pour l’arbitre pendant un match de boxe parce que c’était le seul brésilien sur le ring (ouais, personne a dit que c’était intelligent). Mais c’est drôle, et ça a au moins eu le mérite de ramener le sport à ce qu’il est en vérité: du sport. J-O ou pas, quand tu vas dans un stade c’est pour te laisser porter par la ferveur et passer un bon moment.

Bien sûr rien n’est aussi simple, et il y a aussi une autre tradition qui a fait grand débat, surtout en France après le #Renaudgate. Les Brésilien huent dans les stades. On part du principe ici que le supporter a la mission de défendre son équipe. Ils sont là non seulement pour l’encourager, mais pour s’assurer qu’elle gagne. Et si ça veut dire déconcentrer l’adversaire à coup de sifflets et de hués, alors allons-y gaiement. La notion de faire-play est assez floue ici. Les brésiliens, ils viennent pour gagner. Il n’y a pas de « good game, good game » à la fin du match pas de « l’important c’est de participer ». Oui, c’est une tradition qui vient du foot mais hé, quel est le sport le plus populaire au Brésil?

J’ai trouvé l’élitisme de la plupart des commentateurs assez détestable. Un, tous ces athlètes qui se se sont plaint des « vaias », les hués, ont eu zéro problèmes à cracher sur le foot en insinuant que c’était un sport pour la plèbe et que dans leurs disciplines distinguées (athlétisme, escrime, équitation…) on ne faisait pas ce genre de bassesses. Deux, impérialisme culturel bonjour (mais bon qui est réellement surpris?c’est les J.O) quand on a commencé à dire que le public brésilien aurait dû être éduqué aux sensibilités des athlètes occidentaux. Et expliquer aux athlètes à l’avance qu’au Brésil le public est difficile, c’était pas possible (et plus simple)? Non c’était sûrement mieux de ressortir le BINGO DES CLICHES:

  • Les latinos ils sont comme ça, ils sont sanguins et passionnés
  • De toute façon hein l’Amérique du Sud c’est le bordel, les gens sont illettrés et mal-élevés
  • Au Brésil de toute façon ils connaissent que le foot et la samba
  • Ils n’ont pas encore l’habitude de la modernité ou de comment se tenir en société

Que ceux qui sont déjà allé dans un stade en Europe lèvent la main: on est pas franchement à la Garden Party de l’Elysée non plus, il faut arrêter l’hypocrisie dix secondes. Perso j’ai jamais vu les Brésiliens jeter des bananes sur le terrain ou tendre des bannières « pédophiles et consanguins »…

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Il y a trop de fun dans ce gif, je me sens pas bien.

Bref. Bien sûr que les J.O. se sont très bien passés. A chaque fois on a droit aux doutes quant à la capacité de l’hôte à recevoir la compétition (surtout si cet hôte vient d’un pays réputé « pas sérieux » comme la Russie ou le Brésil, je vous parie qu’on aura beaucoup moins de doutes sur la capacité du Japon à organiser des Jeux tranquilles).

Personnellement, je ne me faisais pas de soucis sur la capacité des cariocas à être des hôtes exceptionnels et à donner le plus grand des spectacle – on est à Rio les gars, la patrie du Carnaval! Beaucoup de journalistes ont écrit des articles qui faisaient chaud au cœur sur la générosité et la réception chaleureuse des habitants de la ville et j’ai de la peine pour Renaud Lavillenie qui a dit qu’il lui était « impossible d’avoir de bons souvenirs de Rio ». Sérieux mon chat, faut vraiment être un gros aigri pour pas tomber amoureux de cette ville et de ces gens…

Peut-être fallait-il seulement sortir du monde merveilleux du parc olympique et découvrir le monde certes chaotique mais époustouflant de Rio, la vraie Rio, celle des botequims de petite rue, des rodas de samba, des salgados tant décriés par les journalistes américains (gardez-vous votre Mc Do, INGRATS) et des churrascos sur le trottoir, un verre à la main et des cris et des rires plein les oreilles.

 

 

 

 

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3 genres musicaux brésiliens méconnus: parce qu’il n’y a pas que la samba dans la vie

Bien bien. L’actualité brésilienne étant plus déprimante qu’un reportage sur Monsanto, j’ai décidé de nous changer un peu les idées avec de la musique. Car le SAVIEZ-TU, au Brésil il n’y a pas que la samba, la bossa nova et Michel Telo.

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Il y a aussi la Lambada, oui, merci, c’est important de la rappeler.

Zoom sur 3 styles musicaux méconnus pour mettre un peu de Brésil et chaleur dans ta playlist estivale et dans ton coeur.

 

  • Le forro

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Quand j’étudiais à Lyon, j’allais avec mes amis brésiliens dans un minuscule bar latino de la Croix Rousse qui faisait une soirée brésilienne une fois par mois. C’est là que j’ai découvert l’espiègle et chatoyant forro nordestin. Ce style musical est un monument de la culture du Nord-Est du Brésil, plus populaire là-bas que la samba. Impossible d’y échapper en cette période des fêtes Junines, exaltations de la culture traditionnelle, campagnarde et très souvent nordestine.

J’adore le forro justement pour son côté « caipira » (campagnard). Moi qui ai grandi dans un petit village du fond du sud-ouest, il me rappelle les bal-musette encore assez populaires quand j’étais enfant. Popularisé dans les années 1950 le forro serait bien plus ancien, et aurait émergé déjà à la fin du 19ème siècle comme une fusion de divers styles traditionnels (dont notre quadrille européen, résultat de l’émigration hollandaise assez intense au cours du 18ème siècle dans le Nordeste). J’ai même lu que certains pas de cette danse traditionnelle trouveraient leur origine dans des traditions indigènes…

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Véritable danse de bal populaire, le forro se danse en couple, avec un pas de base assez simple qui le rend accessible même aux moins doués de leur pieds (comme moi par exemple). Après, c’est comme le tango : on peut soit danser en dilettante entre un jus de canne à sucre et un pavé de pamonha à la fête de l’église comme moi ou mamie Carmen, ou bien faire… ça.

Pour faire du forro d’ailleurs, il suffit à la base de trois musiciens : un accordéon, un tambour zambua et un triangle. Les mélodies sont généralement enlevées et légères, avec des textes la plupart du temps drôles ou romantiques.

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Un artiste ? Luiz Gonzaga, incontestablement le roi du forro. Monstre sacré du Nordeste, c’est lui qui a popularisé le forro Nordeste dans les années 50 alors qu’il tentait de survivre à Rio avec son petit accordéon. Il a fait de sa culture d’origine sa marque de fabrique, et a intensément contribué à la reconnaissance de la culture du Nordeste dans tout le pays.

Une chanson ? O xote das MeninasO xote das Meninas

D’autres groupes : Os 3 do Nordeste ou Trio Nordestino ont popularisé un forro un peu plus moderne. Le groupe Raimundos a lui lancé dans les années 90 le forrocore, fusion entre forro et hard rock.

 

  • Le frevo

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On va rester dans le nordeste et troquer les bals populaires pour les fanfares avec… le frevo. Ce style typiquement pernambucano a surgit à la fin du XIXe pendant le carnaval de la région. Il s’inspire du maxixe (dites « machichi ») le tango brésilien, ainsi que bien entendu des marches d’orchestres typiques du carnaval. Ce qui fait la véritable différence du frévo, c’est sa danse extrêmement caractéristique et classée au patrimoine mondiale de l’UNESCO. Très energique, elle inclut des mouvements de capoera, s’effectue toujours avec de petits ombrelles colorés et des costumes chatoyants, comme vous pouvez le voir ici.

Le frévo est toujours très populaire pendant le carnaval, avec des marches connues et reconnues de tous.

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Une chanson : Mulata – Irmãos Valença, reprise en 1932 par Lamartine Babo (Teu Cabelo não nega mulata) qui l’a popularisée au carnaval de Rio.

Perso j’adore les marches de carnaval, surtout dans leurs vieilles versions aux orchestres grésillant qui me donnent un petit frisson nostalgique.

Oui Nostalgique des années 30 oui.

 

  • l’axé

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On descend un petit peu, à Bahia cette fois, pour s’intéresser à l’axé, un genre musical qui est apparu en même temps que le disco mais qui n’a rien à voir. Celui-ci s’inspire de divers genre afro-américains : le meringue et le reggae pour la racine latino-caribéenne, et le maracatu et le forro comme souche afro-brésilienne.

Axé est un mot qui appartient au rituel de candomblé et d’umbanda. Il signifie « énergie », ou plus précisément une sorte « d’énergie positive ». On voit donc très bien la volonté des artistes de forger un style moderne mais résolument ancré dans la tradition et culture afro très présente à Bahia.

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Ce serait l’album de Daniela Mercury qui aurait fait découvrir l’axé au grand public avec le titre « O canto dessa cidade » ou l’on perçoit très bien la fusion entre pop des années 80 et rythmes traditionnels. L’axé est aujourd’hui un genre extrêmement populaire au Brésil tout comme le pagode ou le sertanejo. Il représente une large variété d’artistes qui le mélangent aussi bien avec la pop (Claudia Leitte, Ivete Sangalo) qu’avec le maractu (Olodum)… C’est plus ou moins ce que vous entendrez à toutes les fêtes et les mariages brésiliens !

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Un groupe ? OLODUM, qui a accompagné Michael Jackson sur« They don’t care about us »

Une chanson? Rosa – Olodum

 

 

 

 

 

 

Qui a volé le carnaval?

Si vous avez suivi le blog, vous avez vu que j’étais *légèrement* excitée à l’idée de participer au défilé du carnaval. C’était un petit rêve perso depuis que je suis arrivée à Rio, et cette année, j’avais réussi à intégrer la communauté de Vila Isabel, une école pour laquelle j’avais une tendresse particulière à cause de son histoire et de sa localisation. En plus, elle avait été l’école championne de 2013, mon tout premier carnaval carioca. J’ai eu le plus grand plaisir et le plus grand honneur à répéter chaque mercredi et chaque dimanche pendant 3 mois, chaque semaine plus anxieuse du carnaval à venir, et de cet apothéose qu’est le défilé sur la sacrée Marquês de Sapucai.

A child waits to take part in a samba parade during a carnival in Sesimbra village

Je n’étais pas la seule. La communauté compte plus de 2500 membres, qui se dédient tous, deux fois par semaine, malgré la chaleur infernale, malgré la pluie diluvienne. Nous ne pouvons manquer aucune répétition, sinon nous sommes expulsés de l’école. C’est le contrat que nous passons, et nous le passons avec grand plaisir, pour le bonheur de remonter l’aller au son de la batterie, en criant à plein poumon que « se taire, jamais ! » L’école attend une grande implication, mais ce lundi, l’école n’a rien rendu.

Il est courant que les préparatifs du défilé courent jusqu’à la dernière minute, dans toutes les écoles. Avec des milliers de costumes à préparer et tous les aléas que représente un tel spectacle, vous vous imaginez tous les points de colle, les ajustements, le stress et l’effervescence. C’est donc sans grande surprise que je suis allée retirer mon costume directement au hangar de l’école, à la Cidade do Samba, le jour même du défilé… à 13h. Passent les heures et rien ne change. Les costumes sont là, mais ils sont incomplets. Les parties manquantes arrivent au compte-goutte, et certains kits complets sortent, mais notre file, étrangement, n’avance jamais. Pourtant tous ces gens je les connais, je les ai côtoyés pendant 3 mois deux fois par semaine, nous avons sué, ris, et souffert un peu, ensemble. Mais il est déjà 17h, c’est le début des préparations du défilé sur l’avenue, et nous sommes toujours là. Sans costumes. Il devient rapidement clair que ces gens qui arrivent et repartent, eux, en un clin d’œil avec leurs sacs plein de plumes et de strass, ont payé leurs costumes.

Chaque école met des costumes à la vente, c’est normal. Seulement, notre ala, c’était celle de la comunidade, et Vila Isabel se targue d’avoir mis à la vente seulement 10% de ses costumes, réservant la majorité à sa communauté, afin « d’assurer la qualité des costumes et du défilé ». Nos costumes ne devaient pas être vendus mais ils l’ont été, dans l’irrespect le plus total de tous les membres qui se sont dédié sang et eau à l’école. Il est maintenant 19h30, l’école défile à 21h, et nous sommes toujours une vingtaine à attendre. Une douzaine ont déjà abandonné les rangs, et seulement 38 costumes sont sortis du barracão ce jour là. 38 sur les 102 membres inscrits sur la liste… On nous a même dit, « hier les costumes étaient tous là, complets…. Aujourd’hui ils ont disparu. »

Disparu ?

Disparu où ? Je pense bien qu’ils étaient déjà sur l’avenue, sur le dos de quelqu’un qui avait les moyens de mettre plus de 1000 reais dans un costume.

Au Brésil, j’ai particulièrement l’habitude de voir une société à deux vitesse où soit tu as de l’argent et tu peux profiter de tout (et de tous), soit tu n’en as pas, et tu te fais toujours écraser. Rio a été transformé en parc d’attraction pour touristes étrangers. Plus rien ne compte aux yeux de la mairie que la carte postale qu’ils vendent au monde entier. Seuls les endroits fréquentés par les touristes bénéficient de services publiques à peu près de qualité. Le reste de Rio étouffe dans les embouteillages interminables, écrasé par des impôts surréalistes, alors que les hôpitaux ferment un par un et que les universités arrivent à peine à garder la tête hors de l’eau (le gouvernement d’état ayant décidé de réduire de moitié l’enveloppe dédiée à la recherche).

Dans tout ça, le carnaval était le dernier bastion de démocratie populaire. La rue devenait le territoire de tout le monde, riche et pauvre mélangés. Les écoles de samba viennent toutes, TOUTES, de favelas ou de quartiers populaires de la zone nord. Leur sang est celui de la communidade. L’ont-elle déjà oublié, saoulée de paillettes dans les camarotes (loges) luxueux qu’elles se réservent sur l’avenue ? La dictature de l’argent qui gouverne Rio aujourd’hui a emporté ce dernier symbole populaire.  Et Vila Isabel a l’hypocrisie absolue de dire qu’elle privilégie sa communauté ? J’ai quitté le barracão hier après 6h d’attente, sans costume. Pas de défilé pour moi, ni pour les autres membres de mon allée. Il me reste la rue, et encore, Rio a réussi à violer ce carnaval là aussi : entre tarifs de bus exorbitants, réseau inexistant pour la zone nord (la plupart des lignes ne circulent simplement plus pendant le carnaval, et il n’y a pas d’itinéraires de remplacement), les charges grotesques imposées aux blocos pour pouvoir jouer, qui empêchent chaque années plus de groupes traditionnels de pouvoir se produire, et l’inflation indécente de tout le consommable, il devient presque impossible pour qui a peu de moyens (et cela concerne de plus en plus de gens, puisque la crise frappe la classe moyenne de plein fouet) de participer à la folia traditionnelle. Ne pleure pas, le carnaval revient tous les ans, c’est ce qu’on dit ici. Mais c’est un carnaval pour qui ? Sûrement pas pour les cariocas.

Petit Guide du Carnaval: comment participer au défilé du sambodrome?

Oui vous allez manger du défilé du carnaval cette semaine. OUI.

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Dès que je suis arrivée à Rio en 2012, j’avais le rêve secret de participer à cette immense fête qu’est le défilé du Sambodrome. Malheureusement, les places pour y assister sont très chères, et l’on m’avait dit à l’époque que le seul moyen d’intégrer l’école était de payer son costume… Et un costume de carnaval, ça peut coûter jusqu’à 3000 reais. J’avais donc abandonné l’idée, me contentant largement du fantastique carnaval de rue.

Il y a quelques mois, l’une de mes élèves m’a confié qu’elle faisait partie de deux écoles de la série Spéciale, Vila Isabel et Beija-Flor.

« ah la chance! » m’écriai-je, « j’adorerais faire ça! »

« Mais… je peux t’inscrire! » me répondit-elle le plus naturellement du monde.

« Merci mais je ne peux pas m’acheter le costume… »

« Mais… quand tu fais partie de la communauté, les costumes sont gratuits! »

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Alors voilà quelque chose qu’on ne vous dit pas quand vous êtes un gringo à Rio. Si vous avez le temps et que vous êtes motivés pour faire partie de la comunidade de l’école, votre costume sera 100% gratuit (en dehors des frais d’adhésion). Oui.

Il vous suffit donc de vous rapprocher du secrétariat de l’école de votre choix dès le mois d’octobre et de vous inscrire. On vous demandera à priori une copie de votre CPF, de vos papiers d’identité, et d’une preuve que vous habitez à Rio (facture d’éléctricité etc), ainsi que vos mensurations pour le costume.

Par contre, si vous pensiez que vous pourriez faire ça en dilettante juste pour le fun du carnaval, passez votre chemin. L’engagement que vous prenez auprès de l’école, c’est du sérieux! Pour gagner le droit de défiler gratuitement, il faudra venir à TOUTES les répétitions (à Vila Isabel, on se fait radier au 3e manquement, et aucune excuse n’est acceptée). Et des répétitions, il y en a 2 fois par semaine jusqu’au carnaval. A Vila, l’adhésion est de 20 rs, un prix vraiment dérisoire pour 3 mois de répétitions et surtout pour avoir le costume et le privilège de défiler!

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Je vous raconterai le défilé dans un prochain article, mais j’ai déjà adoré mon expérience au sein de la comunidade. Vila Isabel cultive une ambiance populaire et familiale, on y rencontre des gens de tous âges et de tous horizons, toujours dans une ambiance joyeuse et pétillante qui fait du bien au moral. Même les jours où j’y suis allée plus par obligation qu’autre chose, je suis toujours ressortie avec la banane, physiquement épuisée (1h à danser sans arrêt par 35°, ou sous la pluie battante, ça décrasse!) mais mentalement reposée. C’était un moyen pour moi de totalement faire un break et ne penser à rien d’autre que la chanson et la chorégraphie. Et puis la batucada, ça mettrait le sourire à n’importe qui de toute façon! C’est déjà sûr que j’y retournerai l’an prochain! C’est vraiment une expérience que je recommande à tous ceux qui passent quelques mois à Rio autour du carnaval, et veulent un regard authentique sur la ville, sa culture et sa population!

 

Petit Guide du Carnaval de Rio: Les écoles de samba (1/2)

J’ai une certaine passion pour la samba et pour le carnaval. Si vous avez déjà parcouru ce blog, vous vous en êtes sûrement rendu compte. Je n’en suis qu’à mon 3ème carnaval, mais c’est toujours une sensation particulière lorsque j’entends les premiers tambours de batucadas en début d’année. Ayant aussi une passion démesurée pour les paillettes, les pompons, le sequin et globalement tout ce qui est kitch et qui BRILLE, il était inévitable que je tombe follement amoureuse du Carnaval de Rio, et surtout de son défilé défiant tout sens commun.

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Pailleeeeeeeeettes!

Hier, alors que je racontais en direct à mes amis le Lavage de la Sapucai, une sorte de cérémonie d’ouverture du carnaval, je me suis rendue compte qu’en fait… ils ne savaient rien du défilé, et que les idées reçues que l’on a en France sur cet événement sont assez loin de la réalité. J’ai donc préparé une série d’articles pour vous raconter de l’intérieur quézaco que le Carnaval de Rio, et l’envers du défilé que vous verrez au journal de 13h (puisque oui oui, je fais partie d’une école de samba, et je vais défiler.)

Vamos là. 

Au Brésil, le défilé du carnaval est une véritable compétition sportive. Les écoles concourent selon des règles très précises, et la performance est sanctionnée par un jury qui observe à la fois la technique et l’artistique (on y reviendra), un peu comme lors des compétition de patinage (mais heureusement SANS Nelson Montfort et Philippe Candelero). Il se passe dans un stade, le Sambodrome Marquês de Sapucai (surnommé ici « Sapucai ») et non dans la rue, contrairement à ce que vous pourriez penser!

Qui parle de compétition, parle de classement et donc parle de ligues. A Rio, il y a 6 divisions (séries):

  • La série Spéciale (LIESA)
  • Les séries A à E

La plus prestigieuse, vous vous en doutez, est la série Spéciale, qui compte les meilleures écoles de Rio. C’est un peu la ligue des champions, quoi (dit la fille qui n’y connait rien en foot). Chaque année, les deux écoles qui finissent en bas du classement descendent en série A, tandis que les deux meilleures écoles de la série A montent en série spéciale.

Chaque école représente une communauté, un quartier, une véritable culture. Elles ont souvent des clubs de supporters, et leurs répétitions font l’objet d’immenses fêtes réunissant des milliers de personnes. Elles font également vivre beaucoup de gens: couturières, musiciens, technicien du son, coordinateurs, artistes, etc… Tous ces gens travaillent à plein temps pour l’école d’octobre à février, ou parfois même toute l’année.

Et à Rio, c’est un peu comme les clubs de foot, tout le monde a son école préférée. Pour trouver la votre, rien de plus simple, je vais vous les présenter. Voici celles qui seront les 6 premières à défiler dimanche:

estacio-bandeiraEstácio de Sá

Surnom: Estacio

Couleurs: Rouge et blanc

Symbole: Le lion

Quartier: Estacio

Victoire(s) en série spéciale :  1992

Histoire: Cette école a été fondée en 1955 dans la favela de São Carlos. Un peu plus tard, on choisira de changer son nom en « Estacio de Sa » pour représenter tout le quartier, et pas seulement la favela. Elle a la particularité d’être reconnue comme la première école de samba de l’histoire du Brésil!

thème de cette année: Salve Jorge! O guerreiro na fé! (Saint Georges! Le guerrier de la foi)

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União da Ilha do Governador

Surnom: União da Ilha

Couleurs: Rouge, blanc et bleu

Symbole: L’aigle

Quartier: Cacuia

Victoire(s) en série spéciale :  Aucune

Histoire: Fondée en 1955, cette école représente l’un des plus grands quartiers de l’Ile du Gouverneur, l’une des plus grandes îles de l’agglomération de Rio. Bien que plusieurs fois championne en séries A et B, elle n’a jamais décroché le titre en série spéciale et fluctue entre le groupe spécial et le groupe d’accès (série A). Parrainée par la prestigieuse école de Madureira, Portela, elle porte en hommage le même symbole: l’aigle.

Thème de cette année: « Olímpico por natureza… Todo mundo se encontra no Rio.” (Olympique par nature… Tout le monde se rencontre à Rio ».

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Acadêmicos do Grande Rio

Surnom: Grande Rio

Couleurs: vert, rouge et blanc

Symbole: une couronne

Quartier: Caxias (Duque de Caxias)

Victoire(s) en série spéciale :  Aucune

Histoire: Fondée en 1988, elle est le résultat de la fusion de deux grands G.R.E.S (Grêmio Recreativo Escola de Samba) de la ville de Duque de Caxias, une municipalité du « Grand Rio » (ah, tout s’explique). Elle n’a jamais gagné la série spéciale, mais s’est classée 3 fois vice-championne en 2006, 2007 et 2010.

Thème de cette année: “Fui no Itororó beber água,  não achei. Mas achei a bela Santos, e por ela me apaixonei » (Je suis allé à Itororo boire de l’eau, je n’en ai pas trouvé. Mais j’ai trouvé la belle Santos et je suis tombé amoureux d’elle (référence à une comptine pour enfants)). 

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Mocidade Independente de Padre Miguel

Surnom: Mocidade

Couleurs: vert et blanc

Symbole: l’étoile du berger

Quartier: Padre Miguel

Victoire(s) en série spéciale : 1979, 1985, 1990, 1991 et 1996

Histoire:  Mocidade n’a pas remporté le titre depuis 20 ans, mais elle reste l’un des poids-lourds de la série, et l’une des écoles les plus connues de Rio. Fondée en 1955 dans la zone nord/ouest de Rio, elle n’a vraiment connu d’essor qu’à partir des années 70 lorsque Castro de Andrade se mit à y investir l’argent illégal du « jogo do bicho ». Elle possède aujourd’hui la plus grande quadra (le fief de l’école, en quelque sorte) de toutes les écoles de samba.

Thème de cette année: “O Brasil de La Mancha: Sou Miguel, Padre Miguel. Sou Cervantes, Sou Quixote Cavaleiro, Pixote Brasileiro.”

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Unidos da Tijuca

Surnom: Tijuca

Couleurs: jaune d’or et bleu paon

Symbole: le paon

Quartier: Tijuca

Victoire(s) en série spéciale : 1936, 2010, 2012 et 2014

Histoire:  Fondée en 1931, c’est dans les faits l’une des plus anciennes écoles de Rio (Estacio est en vérité la première et s’être qualifiée d’école de samba, mais pas la première organisation, historiquement parlant!). Une intéressante curiosité de cette école: elle possède 2 quadras. La plus connue et la plus grande, près de la gare routière, n’est en fait pas son fief officiel. L’école a voulu garder sa base dans la favela de Borel, où se trouvait l’organisation d’origine, et fait encore quelques répétitions par an dans la quadra de Borel, spécialement pour la « communauté » de l’école.

Thème de cette année: “Semeando Sorriso, a Tijuca  festeja o solo sagrado” (Semant des sourires, Tijuca célèbre le sol sacré)

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Beija-Flor de Nilopolis

Surnom: Beija-Flor

Couleurs: bleu et blanc

Symbole: le colibri (beija-flor en portugais)

Quartier: Nilopolis (ville de l’état de Rio)

Victoire(s) en série spéciale :  1976, 1977, 1978, 1980, 1983, 1998, 2003, 2004, 2005, 2007 , 2008, 2011 et 2015

Histoire:  Beija-Flor c’est LE poids-lourd de la série Spéciale, l’une des écoles les plus connues et sûrement la plus controversée, dû aux scandales récurrents sur l’origine de ses fonds (toutes les écoles de samba sont connues pour blanchir l’argent des cartels de drogue et du jogo do bicho, mais Beija-Flor est particulièrement la cible des critiques). Avec 13 victoires, c’est l’école la plus titrée depuis que le sambodrome existe, et actuellement la championne en titre.

thème de cette année: Mineirinho Genial! Nova Lima – Cidade Natal Marquês de Sapucaí – O poeta imortal » (Mineiro génial! Nova Lima- Cidade Natal Marquês de Sapucai, le poète imortel) 

 

Aller, on se retrouve toute la semaine pour la suite des écoles, et tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le carnaval de Rio! 

 

CAR-NA-VAL

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Pendant le carnaval de Rio, vous ne verez PAS ça dans la rue. Désolée.

Le carnaval de Rio, c’était un rêve personnel, une des choses que je m’étais jurée de voir au moins une fois dans ma vie. Et ce fut, pour moi en tout cas, le genre d’expérience qui change un peu la vie. « An eye opener« , comme on dit en anglais.

D’un point de vue historique, vous savez tous plus ou mois que le carnaval une fête chrétienne liée au Mardi Gras. Le principe est de faire bonne chair et de faire la fête avant l’entrée en carême. L’origine même du mot « carnaval » proviendrait de l’italien/latin « carne », viande, et signifierait quelque chose comme « le retrait de la viande » (puisque pendant le carême, après, il est interdit de manger de la viande, si je ne m’abuse.). Cela téléscope également les fêtes païennes pré-chrétiennes qui fêtaient la fin de l’hiver.

Au Brésil, et à Rio principalement, le carnaval est la fête plus importante de l’année. Comme je le disais dans mon billet précédent, la ville a retenu son souffle jusqu’à vendredi dernier, avant d’exploser dans un immense méli-mélo de confettis, de paillettes et de samba. Plusieurs traditions brésiliennes sont intimement liées au carnaval, comme l’axé, musique aux racines africaines née à Bahia pendant les festivités carnavalesques, ou bien la religion du condemblé, aapparuelorsque les esclaves ont commencé à cacher les divinités religieuses africaines sous les bannières des saints chrétiens…. pendant le carnaval (si je me souviens bien de mes cours d’anthropologie religieuse). Vous percevez donc à quel point l’impact du carnaval est profond dans la culture brésilienne.

A quoi ça ressemble, donc, le carnaval de Rio? J’ai envie de dire « il faut le voir pour savoir », mais à ce moment là, à quoi servirait donc cet article? D’abord, ce sont des millions de gens dans une chaleur insoutenable. Imaginez-vous, 20 000 personnes collées-serrées qui se trémoussent au son de la samba, sur une route où il n’y a pas la moindre once d’ombre, par quelques 36°C. J’ai lu un article qui disait « les blocos de Rio c’est l’enfer et le paradis passés au mixeur ». Mais oui, ça résume bien la situation. Une part de toi à envie de rentrer t’enfermer chez toi et prendre une douche glacée de trois heures, allongé sur le sol en position fœtale, pendant que l’autre t’as déjà quitté pour danser la samba. C’est la crise d’agoraphobie et l’extase en même temps.

Il y a plusieurs carnaval dans le carnaval cependant:  celui de la rue, et la parade. Côté rue, il a aussi deux camps:

– le « carnaval à touristes », les blocos énormes, institutionnels, tels que Cordão de Bola Preta, Sergente Pimenta ou Orchestra Voador etc… Ils se produisent généralement avec de très grosses infrastructures et sont statiques. On s’en est rapidement détourné pour profiter des petits blocos « artisanaux », j’ai envie de dire.

– Le bloco d’une rue, d’un quartier, d’une association, qui ne va regrouper que quelques centaines de gens et surtout qui va se déplacer. Pourquoi c’est mieux? Simplement parce que tu es plus près du groupe, c’est con à dire mais il y a plus de choses qui s’échangent. Ensuite, le fait que le bloco et que le groupe se déplacent c’est très amusant, pour une raison que j’ignore ça force les gens à danser, et j’ai plus eu l’impression de faire partie d’une fête qu’en allant voir un gros bloco, ou te sens plus à un concert. L’échange, avec les gros blocos, est à sens unique. Avec les petits, ça va dans tous les sens.

La parade, c’est le « trademark » de Rio, l’image que vous avez tous lorsque vous pensez au carnaval. Ces filles en string à paillettes juchées sur d’immenses chars colorés. J’avais le sentiment que ce sera comme ça partout dans la ville, mais non, c’est un spectacle réservé aux quelques milliers de chanceux qui se sont offert un billet pour le sambodrome. Organisée comme une compétition sportive, la parade est retransmise sur les grandes chaînes brésiliennes et suivie par tout le pays, tout comme le rendu des résultats à la fin du carnaval. Pour celui qui n’aurait pas pu accéder au sambodrome (comme nous), il reste toujours la possibilité d’aller flâner autour des chars stationnés sur la grande avenue qui mène au sambodrome dans l’attente de leur passage. Les artistes se préparent là, dans la rue, et l’effervescence qui règne dans ces coulisses à ciel ouvert a franchement été l’un de mes moments préférés du carnaval. On a pu parler avec les techniciens, les danseurs en train de déballer leurs incroyables costumes de strass et de plumes et même se faire jouer un petit morceau par deux musiciens de la bateria de Beija-Flor (l’école est arrivée 2e au classement cette année)! Un luxe que ne nous aurait pas offert le stade!

Une chose à savoir aussi, c’est que pendant le carnaval, Rio pue. Rio pue VRAIMENT. Imaginez une odeur qui serait celle de la sueur, du pavé réchauffé, du vomi séché sur un lit de bière et de poubelles, et de pisse. Voilà. Sans oublier les quelques 16000 toilettes sèches dont se targuait la mairie, installées un peu partout dans la ville… C’était pas très joli, le dessous de la « folia« .

Ah sinon, pour revenir à des choses plus sympa, j’ai failli oublier les costumes! Y’a eu pas mal de créativité pendant ce carnaval, quelques trucs étranges, quelques centaines de Mario et Luigi, de mariées, et sluty cats,quelques milliers de mecs déguisés en filles pas très distinguées, assez de romain pour refaire l’armée de César, pas mal de mini super héro, un batman plus vrai que nature, quelques dizaines d’Amy Winehouse réincarnée en mâle, plusieurs Freida Khalo, plusieurs personnes qui sortaient directement de la douche… Pleins de masques qui faisaient peur, pleins de fauses moustaches, pleins de couronnes de fleurs, d’hawaïennes, de Carmen Miranda et un Freddy Mercury qui valait le vrai. Et oui, j’ai aussi vu des filles en string à paillettes. Parce que bon, c’était le carnaval de Rio quand même. 

« Vou levando a alegria, junto carrego o amor. » (Rio & les frémissements du carnaval)

Il est presque là, ça y est! Ca y est! LE CARNAVAL! Cette fête qui ne déchaîne pas franchement les foules en France est purement et simplement le moment le plus attendu de l’année ici à Rio. Depuis que je suis arrivée au Brésil, je vis un décompte de plus en plus frénétiques vers ces 5 jours (officiels) de « folia », d’evervessance, de samba et d’abolition totale du peu d’ordre qui règne à Rio.

Il y a un peu plus d’un mois nous fêtions la nouvelle année, et de l’autre côté de l’Atlantique, vous êtes sans doute tranquillement en train de re-rentrer dans votre rythme de croisière annuel, d’oublier les bonnes résolution, la salle de sport et les brocolis… Ici, c’est une toute autre histoire. Déjà, pensez qu’ici c’est la fin des grandes vacances d’été. De fait, le mois de janvier a été un peu en stand by. A Rio, on ne prévoit plus rien, on commence plus rien, on attend. Quoi? Mais le carnaval, bien sûr! La vie, l’année, va commencer après. Ce mois de janvier, donc, il est consacré à la préparation du « plus grand spectacle du monde »: le sambodrome est renové, décoré, paré de panneaux publicitaires grands comme la Belgique; les grandes avenues se parent de passerelles suplémentaires et puis, depuis deux semaines, on peut entendre ça et là au coin d’une rue les blocos qui répétent leurs rythmes endiablés. (Et puis y’a mon petit plaisir perso: quand je passe en bus devant les entrepôts des écoles de samba, essayer d’appercevoir les chars en préparation!)

Mais surtout, les magasins débordent de masques, costumes et maquillage. Le SAARA (marché populaire de Uruguaiana, et ma mêque personnelle) est devenu une caverne d’Ali Baba à ciel ouvert, où coulent des rivières de strass, et poussent des parterres de loups colorés, des girlandes de fleurs en tissu et des buissons de plumes colorées. Plus c’est grand, plus ça brille, mieux c’est.

Le carnaval va durer 5 jours officiellement (parce qu’en fait, il a déjà commencé), et nombre de cariocas vont se déguiser différement à chaque journée pour aller suivre les blocos qui vont défiler dans les rues de Rio. La ville, à l’heure actuelle, est totalement pleine. Une info il y a 2 semaines indiquait que 95% des chambres d’hotel de la ville étaient déjà louées! Les plages sont bondées comme un quai de métro parisien à l’heure de pointe (le vendeur de crevettes en plus) et, horreur suprême, l’eau de coco et les picolés (esquimaux) ont doublé de prix. Le tertiaire fait son beurre de l’année. Rio déjà surpeuplée en saison creuse (12 millions d’habitants, quand même…) est pleine comme un oeuf et se réveille, fébrile. J’ai vraiment la sensation ces jours de voir la pression monter, la tention grandir, les pieds fourmiller. On peut voir se dessiner  la folie que va être le carnaval, sans pourtant parvenir à la concevoir vraiment. « Tu ne te rends pas compte de ce que ce sera! » me répète mon carioca. Cinq jours sans dormir ou presque, sans vêtements (ou presque), cinq jours de musique, de sacolés (mr freeze) de caipirinhas, cinq jours à battre le pavé au son de la samba, même sous la pluie torrentielle, même si le ciel s’ouvre en deux. Cinq jours dans la chaleur infernale à se remuer dans une veritable nasse humaine. Cinq jours dans le plus grand « show » de la planète.

Tu le sens, là, ton coeur qui bat (comme une samba)?