Petit Guide du Carnaval de Rio: Les écoles de samba (1/2)

J’ai une certaine passion pour la samba et pour le carnaval. Si vous avez déjà parcouru ce blog, vous vous en êtes sûrement rendu compte. Je n’en suis qu’à mon 3ème carnaval, mais c’est toujours une sensation particulière lorsque j’entends les premiers tambours de batucadas en début d’année. Ayant aussi une passion démesurée pour les paillettes, les pompons, le sequin et globalement tout ce qui est kitch et qui BRILLE, il était inévitable que je tombe follement amoureuse du Carnaval de Rio, et surtout de son défilé défiant tout sens commun.

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Pailleeeeeeeeettes!

Hier, alors que je racontais en direct à mes amis le Lavage de la Sapucai, une sorte de cérémonie d’ouverture du carnaval, je me suis rendue compte qu’en fait… ils ne savaient rien du défilé, et que les idées reçues que l’on a en France sur cet événement sont assez loin de la réalité. J’ai donc préparé une série d’articles pour vous raconter de l’intérieur quézaco que le Carnaval de Rio, et l’envers du défilé que vous verrez au journal de 13h (puisque oui oui, je fais partie d’une école de samba, et je vais défiler.)

Vamos là. 

Au Brésil, le défilé du carnaval est une véritable compétition sportive. Les écoles concourent selon des règles très précises, et la performance est sanctionnée par un jury qui observe à la fois la technique et l’artistique (on y reviendra), un peu comme lors des compétition de patinage (mais heureusement SANS Nelson Montfort et Philippe Candelero). Il se passe dans un stade, le Sambodrome Marquês de Sapucai (surnommé ici « Sapucai ») et non dans la rue, contrairement à ce que vous pourriez penser!

Qui parle de compétition, parle de classement et donc parle de ligues. A Rio, il y a 6 divisions (séries):

  • La série Spéciale (LIESA)
  • Les séries A à E

La plus prestigieuse, vous vous en doutez, est la série Spéciale, qui compte les meilleures écoles de Rio. C’est un peu la ligue des champions, quoi (dit la fille qui n’y connait rien en foot). Chaque année, les deux écoles qui finissent en bas du classement descendent en série A, tandis que les deux meilleures écoles de la série A montent en série spéciale.

Chaque école représente une communauté, un quartier, une véritable culture. Elles ont souvent des clubs de supporters, et leurs répétitions font l’objet d’immenses fêtes réunissant des milliers de personnes. Elles font également vivre beaucoup de gens: couturières, musiciens, technicien du son, coordinateurs, artistes, etc… Tous ces gens travaillent à plein temps pour l’école d’octobre à février, ou parfois même toute l’année.

Et à Rio, c’est un peu comme les clubs de foot, tout le monde a son école préférée. Pour trouver la votre, rien de plus simple, je vais vous les présenter. Voici celles qui seront les 6 premières à défiler dimanche:

estacio-bandeiraEstácio de Sá

Surnom: Estacio

Couleurs: Rouge et blanc

Symbole: Le lion

Quartier: Estacio

Victoire(s) en série spéciale :  1992

Histoire: Cette école a été fondée en 1955 dans la favela de São Carlos. Un peu plus tard, on choisira de changer son nom en « Estacio de Sa » pour représenter tout le quartier, et pas seulement la favela. Elle a la particularité d’être reconnue comme la première école de samba de l’histoire du Brésil!

thème de cette année: Salve Jorge! O guerreiro na fé! (Saint Georges! Le guerrier de la foi)

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União da Ilha do Governador

Surnom: União da Ilha

Couleurs: Rouge, blanc et bleu

Symbole: L’aigle

Quartier: Cacuia

Victoire(s) en série spéciale :  Aucune

Histoire: Fondée en 1955, cette école représente l’un des plus grands quartiers de l’Ile du Gouverneur, l’une des plus grandes îles de l’agglomération de Rio. Bien que plusieurs fois championne en séries A et B, elle n’a jamais décroché le titre en série spéciale et fluctue entre le groupe spécial et le groupe d’accès (série A). Parrainée par la prestigieuse école de Madureira, Portela, elle porte en hommage le même symbole: l’aigle.

Thème de cette année: « Olímpico por natureza… Todo mundo se encontra no Rio.” (Olympique par nature… Tout le monde se rencontre à Rio ».

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Acadêmicos do Grande Rio

Surnom: Grande Rio

Couleurs: vert, rouge et blanc

Symbole: une couronne

Quartier: Caxias (Duque de Caxias)

Victoire(s) en série spéciale :  Aucune

Histoire: Fondée en 1988, elle est le résultat de la fusion de deux grands G.R.E.S (Grêmio Recreativo Escola de Samba) de la ville de Duque de Caxias, une municipalité du « Grand Rio » (ah, tout s’explique). Elle n’a jamais gagné la série spéciale, mais s’est classée 3 fois vice-championne en 2006, 2007 et 2010.

Thème de cette année: “Fui no Itororó beber água,  não achei. Mas achei a bela Santos, e por ela me apaixonei » (Je suis allé à Itororo boire de l’eau, je n’en ai pas trouvé. Mais j’ai trouvé la belle Santos et je suis tombé amoureux d’elle (référence à une comptine pour enfants)). 

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Mocidade Independente de Padre Miguel

Surnom: Mocidade

Couleurs: vert et blanc

Symbole: l’étoile du berger

Quartier: Padre Miguel

Victoire(s) en série spéciale : 1979, 1985, 1990, 1991 et 1996

Histoire:  Mocidade n’a pas remporté le titre depuis 20 ans, mais elle reste l’un des poids-lourds de la série, et l’une des écoles les plus connues de Rio. Fondée en 1955 dans la zone nord/ouest de Rio, elle n’a vraiment connu d’essor qu’à partir des années 70 lorsque Castro de Andrade se mit à y investir l’argent illégal du « jogo do bicho ». Elle possède aujourd’hui la plus grande quadra (le fief de l’école, en quelque sorte) de toutes les écoles de samba.

Thème de cette année: “O Brasil de La Mancha: Sou Miguel, Padre Miguel. Sou Cervantes, Sou Quixote Cavaleiro, Pixote Brasileiro.”

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Unidos da Tijuca

Surnom: Tijuca

Couleurs: jaune d’or et bleu paon

Symbole: le paon

Quartier: Tijuca

Victoire(s) en série spéciale : 1936, 2010, 2012 et 2014

Histoire:  Fondée en 1931, c’est dans les faits l’une des plus anciennes écoles de Rio (Estacio est en vérité la première et s’être qualifiée d’école de samba, mais pas la première organisation, historiquement parlant!). Une intéressante curiosité de cette école: elle possède 2 quadras. La plus connue et la plus grande, près de la gare routière, n’est en fait pas son fief officiel. L’école a voulu garder sa base dans la favela de Borel, où se trouvait l’organisation d’origine, et fait encore quelques répétitions par an dans la quadra de Borel, spécialement pour la « communauté » de l’école.

Thème de cette année: “Semeando Sorriso, a Tijuca  festeja o solo sagrado” (Semant des sourires, Tijuca célèbre le sol sacré)

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Beija-Flor de Nilopolis

Surnom: Beija-Flor

Couleurs: bleu et blanc

Symbole: le colibri (beija-flor en portugais)

Quartier: Nilopolis (ville de l’état de Rio)

Victoire(s) en série spéciale :  1976, 1977, 1978, 1980, 1983, 1998, 2003, 2004, 2005, 2007 , 2008, 2011 et 2015

Histoire:  Beija-Flor c’est LE poids-lourd de la série Spéciale, l’une des écoles les plus connues et sûrement la plus controversée, dû aux scandales récurrents sur l’origine de ses fonds (toutes les écoles de samba sont connues pour blanchir l’argent des cartels de drogue et du jogo do bicho, mais Beija-Flor est particulièrement la cible des critiques). Avec 13 victoires, c’est l’école la plus titrée depuis que le sambodrome existe, et actuellement la championne en titre.

thème de cette année: Mineirinho Genial! Nova Lima – Cidade Natal Marquês de Sapucaí – O poeta imortal » (Mineiro génial! Nova Lima- Cidade Natal Marquês de Sapucai, le poète imortel) 

 

Aller, on se retrouve toute la semaine pour la suite des écoles, et tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le carnaval de Rio! 

 

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5 raisons de découvrir la zone Nord de Rio

Mon expérience d’expat à Rio m’a appris une chose: ici, les étrangers se trouvent surtout dans la « zona sul », c’est à dire le front de mer chic de Rio, du Jardim Botanico à Leblon. Peu d’expatriés s’aventurent au delà du centre, et même lorsqu’on lit les guides et les sites de voyage sur Rio, on dirait que la ville se résume à ces quartiers aisés (et a leurs favelas). Pourtant, cela ne représente qu’une part infime de cette métropole gigantesque.

La majeure partie de la population se trouve de l’autre côté de la forêt de Tijuca, et l’on a tord de croire que la zone nord aurait moins d’intérêt touristique ou culturel que la Zona Sul. J’ai eu la chance d’apprendre à connaître cette partie dynamique, éclectique et irrévérencieuse de Rio lors de mon échange et, alors que mon Carioca met un point d’honneur à s’installer dans ces quartiers de son enfance, entre Tijuca et Benfica, j’ai envie de faire partager un peu de notre amour pour ce Rio méconnu, et mal compris.

Plus chaleureux, moins coûteux, plus terre à terre, ces quartiers présentent aujourd’hui de nombreux avantages aux résidents cariocas (principalement à cause de l’inflation grotesque de la zona sul)… mais aussi aux touristes. Avec la Coupe du Monde et la gentrification naissante, la « zona norte » autrefois défavorisés change de visage et il devient de plus en plus passionnant de s’y aventurer.

Alors certes, il n’y a pas la plage, mais croyez moi, vous ne regretterez pas d’être un peu sorti des sentiers battus. Voici 5 moyens de mettre un pied dans « L’autre Rio »!

#Boire une chopp Praça da Bandeira.

L’Aconchego Carioca, une autre sommité du quartier

Autrefois connue surtout pour ses inondations spectaculaires lors des grosses pluies (un problème toujours d’actualité), la Praça da Bandeira fait doucement peau neuve. Elle a même été qualifiée par Time Out Rio de futur Hot Spot, avec ses petits botequim traditionnels et ses nouveaux restos gourmets qui attirent un public toujours plus large. L’intérêt? Des cartes légèrement plus douces pour le porte-feuille que les bars de la zona sul, et surtout l’occasion de trouver des endroits un peu plus authentiques.

A essayer: Le Botto Bar, un temple pour les amateurs de bière – mais pensez à arriver en avance, le bar est victime de son succès!

# Faire des affaires à la Feira de São Cristovão 

Ce vaste marché couvert a été créé pour rendre hommage aux traditions nordestines puisque, tout le long du 20e siècle, un très grand nombre de brésiliens du nord ont quitté leurs régions pauvres pour s’établir dans les capitales du sud où ils espéraient rencontrer une meilleure qualité de vie.

Le marché est ouvert 7j/7 et pratiquement 24h sur 24. On y retrouve des échoppes de tout et rien, allant des conserves de piments aux plaques de pé de moleque, bolo de aipim fait maison ou packs de « Guarana Jesus » que vous pourrez siroter en écoutant une séance de cordel (type de poésie traditionnelle) ou en vous trémoussant au rythme du forro et du sertanejo joué live. Les nombreux immigrés des régions nordestines que compte toujours Rio (ma belle mère y compris) viennent y faire leurs emplettes, dans une ambiance toujours unique et sans chichis. C’est aussi un très bon endroit pour trouver des souvenirs à moindre coût.

#Aller danser la samba à la quadra d’une école championne

Quadra du G.R.E.S. Mangueira, à la favela du même nom

La zona norte est définitivement le royaume de la samba. C’est simple, parmi les écoles qui participent à la prestigieuse série spéciale du Carnaval, la majorité ont leur base dans les faubourgs populaire du nord de Rio. Vila Isabel, Unidos da Tijuca, Mangueira, Portela ouvrent régulièrement les portes de leurs fiefs pour des sambas et des feijoadas qui promettent d’être inoubliables (par contre ce n’est pas gratuit, et les prix varient selon les écoles).

Sur le même thème, ne manquez pas le pavé des trottoirs de Vila Isabel, dont les mosaïques représentent les partitions des chansons qui ont marqué l’histoire de l’école du quartier.

# Visiter le mythique Maracanã

Les amoureux de foot ne pourront pas résister à une visite de ce monument de Rio, récemment rénové pour les besoins de la Coupe du monde. Si la chance est avec vous, vous pourrez même aller y soutenir l’un des clubs de la cité Merveilleuse, le stade accueillant régulièrement des matchs du championnat national. Les tickets se vendent le jour même (mais soyez prêts à faire la queue).

Le site officiel du stade permet, me semble-t-il, de réserver des visites.

# Prendre l’air au parc Quinta da Boa Vista, comme l’empereur Don Pedro I.

Dans la zone nord, les embruns de l’océan sont arrêtés par les collines donc il fait chaud. Très chaud. J’aime à croire que c’est pour cela que Don Pedro avait choisi de faire installer son palais royal sur cette colline où il pouvait profiter un peu de la fraîcheur, en plus de l’impressionnante vue sur la baie (certes, aujourd’hui, on voit plutôt un océan de béton). Le parc municipal et le palais royal (aujourd’hui Museu Nacional) dominent la Zona Norte avec élégance, comme une oasis au milieu de cette étendue de brique et de goudron, et constituent un témoignage unique et vivant de l’histoire de la ville, autrefois capitale impériale.

Si avec tout ça vous ne tombez pas amoureux, je ne sais plus quoi faire!