5 grandes histoires d’amour de la littérature brésilienne

 

Je me présente: Marina, brésilienne, diplômée em Lettres (Langue et Littérature -Portugais/ français), lectrice professionnelle, professeure de Littérature au Lycée et passionnée par la langue de Molière et de Camões ❤ J’ai connu Marie à l’occasion de mon voyage à Lyon – j’y suis allée pour étudier les Lettres, mais à la fin j’ai gagné une amie française pour toute ma vie.

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Aaawn.

Marie m’a invité donc pour vous présenter une sélection de couples de la littérature brésilienne. Pourquoi? Parce que notre Saint-Valentin arrive! Au Brésil, on célèbre la fête des amoureux le jour de Saint-Antoine, le saint marieur. Et ici de très grandes fêtes se passent pendant tout le mois de juin – ce sont les Festas Juninas (Fêtes de Juin), avec de la pipoca, du vin chaud, du quentão et de la musique sertaneja, bien sûr! Quelle ambiance pour rencontrer ton valentin !

Ah, les amoureux! L’histoire de la littérature a toujours été liée avec l’histoire de l’amour. Dès qu’on a eu l’idée de transformer la vie en fiction, à l’écrit, les couples en lignes ont été créés. Et au pays du foot, du carnaval et de la chaleur, cette histoire ne pouvait pas être différente.

Je vous présente donc ma sélection – pas du tout cliché – des principaux couples de la littérature brésilienne.

Capitu et Bentinho (in: Dom Casmurro) – de Machado de Assis

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scène de la mini-série télévisée Capitu (Rede Globo, 2008)

Roman raconté par son protagoniste, cette oeuvre sera toujours une référence en matière de grande et catastrophique histoire d’amour. Le protagoniste, Betinho, et sa voisine Capitu, alimentent des sentiments depuis leur enfance, et  leur passion a grandi avec eux. Ils se marient après que Bentinho soit presque devenu prêtre (à cause d’une promesse faite à sa mère), et se croyaient heureux pour le reste de la vie. Mais… Um ami à lui commence à avoir des comportements étrangement gentils et attentionnés envers Capitu et, pour un fou d’amour jaloux comme un Marcel (Proust), s’en est trop. Bentinho pense que sa femme le trompe! Avec son meilleur ami. Tragédie, ô tragédie! Résultat: ils divorcent après que Bentinho ait conduit Capitu à la misère sentimentale. Et nous, les pauvres lecteurs, on ne saura jamais si Capitu l’as rééllement trompé ou pas. Mais la beauté de cette femme fatale, “avec des yeux de gitane oblique et dissimulée”, ajoutée à un récit enivrant  – c’est le narrateur le plus important de notre littérature – on n’a pas besoin de réponses.

Sinha Vitória et Fabiano (in: Vidas Secas) – de Graciliano Ramos

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scène du film Vidas Secas de Nelson Pereira dos Santos (1963)

Ce roman marque une période littéraire au Brésil appellée Régionalisme (1930-1945). Parties du mouvement moderniste, ces productions se sont engagées à montrer au reste du pays les situations les plus précaires vécues par les nordestins lors des grandes périodes de sécheresse intense à Alagoas, Minas Gerais et Bahia.

Pas de végétation, pas de l’eau, pas de nourriture, une famille survit au milieu de rien. Sinha Vitória (ironiquement surnommée Madame Victoire parce que c’est la désolation qui y est et cette femme n’a rien d’une Madame) et Fabiano sont les chefs d’une famille  vaincue par le soleil brûlant et l’espoir perdu. Même s’ils ne sont pas du tout romantique l’um avec l’autre, et qu’il n’ont même pas de vocabulaire pour le faire – l’école est três loin de leur réalité, ainsi que la culture lettrée – ces deux alagoanos sont forts comme un sertanejo et surtout, ils sont des vrais compagnons.

Iracema (in: Iracema) – de José de Alencar

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statue d’Iracema à Ceara

Héroïne de notre romantisme indianiste, Iracema est la “vierge aux  lèvres de miel”. Ce roman, très important dans notre histoire littéraire, raconte le récit d’amour entre  un européen colonisateur, Martim, et une indigène de la tribu tabajara, Iracema. C’est l’histoire d’amour classique, saveur Roméo et Juliette: leur amour est interdit par la tribu, mais ils résistent. Ah, l’amour romantique! Avec un langage super-hyper-mega exagéré, José de Alencar nous décrit les beaux paysages brésiliens, notre nature exubérante et, pour la première fois à la littérature, l’indien est le protagoniste du roman. Révolution de protagonisme, oui, mais  pas de révolution à la fin de cette histoire destinée à l’échec dès son début (spoiler alert): Iracema est tombée enceinte de son amoureux, il part en bataille, leur bébé naît et, de tristesse à cause du départ de son portugais, Iracema meurt avec son enfant dans ses bras, juste après le retour de son héro.

La tragédie n’a jamais été peinte d’une si belle façon .

Les femmes de Vinicius de Moraes

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« [L’amour] qu’il ne soit pas immortel, parce qu’il est flamme, mais qu’il soit infini pendant qu’il dure »
Cela n’est techniquement pas un roman, mais on peut appeler comme ça la vie rocambolesque de notre poetinha. Vinicius de Moraes, notre grand poète de l’amour, de la passion, de la femme (et auteur de la chanson brésilienne la plus célèbre au monde – Garota de Ipanema) a fait de sa vie une histoire à faire pâlir d’envie les plus romantiques! Bohémien professionnel, toujours avec son whisky et sa cigarette, Vinicius ne s’est marié que… neuf fois! Oui, mes amis, neuf femmes au long de sa vie carioca. Vinicius était un accro à la passion: il cherchait les sensations extrêmes, la joie d’avoir un vrai amour, l’intensité que seulement la flèche de Cupidon est capable de provoquer. Et comme, pour lui, cette passion ne durait que quelques années, il fallait finir l’union, changer de femme, et tomber amoureux encore une fois, et une autre, et une autre… Cette dépendance émotionnelle nous a donné les meilleurs poèmes et proses sur la folie d’aimer. Vinicius sera toujours le poète des amants, parce que lui  a su comment aimer toutes les femmes de as vie. Et c’est pour ça qu’il mérite une place dans ma séléction ❤

Diadorim(na) et Riobaldo (in: Grande Sertão: Veredas) – de Guimarães Rosa

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Riobaldo et Diadorim, film de Renato et Geraldo Santos Pereira (1965)

Peut-être le roman le plus complexe de notre pays, cette histoire est trop difficile à résumer en quelques lignes: elle concentre les questions les plus profondes de tous les êtres humains et ainsi se fait universelle et complète. Guimarães Rosa, l’écrivain, est le grand alchimiste de notre langue. Le portugais, tel qu’il est, n’était jamais suffisant pour lui et il fallait donc inventer des mots, des expressions… Guimarães a parcouru le sertão de Minas Gerais à la recherche d’histoires, de héros, de types humains et de modes de vie. Et pour raconter l’histoire d’un jagunço du sertão mineiro, il le transforme en narrateur.

Riobaldo conduit le récit avec toute as simplicité et  sa rigueur d’homme qui tue, qui frappe, qui est toujours armé de fusils et de couteaux. Mais… Son histoire est triste, délicate, belle comme notre culture mineira. Riobaldo tombe amoureux de l’un des camarades qui faisait parti de sa bande de jagunços. Rien de plus compliqué qu’un homme, tout certain de sa virilité, attiré par un autre homme! Mais qu’est-ce qu’il avait des beaux yeux verts, Diadorim! Sa peau, si belle, son nez, si délicat… Riobaldo ne savait plus quoi dire, quoi penser… Fin tragique (spoiler alert!): Diadorim meurt pendant le combat décisif du livre – et quand on soulève son corps, Diadorim em fait c’était Diadorina: une femme. Même em 1956, Guimarães Rosa problématise déjà la question du genre. Et quelle belle oeuvre!

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Voici mes amoureux préférés de la littérature brésilienne.

Et “Feliz dia dos Namorados”!

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Parlez-moi d’amour

J’avais un super projet participatif pour le Dia dos Namorados, j’avais fait un hashtag et un dessin et tout et… c’est tombé à l’eau comme un enfant qu’on jette à la mer parce qu’il est trop gros et les parents voulaient des enfants maigres.

Je suis pas fâchée, je le prends bien.

Bon, c’est quand même la fête des amoureux ici aujourd’hui donc on va parler d’amour UN POINT C’EST TOUT.

Les Brésiliens ne fêtent pas la Saint Valentin. Pour eux le quatorze février est soit une veille de carnaval, soit oublié dans la cachaça et les confettis, soit synonyme de gueule de bois monumentale. Pour célébrer les amoureux, on a choisi ici le 12 juin, simplement parce que c’est la veille de la Saint Antoine, et qu’il est le patron des mariages dans la tradition catholique portugaise. Il est courant ici de voir des jeunes filles mettre la statue du pauvre saint la tête en bas dans un verre d’eau pour s’attirer les bonnes augures divines et rencontrer l’âme sœur. Mon ami Wikipédia m’a expliqué que la fête aurait instaurée au Brésil dans les années 40 par un publicitaire paulista inspiré par la Saint Valentin occidentale. Flairant le bon coup marketing, il aurait lancé le slogan « não é so com beijos que se prova o amor »  (il n’y a pas qu’avec les baisers que l’on prouve son amour) incitant ainsi les couples à s’échanger des cadeaux pour se montrer leur affection.

Ici la « fête des amoureux » s’adresse principalement aux couples non mariés, car les statuts amoureux ici sont très codifiés et bien partitionnés. Il y a « pegar », « ficar », « namorar », « noivar » et « casar ». Pegar, c’est ce que l’on appelle poétiquement « chopper », c’est la galoche de fin de soirée que tu regrettes ou pas. « Ficar », c’est ce que l’on appellerait en France un « truc », « une relation sans attache »,  courte ou ponctuelle. Du simple bisou au sexfriend, cela englobe en fait toutes ces relations où l’on a pas dit que l’on était « en couple ». Namorar, c’est sérieux. C’est toi + moi écrit dans le sable au soleil couchant. C’est être un couple, quoi. Et puis « Noivar » c’est se fiancer, et casar, bah, se marier.

Moi, j’ai un namorado et c’est à un peu à lui que cet article sera dédié, hein, puisque c’est sa fête au fond. Mon namorado est carioca, il sent bon la noix de coco et la lager ultra-fraîche, il est tout brun et tout bronzé comme du doce de leite caramélisé. Depuis que je suis tombée sur lui dans le bar le plus pourri (et à la fois le plus glorieux) de Lapa il y a bientôt 3 ans, j’ai des étoiles dans les yeux, du sable entre les orteils et c’est le bonheur à peu près tous les jours. Pourtant, vivre une relation « mixte » n’est pas forcément de la tarte.

Il venait du Brésil, elle venait de France, ils étaient amoureux et c’était beau.

Oui. Mais malgré tout, la géographie pèse assez lourd. Très tôt dans notre relation nous avons dû nous demander « où ? ». Où est-ce que tu vas aller ? Est-ce que je peux rester ici ? Est-ce que tu peux venir là-bas ? On avait le luxe et l’opportunité de bouger, donc on a pu se suivre l’un l’autre, mais dans beaucoup de couples multi-nationaux, la distance est bien-sûr le premier obstacle, et elle reste toujours un paramètre important à considérer.

Car être ensemble signifie souvent être loin d’autres gens, de la famille, des amis, et ce n’est pas toujours facile à gérer. Etre ensemble peut être un sacrifice, pour certains.

Heureusement pour nous, nos cultures, bien que différentes, n’ont jamais été un obstacle. Comme le disait un de mes profs, les couples franco-brésiliens fonctionnement bien parce que nos deux cultures se complètent et se fascinent mutuellement. Il est patient là où je suis pressée, je suis terre-à-terre là où il est émotif, je suis réservée, il est extraverti. Nous sommes une bonne équipe. Même nos langues maternelles finissent par se compléter et vivre ensemble l’une avec l’autre naturellement. A la maison je parle français, il répond en portugais, et l’on se comprend parfaitement. C’est un peu notre langage secret.

Vivre une relation mixte, c’est pas mal de challenges, mais ce sont tellement de découvertes quotidiennes, de bonheur et d’amour que je n’échangerais mon carioca pour rien au monde.

Bonne fête des amoureux à mon B, et à tous les couples à travers le monde.

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