Que se passe-t-il au Brésil et pourquoi c’est grave?

 

EDIT 20/04

Comme on me l’a fait remarquer, et comme j’ai pu le lire après la rédaction de l’article, le cirque de l’Impeachement n’est pas encore fini: il reste encore un vote au Sénat prévu pour début mai qui, pour la plupart des journalistes et des brésiliens, ne sera qu’une simple formalité. 

Dernièrement, le moins qu’on puisse dire c’est que l’actualité brésilienne a été mouvementée. Le pays traverse une profonde et grave crise économique et politique, dont le dernier acte va se jouer aujourd’hui, lors d’un vote qui va décider si oui ou non la Présidente Dilma Rousseff sera destituée (ici on appelle ça un « impeachement »). C’est un acte important qui arrive au terme d’une saga politique aussi rocambolesque que dangereuse, et qui a plongé le pays dans un climat de haine et de frustration. On a été jusqu’à monter un mur sur l’esplanade du palais présidentiel pour séparer les pros dans antis, demain lors du résultat du vote. Ambiance.

A Rio s’ajoute à cette crise nationale une très grave crise de l’état (je rappelle que le Brésil est une fédération d’Etats, un peu comme les USA). Colère des professeurs d’université, écoles municipales paralysées, hôpitaux publics qui déposent le bilan, urgences surpeuplées en pleine crise de zika, fonctionnaires et retraités non payés… La situation est grave, mais à 3 mois des Jeux Olympiques, je suis très surprise de voir que la communauté internationale ne réagit pas. Alors que de nombreux amis m’ont demandé des détails, j’ai décidé d’y aller de ma petite plume.

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Avant toute chose et puisque l’internet a peu de sens critique ou de demi-mesure, je tiens à dire que je ne suis pas journaliste, ni une spécialiste de la politique et je ne prétends pas détenir la vérité unique quant à la situation. Cela va de soi, je pense.

Bien. Bien.

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Notre histoire commence en mars 2014 lorsque la police fédérale a mis en lumière un énorme scandale de corruption et blanchiment d’argent impliquant Petrobras, compagnie pétrolière de l’état fédéral brésilien. Selon la police, des dizaines de politiciens et chefs d’entreprises auraient reçu au total quelques 10 milliards de réaux en pots-de-vins. En tout, il est supposé que pas moins de 40 milliards de réaux auraient été détournés et blanchis via une société de lavage automatique factice (comme dans Breaking Bad, oui), ce qui donnera la bonne idée à la détective Erika Mialik Marena de baptiser toute cette enquête « L’opération Lava Jato » (opération lavage auto). Sur la liste de ceux qui se sont rincés avec les fonds publics, de (trop) nombreux noms du paysage politique brésilien : députés, sénateurs, gouverneurs d’état venus du PT (Parti Travailliste, actuellement au pouvoir) mais aussi du PMBD (Parti du mouvement démocratique (lol) brésilien), PSDB (Parti de la démocratie sociale brésilien) ou du PP (Parti Progressiste). Bref, la liste longue comme un bras que vous pouvez trouver ici n’est pas très jojo.

Laissez-moi vous présenter ici quelqu’uns de nos protagonistes :

O presidente da Câmara, Eduardo Cunha, fala à imprensaEduardo Cunha : président de la chambre des députés (PMBD). Dénoncé 5 fois dans le scandale Lava Jato, sous investigation de la cours Suprême fédérale pour corruption et blanchiment d’argent, également dénoncé dans le scandale du Panama Papers, et aussi sous investigation pour des comptes secrets en Suisse. Qualifié par un journal anglais de « Némesis » de Dilma Rousseff, il est largement détesté par la population brésilienne pour ses opinions conservatrices (il s’est fendu il y a quelques années d’un «moi vivant, il n’y aura jamais de droit à l’avortement au Brésil!», par exemple), ce qui fait de lui quelqu’un avec qui t’as tout à fait envie de boire une bière en terrasse (ou pas).

aecio-nevesAécio Neves : Senateur (PSDB dont il est le président) et ancien gouverneur du Minas Gerais, où il est impliqué dans divers scandales de blanchiment d’argent. Il a également été dénoncé par un sénateur dans l’affaire Lava-Jato et est actuellement sous investigation. Cependant, et pour des raisons qui échappent à toute logique, il est idolâtré par une frange de la population et considéré comme un pourfendeur de l’état corrompu. C’est un peu le Sarkozy du Brésil, en somme.

650x375_michel-temer_1558695Michel Temer : Avec ses cheveux argentés et son regard mort, le vice-président brésilien me rappelle le Président Snow de Hunger Games. Il est président du PMDB mais était plutôt insignifiant dans le paysage politique jusqu’à ce qu’il s’illustre avec une lettre à la présidente aussi ridicule qu’embarrassante, qui aurait soi-disant « fuité » (au moment propice). Roi de la vrai-fausse fuite (il a aussi diffusé « par erreur » un audio de son discours si il devenait président (O_o)) ou de la vraie-fausse attitude politique (il annoncé à grand bruit que son parti quittait le gouvernement… sans pour autant renoncer à son siège, au cas où), Temer est surtout le maître du retournement de veste. C’est l’Iznogoud de cette histoire, celui qui rêvait d’être calife à la place du calife. Car oui: dans le cas où la présidente serait destituée, c’est Michou qui prendrait sa place.

Dilma Rousseff : Actuelle présidente (PT) du Brésil. Ré-elue bon grès mal grès, sa popularité a dégringolé ces derniers mois à cause de la crise économique et bien sûr du scandale Petrobras. L’opinion l’accuse de plusieurs choses : 1) d’avoir financé sa campagne avec de l’argent sale, 2) D’avoir directement touché des pots-de-vin dans l’affaire Petrobras, 3) D’avoir maquillé les comptes du gouvernement (c’est le motif avancé pour la destitution).

A ce jour, Dilma Rousseff n’a cependant jamais été dénoncée dans l’affaire Lava Jato (à l’inverse de ses détracteur…)

bolsonaroJair Bolsonaro : Député fédéral (PP). Bon. Bolsonaro a pour lui de ne jamais avoir  été impliqué dans un scandale financier (pour le moment). Mais c’est bien sons seul avantage, car il est autrement ni plus ni moins qu’un sombre déchet de l’humanité. Militaire, il s’est plusieurs fois prononcé en faveur d’une intervention armée, et multiplie les saillies homophobes, misogynes, anti-communistes, sexistes et racistes – tellement que des tumblr de citations lui sont dédiés. Un peu comme Marine Le Pen, sa gueule enfarinée lui a gagné la sympathie d’une partie de la population, pour qui il représente un « trublion » qui « n’a pas peur de dire tout haut ce que les autres pensent tout bas ». Il a même gagné le surnom de « Bolsomito » (Bolsomythique) et un certain statut de héros populaire qui fait froid dans le dos. Il envisage d’être candidat pour le poste de Gouverneur de Rio, mais fait aussi partie du carré qui se verrait bien à la tête du Brésil.

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Donc, depuis 2014 le Brésil suit avec intérêt l’enquête Lava Jato menée par un groupe de juges et de policiers du Parana (état du Sud du Brésil), le plus connu étant le juge Sérgio Moro qui a rapidement gagné en popularité grâce à son caractère impartial et sa détermination à emprisonner tous les méchants. Ce que je trouve intéressant dans cette affaire, c’est le côté extrêmement romanesque des événements. Les brésiliens aiment le drame et sont en mal de héros, d’où la prolifération d’images semi-christiques sur les réseaux sociaux présentant un tel ou un tel comme le Sauveur de la Patrie. C’est ce qui est arrivé à Moro. Et allez savoir si le juge c’est senti investi d’un pouvoir divin ou que la soif de pouvoir lui est montée à la tête à lui aussi, mais il a décidé il a quelques mois de faire arrêter Lula, l’ex-président, au petit matin, à grand renfort de forces armées.

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« Nous sommes tous Sérgio Moro », une des images qui a tourné au lendemain de l’arrestation de Lula

L’image, bien sûr, est très forte. L’ancien président menotté au petit déj, c’est du pain béni pour les médias largement anti-gouvernementalistes. S’en suit une tornade de news pour peu de faits. Au final, l’arrestation ne repose sur aucunes preuves tangibles, de nombreux juges dénoncent un abus de pouvoir, et il apparaît assez vite que Moro a l’ancien président dans le collimateur… surtout lorsqu’il décide, en plein milieu de la tempête, de rendre publique une conversation téléphonique entre Lula et Dilma. L’opinion s’embrase. D’un côté, ceux qui sont contre Dilma y voient une preuve de la culpabilité de la présidente et errigent Moro en héros de la République, prêt à tout pour établir la vérité. Prêt à tout, il l’est, même à violer plusieurs loi au passage. C’est le cas de cette écoute à caractère privé (il n’y avait aucune information compromettante), impliquant qui plus est la présidente en exercice. Pas très fin le Moro. Rapidement le vent tourne, le héros est caillassé sur la place publique de l’internet, et le juge demande pardon à la cour suprême pour son excès de zèle.

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« Moro, épouse moi. » Au moins Sérgio n’aura pas tout perdu.

Mais la boîte de Pandore est ouverte et l’opinion déchaînée se jette dans la rue. Les manifestations se multiplient, un coup contre le gouvernement, un coup pour. C’est la guerre des chiffres et des superlatifs, à savoir qui a le plus de participants, qui est le plus pour la démocratie. Alors que 100% des brésiliens défendent une épuration de la classe politique, et des condamnations de ceux qui ont commis des crimes, l’opinion se polarise autour d’une seule question : Pour ou contre le PT. Si l’on ne soutient pas l’Impeachement, on est forcément pro PT, et donc d’accord avec les magouilles reprochées au parti. Exactement de la même manière, pour l’autre bord, si l’on est pro Impeachement, on est pro Cunha, et donc d’accord avec les magouilles du président de la chambre des députés. Il n’y a plus de discussion possible au Brésil aujourd’hui. L’hystérie est telle que des jeunes femmes ont été menacées de viol parce vêtues de rouge, la couleur du PT. Plusieurs personnes ont été violentées. Lors des inondations récurrentes de la zone nord de Rio cet été, j’ai entendu des gens se plaindre et mettre la faute DE LA PLUIE DILLUVIENNE sur le PT. Je vous promets.

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« Le Brésil avant le PT », selon les pro-impeachement.

Pourquoi cela ?

Tout d’abord il faut tenir compte du fait qu’une large partie de la population brésilienne n’a pas accès à un très haut niveau d’éducation, et donc se voit fournir moins de clés pour former une opinion éclairée. De nombreux brésiliens, également, ne connaissent pas du tout leur système politique. Le vote est obligatoire et vous n’avez pas idée du nombre de citoyens qui votent pour qui le voisin leur a dit de voter ou qui a l’air le plus sympa, sans avoir la moindre conscience politique (car de toute façon, tous les politiques sont corrompus, c’est comme ça). Surtout, il y a pour ainsi dire un seul grand média au Brésil : la Rede Globo. Et l’information qu’ils diffusent est LARGEMENT orientée. Par exemple: la chaîne Globo News a arrêté toutes ses programmations et retransmis en direct les manifestations anti-gouvernementales, à grand renfort d’envoyés spéciaux et de micro-trottoirs… mais n’a accordé que quelques minutes aux manifestations pro-gouvernement (et la transmission était à base de plans serrés, pour ne pas se rendre compte de l’ampleur du mouvement). Ils ont même été jusqu’à couper le micro de Lula lorsqu’il s’est publiquement expliqué à São Paulo pendant son investigation. IMPARTIALITE BONJOUR.

La partialité de Globo ne date pas d’hier : en 1964, ils se sont gentiment dévoués pour être la voix du coup d’Etat militaire, et étaient la chaîne officielle sous la dictature. Vous vous faites une idée.

Dans ce contexte, difficile d’avoir une conversation raisonnée. Pour les uns les médias mentent et sont les alliés d’une frange politique avide de pouvoir, pour les autres le PT est la cause de tous les maux du Brésil et doit être dégagé du pouvoir. Les anti soutiennent que Dilma a triché pour se faire réélire, et demandent entre autre la fin du vote par machine, et le retour au papier – parce qu’on sait que c’est IMPOSSIBLE de falsifier des bulletins.. Une partie « tout le monde a raison – tous des pourris» de la population soutient également l’idée de se débarasser du PT : « Oui, Cunha et toute sa clique sont d’infâmes voleurs qui méritent la prison. Mais on va soutenir leur ascension au pouvoir, car il faut virer le PT. ENSUITE on les virera, eux. » Bon. Il va falloir m’expliquer dans quel monde c’est intelligent de donner le pouvoir à quelqu’un pour ensuite espérer le lui retirer. Tu crois que le gros cafard qu’il est ne va pas s’attacher de toutes ses forces à son siège ? Tu crois que quelqu’un qui navigue aussi bien les eaux du pouvoir ne connait pas toutes les manœuvres pour rester là où il est ? La preuve, cet homme est accusé pas une fois mais CINQ fois dans une enquête de corruption, et il est toujours là à exercer sa fonction en totale impunité. Mais bref, je m’égare.

Une partie de la population soutient également l’idée que cet Impeachement est un coup d’Etat: selon de nombreux juristes, les arguments avancés pour la destitution (le maquillage des comptes) ne justifient pas un Impeachement et rendent la procédure anticonstitutionnelle. Ils considèrent que c’est purement et simplement la manœuvre d’hommes politiques déboutés par la population lors des élections pour prendre le pouvoir malgré tout.

Les manifestations de ces derniers mois ont révélé un visage difficilement supportable du Brésil et exacerbé le fossé entre riches et pauvres. Aux manifs jaunes et vertes pour l’Impeachement, si il y avait beaucoup de brésiliens bien intentionnés et motivés par une volonté de vivre dans un pays plus juste, il y avait surtout la population riche et blanche, nostalgique de la dictature et révoltée de devoir partager ses privilèges avec le petit peuple. Vous pensez que j’exagère ? Non, ma bonne dame. Florilège de pancartes.

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A Rio, on a vu des gens manifester leur mécontentement depuis leur yatchs. D’autre étaient là avec leur nounou noire en uniforme pour s’occuper des moufflets, à São Paulo il y a même eu des loges VIP pour manifester en mode carnaval. Et ce canard géant de la FIESP, qui reste un mystère aujourd’hui encore. Cela a été la foire au racisme et au fascisme primaire. De l’autre côté, les manifestations pro-gouvernement soulignaient le fait que la présidente avait été élue légalement par 54 millions de brésiliens, et la retirer du pouvoir constituerait une atteinte à la démocratie. Le clivage entre riches et pauvres est flagrant, tout comme celui entre blanc et noir, mais également entre Sud et Nord. Les manifestations anti-gouvernement, soi-disant dans tout le pays, n’ont en réalité été importante que dans le Sud (São Paulo, Rio, Parana et Brasilia, siège fédéral). Le Nord reste très fidèle au gouvernement, et cela continue d’alimenter le discours des séparatistes qui réclament l’indépendance du Sud : selon eux, le Nordeste est peuplé de pauvres noirs qui soutiennent le gouvernement pour continuer de dépendre des allocations familiales et vivre aux frais de la princesse.

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Aujourd’hui va se tenir le dernier vote, qui va déterminer si oui ou non Dilma va être destituée. Ce n’est pas la première fois qu’un président brésilien est débouté, ils ont d’ailleurs été rares à finir leurs mandats au cours de l’histoire, mais la différence c’est qu’aujourd’hui, cette destitution n’a pas de motif juridique valable. Même si de nombreuses voix dénoncent un abus et une procédure fallacieuse rien n’y fait, le vote suit son cours. Il est aussi intéressant de mentionner que sur les députés qui ont voté la semaine dernière pour la continuation de la procédure, seulement 2 n’étaient pas cités dans un scandale de corruption… Pour des gens qui disent agir pour libérer le pays de corruption, c’est quand même un peu fort de roquefort.

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J’en viens à Rio. Il faut savoir que la cité merveilleuse est un peu championne en matière d’hommes politiques corrompus. C’est d’ici que vient Eduardo Cunha par exemple, mais les élus locaux ne sont pas en reste. Le maire, Eduardo Paes, est accusé d’avoir touché des pots-de-vin dans l’affaire Oberrecht, et le gouverneur Pezão est lui dans la liste de l’Opération Lava-Jato. On n’est pas très étonnés, donc, de l’administration désastreuse de l’état ou de la municipalité. Avec le scandale de Petrobras, la région (qui vit du pétrole), a pris un sacré coup financier, et l’organisation des J-O n’arrange rien à l’affaire. Du coup, si il y a eu de l’argent pour construire un très grand musée dont personne ne sait vraiment à quoi il sert (à part impressionner les touristes), il n’y a pas d’argent dans les caisses pour des trucs accessoires comme les hôpitaux, les écoles ou les universités. Quatre hôpitaux publics avaient fermé leurs portes en janvier, dont un grand hôpital de la zona norte qui faisaient, entre autre, le dépistage gratuit et anonyme des IST… Ils sont toujours plus nombreux à déposer le bilan. Du coup, dans les autres municipalités de l’état, les Unités de « Pronto Atendimento » (premier secours, on va dire), explosent. Cette semaine, alors que le chikungunya fait rage dans l’état, les reporters montraient des malades attendant 10 à 12h dans les couloirs des centres de secours, et rentrer chez eux sans avoir été auscultés !

L’UERJ, l’université d’état, est en grève depuis le mois de novembre 2015. La raison ? Professeurs et fonctionnaires ne touchent pas leurs salaires. Alors qu’il échelonne les paiements des fonctionnaires en service depuis le début de l’année, le gouverneur a annoncé cette semaine qu’il ne payerait tout simplement pas les pensions et retraites d’avril des fonctionnaires retirés . Le mois dernier, le gouvernement a demandé un prêt pour payer les fonctionnaires, qu’il s’est vu refuser… Pendant ce temps, certaines écoles municipales sont elles aussi à l’arrêt, occupées par les écoliers et les familles. Les travaux  coûteux du tramway devant relier la gare routière au centre, normalement prévus pour l’ouverture des JO, sont loin d’être finis, quand à l’extension de la ligne de métro jusqu’à Barra (où se trouve le village olympique) elle devait elle aussi être prévue pour l’ouverture des Jeux mais les travaux n’ont simplement… pas commencé. En attendant, le budget prévu a triplé. Pourquoi? Comment? Mystère. Et je passe l’augmentation illégale (car déjà condamnée par un juge) des tarifs de bus et métro…

Rio a toujours eu de gros problèmes sociaux, et le Brésil souffre d’un manque cruel d’investissement dans le secteur de la santé et de l’éducation (c’est d’ailleurs le changement que revendiquent la majorité des brésiliens lors des manifs) mais la situation aujourd’hui est critique, et je suis assez écœurée de voir que le monde fait la sourde oreille, alors que dans 3 mois toutes les caméras d’Occident seront là à vanter le beau temps, les plages et les bikinis. Je vois déjà les plateaux de Stade 2 les pieds dans le sable, et pardon mais ça me fout la nausée. Le Brésil souffre. Les cariocas souffrent. Il y a des gens ici qui travaillent et qui ne peuvent pas nourrir leurs familles parce qu’ils ne sont pas payés.

J’ai envie de vous appeler tous à boycotter les Jeux Olympiques, parce qu’il faut être lucides: le comité Olympique, comme la Fifa, et comme les dirigeants de Rio, est une mafia. Les Jeux s’alimentent de misère sociale, d’évictions de familles (ou de communautés) entières pour construire des stades, pour vous vendre du rêve et de la pseudo « beauté du sport » pendant 3 semaines. Organiser ces manifestations sportives n’est pas « bon pour le développement » et les bénéfices de cet événement n’iront pas aux cariocas : ils iront à quelques entreprises, aux médias, et dans la poche de nombreux politiques. C’est tout, ne vous leurrez pas. Les cariocas, eux, vont payer les dettes longtemps après que les touristes soient repartis.

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Olympiades pour qui?

Bref, quelle que soit l’issue de cette saga, le vernis est craquelé, et la société brésilienne « découvre » son véritable visage. Celui d’un ensemble très hétérogène où les clivages se font toujours plus violents et les fossés toujours plus profonds. Et ça ne semble pas près de changer. 

 

Quelques liens:

 

 

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